Homélie de Mgr Roger Houngbédji lors du lancement du Psap

Mgr Roger Houngbédji Homélie Lancement du Plan Stratégique dAction Pastorale

Mgr Roger Houngbédji Homélie Lancement du Plan Stratégique dAction Pastorale

Chers Invités, Chers Frères et Sœurs dans le Christ, La célébration qui nous rassemble ce matin, en cette église paroissiale de saint Michel, est un événement majeur dans la vie de notre Église-famille de Dieu à Cotonou. En effet, comme je l’avais annoncé lors de ma prise de possession canonique du siège métropolitain de Cotonou, je n’ai d’autre projet que celui qui consiste à assurer humblement ma mission de veille vigilante, au service de l’annonce de l’Évangile dans l’amour et la vérité. Mes premiers contacts avec vous, fils et filles bien-aimés, m’ont convaincu de la nécessité de se donner une vision pour notre mission commune, ce qui a conduit à l’adoption d’un Plan Stratégique d’Action Pastorale.

La phase d’élaboration de ce plan est achevée. Et si nous sommes rassemblés ce matin pour célébrer l’eucharistie, c’est bien la preuve que le Plan Stratégique d’Action Pastorale est pour nous un acte de foi. Oui, un acte de foi en Dieu de qui nous tenons notre idéal missionnaire d’une part, et un acte de foi en la capacité de nous tous, – fidèles laïcs, religieuses et religieux, prêtres – à avancer ensemble au large pour la cause du Christ et de son Évangile, d’autre part. Au cœur de la célébration qui nous rassemble en famille, que pouvons-nous retenir des deux pages de la Parole que Dieu nous adresse en vue d’affermir notre foi ? Frères et sœurs, la première lecture que nous venons d’entendre vient à la suite de la longue réflexion de l’apôtre Paul sur la situation d’Israël. Pour saint Paul, le salut s’obtient par la foi seule.

En d’autres termes, la foi au Christ est le seul moyen par lequel l’homme peut être sauvé. Cette foi ne consiste pas seulement en une confession verbale du type « Jésus est Seigneur », mais elle est aussi un engagement existentiel qui mobilise l’homme du fond de son cœur. Oui, croire en Dieu exige de l’homme qu’il donne tout son cœur, toute sa vie au Dieu d’Amour qui reste toujours fidèle. Ainsi, Celui qu’il faut invoquer pour être sauvé, c’est justement Celui qui est venu vers nous, qui s’est donné à nous jusqu’à l’anéantissement total de sa propre vie. C’est Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme qui, par le don total de sa propre vie, nous ouvre à la vie divine. La vie sacramentelle, nourrie de la Parole de Dieu, entretient et enracine en nous la ferme adhé- sion au Christ. À la suite de Jésus et pour que se poursuive l’annonce de l’Évangile, se lèvent des générations de disciples.

Il s’agit de ceux qui sont envoyés, « de ceux qui annoncent la paix, de ceux qui annoncent la Bonne nouvelle », c’est-à-dire ceux qui maintenant ont cru et annoncent l’Évangile. Et nous voici, frères et sœurs, engagés dans l’aventure de la foi pour poursuivre l’annonce de l’Évangile, chacun avec sa grâce propre, et selon les déterminations de l’Esprit Saint. Ainsi, de même que Saul de Tarse a été arrêté sur le chemin de Damas par le Seigneur Jésus luimême, chacun de nous est appelé à prêcher l’Évangile, ayant été saisi par l’amour du Christ.

Et pour que nous tirions le meilleur parti de nos immenses potentialités, il est apparu nécessaire de nous asseoir pour préciser notre vision commune à travers la définition d’objectifs et d’activités pour les 5 prochaines années. Cette façon de penser et de faire est au fondement de la page d’évangile proposée à notre méditation.Frères et sœurs, pour mieux nous approprier les enseignements de la séquence évangélique, regardons de près son contexte. La page d’évangile proposée à notre méditation se situe après le repas chez un chef des pharisiens durant lequel Jésus a parlé du choix des places et des invités. Il a aussi donné une parabole de l’homme qui a organisé un dîner festif et qui verra ses invités décliner l’invitation prétextant telle ou telle occupation.

En réaction, l’homme convie à sa table des pauvres et des nécessiteux. Et après le texte d’au jourd’hui s’ouvre le chapitre 15 de l’Évangile selon Luc, celui des trois paraboles de la miséricorde, c’est- à-dire la brebis perdue, la drachme perdue et le fils prodigue. Comme vous le constatez avec moi, en nous montrant la radicalité de la suite du Christ, le Seigneur nous montre également l’étendue de sa miséricorde. Au fond, c’est l’amour du Seigneur qui est fondamental. Si nous ne laissons pas cet amour se déverser en nos cœurs comme un torrent qui emporte tout, nous ne pourrons nous mettre en route avec Jésus. C’est donc à la lumière de la miséricorde divine que nous pouvons recueillir et comprendre les exigences de l’appel que le Seigneur nous adresse.

Frères et sœurs, Jésus s’adresse aux foules qui font route avec lui vers Jérusalem, et à travers elles, il nous laisse trois consignes, les trois renoncements auxquels doivent se préparer tous ceux et celles qui veulent devenir ses disciples. Premièrement, si nous voulons répondre généreusement, nous sommes invités à replacer tous nos liens affectifs, quels qu’ils soient, sur l’axe de la réponse au Christ. « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » Jésus ne demande pas la haine mais le détachement complet et immédiat. Ce détachement est au service du message qui s’en trouve accentué.

