Crise sociopolitique au Bénin – ce qu’on perd en laissant pourrir la situation

Crise sociopolitique au Bénin

Crise sociopolitique au Bénin

« Depuis l’arrivée de ce gouvernement de la « Rupture », les travailleurs n’ont jamais été satisfaits. Les négociations sous ce régime n’ont jamais abouti. Il trouve toujours à redire sur les revendications des travailleurs. Maintenant, plus de moratoire ; plus de « donnez-nous un peu de temps, je vais vous faire-ci, je vais vous faireça ». Non ! Il faut le faire tout de suite. Nous lui avons déjà donné deux ans. C’est largement suffisant. S’il veut faire quelque chose qu’il le fasse tout de suite. Aujourd’hui, « c’est aussitôt dit aussitôt fait ». On nous a trop trompés. Nous n’avons plus confiance en lui. A son arrivée, il n’a pas attendu, lui, pour reprendre son Pvi ni pour régler ses problèmes personnels. Qu’il ne nous dise donc plus aussi d’attendre. C’est fini ! Voilà l’état d’âme de nos travailleurs aujourd’hui à la base. Ils nous menacent en nous disant : si on vous donne de l’argent et vous prenez pour venir à la télé nous dire de suspendre la grève, cela fait votre affaire. Nous ne vous suivrons pas. Trop, c’est trop » !

Ces propos d’une bonne frange du monde des travailleurs sont rapportés par la secrétaire générale adjointe de la Cstb, Mme Mathurine Sossoukpè, qui renchérit en disant ; « Sans les travailleurs nous, les centrales syndicales n’existons pas ». Cette affirmation rend bien compte de la profondeur et de la lourdeur de la crise socio-politique dans laquelle baigne depuis quelques mois, le Bénin. La situation est si grave et si complexe qu’on ne devrait pas s’amuser à perdre une seule journée sans travailler à l’apaisement de la tension.

C’est dans ce cadre que certains observateurs de la scène politique nationale ne comprennent pas le report sine die de la rencontre projetée par le Président de la République avec les acteurs sociaux le mardi 23 janvier 2018 et du silence notoire qui l’encadre en dehors « des contraintes de dernière minute liées au calendrier trop chargé du président de la République ». Tout se passe comme si le temps qui se perd en ce moment sera et pourra être rattrapé. Pendant ce temps, la plupart des mouvements de grève enclenchés par divers syndicats se poursuivent sur fond d’accroissement des mécontentements.

Tout ceci malgré la décision de la cour constitutionnelle qui rétablit le droit de grève à toutes les couches sociales sous réserve que ce droit soit encadré par la loi. Pour certains responsables des travailleurs, « la décision de la cour constitutionnelle n’a réglé qu’un pan de nos problèmes. Il reste en suspens, nos plusieurs autres revendications pour lesquelles aussi nous sommes allés en grève ». L’impasse semble prendre place et risque de s’approfondir au regard de la politique du dialogue de sourd qui s’observe entre les principaux protagonistes de la crise : les gouvernants et les acteurs sociaux.

Ces derniers affirment être prêts pour le dialogue inclusif sans pour autant entendre raison sur un quelconque répit : « Quels que soient les engagements qui vont être désormais pris par le gouvernement, nous poursuivrons sans arrêt nos grèves jusqu’à satisfaction totale de ses engagements. Plus de pitié ». Les premiers ne semblent pas pressés de négocier, donnant l’impression de ne vouloir pas tenir leurs promesses vis-à-vis des travailleurs. Et pourtant il va falloir qu’on s’arrête à un moment donné au regard des lourdes conséquences visibles et invisibles desdits mouvements de grève sur le développement socioéconomique du pays.

La paralysie de l’administration publique, quelle que soit son ampleur n’est pas de nature à rassurer les investisseurs aussi bien nationaux qu’étrangers. Mieux, la persistance de la crise peut par ailleurs déteindre sur le caractère sérieux de notre démocratie et donc de l’État de droit. L’un des secteurs à plaindre dans ces tourbillons de grèves est celui de l’éducation. Qu’on le veuille ou non, les mouvements de grève n’ont jamais eu d’impacte positif sur les résultats des apprenants, surtout de ceux qui sont en classes d’examen.

Il importe donc d’éviter de faire perdurer les crises en comptant sur l’usure et la ruse. Car comme l’affirme Mme Sossoukpè, « plus la situation dure, plus les mouvements de grève vont se corser davantage. Quand la crise dépasse l’impasse, il est difficile d’imaginer sa gestion. C’est presqu’impossible ».

Le temps est encore certainement favorable à une gestion négociée de la présente crise que nul n’a le droit de laisser ni de voir perdurer sous peine d’être taxé d’ennemi de notre démocratie.

 Portrait de guy Guy Dossou-Yovo

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