Et le message ici en l’occurrence est le renoncement à tout ce qu’on a de cher pour suivre le Christ et lui seul. Jésus ne nous demande pas de vivre un désert mais d’être rempli de sa personne. Deuxièmement, Jésus demande à chacun de porter sa croix, c’est-à- dire le réel de sa vie d’homme et de femme. Nous n’avons pas à fuir le monde avec ses surprises et ses vicissitudes pour tenter de faire de nos communautés un lieu d’évasion ou de déconnexion avec le réel. Non, la marche à la suite du Christ exige que nous soyons aux prises avec le réel au quotidien, la seule condition pour permettre à notre foi de s’enraciner en profondeur, de mûrir et de porter du fruit. Troisièmement, l’appel de Jésus est une invitation à lâcher prise, à ouvrir le cœur et les mains pour nous libérer de toute tentation de thésaurisation, notamment la thésaurisation qui consiste à vouloir à tout prix conserver sa propre vie.

La suite du Christ exige un abandon de nous-mêmes dans les mains de Dieu, ce qui est un acte de foi réel, en ce sens, qu’il suppose un réel renoncement à soi-même, voire une mort à la tendance à vouloir sauver notre propre vie. C’est dans cette attitude de foi que le Seigneur, désireux de nous voir entièrement libérés de nous-mêmes, peut gracieusement s’occuper de nous et nous conduire à la vraie vie. Chacune de ces consignes se retrouve ailleurs dans l’Évangile de saint Luc.

En revanche, ce qui est tout à fait inédit, ce sont les deux courtes paraboles qui sont enchâssées dans le texte comme pour susciter davantage notre attention. Il s’agit de la parabole de l’homme qui veut bâtir une tour et celle du roi qui veut partir en guerre. Cette parabole s’achève par une reprise de l’invitation à opérer un choix radical pour le Christ : « Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple ». Les deux images de « construction » et de « guerre » que l’évangéliste enchâsse dans la double invitation à opérer un choix radical pour le Christ ont ici tout leur sens: elles indiquent qu’on ne peut choisir de suivre le Christ sans être réaliste.

La foi authentique au Christ exige le réalisme évangélique, lequel consiste à s’asseoir pour faire l’estimation de ses capacités réelles et mettre en place une bonne stratégie qui permette de faire face adéquatement au réel. Frères et sœurs, le Plan Stratégique que nous essayons de mettre en place est de cet ordre. Par ce plan, nous voulons, au nom de notre foi au Christ, donner un nouveau visage à notre Archidiocèse : nous voulons construire une Église-famille de Dieu convertie à l’Evangile de Jésus-Christ et engagée au service de tout homme et de tout l’homme. Il s’agit d’un cadre où, au nom de notre foi au Christ, nous acceptons de vivre entre nous une communion fraternelle authentique, dans la mise en commun des biens que nous recevons gracieusement du Seigneur et dans la bonne gestion de ces biens. Dans cette perspective, la foi au Christ exige que nous nous mettions en tenue de combat pour livrer non pas une guerre visant à la destruction de l’homme, mais plutôt à la sauvegarde de sa vie. Dans la stratégie préconisée par Jésus, il s’agit de voir si on a la capacité d’affronter l’ennemi. Dans le cas contraire, il y a lieu d’envoyer une délégation pour faire la paix.

Une telle stratégie n’est possible que lorsqu’on est animé d’une volonté de sauver des vies humaines, c’est- à-dire lorsqu’on est animé par l’amour. Oui, frères et sœurs, c’est seulement dans l’amour et la vérité que nous pourrons réaliser notre rêve de construction d’une Églisefamille de Dieu rayonnante et florissante. Au terme, notre plan nous permettra de renforcer la structuration et le dynamisme de l’administration diocésaine, l’efficacité et le rayonnement des paroisses, ainsi que la pérennité de nos structures éducatives, sanitaires et socioculturelles, pour une pastorale plus cohérente et incisive. Avec la célébration du lancement du Plan Stratégique d’Action Pastorale, le bon sens fait place à la folie des Béatitudes, à l’aventure de la foi.

Ce n’est pas un fait du hasard si la première année d’exécution du Plan Stratégique sera celle de la foi authentique à vivre. Et c’est ensemble que nous tous, jeunes et moins jeunes, membres des mouvements d’action catholique, religieux et religieuses, catéchistes, diacres et prêtres, c’est ensemble que nous faisons route pour répondre aux nouveaux appels de l’Esprit Saint. Notre famille diocésaine est donc invitée au lâcher prise. Apprenons, réapprenons à tout transférer au compte du Christ en vue de rester libres de toute possession et de laisser Dieu nous appauvrir, nous dépouiller même de nos misères.

Ce qui compte et comptera le plus, c’est de ne pas cesser d’entendre l’appel du Seigneur. Pour que nous restions des hommes et des femmes de l’écoute attentive et de l’audace de la foi, tournons-nous vers la Vierge Marie. Que sa prière maternelle accompagne nos pas et nous obtienne de son Fils la grâce de l’audace et de la fécondité apostolique.

Amen !

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