Justice !

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Depuis quelques semaines, nos cours et tribunaux sont pratiquement paralysés sur toute l’étendue du territoire national. 

Et pour cause : La plupart des syndicats du secteur de la Justice sont en grève. De 48h au départ, celle-ci est déjà passée à 72h cette semaine qui s’achève, pour aller au-delà, si des solutions n’étaient pas trouvées aux problèmes et revendications soulevés par les greffiers, auxiliaires de justice et autres agents. Auxiliaires et agents dont l’étroite collaboration avec les magistrats et autres responsables de nos cours et tribunaux est très déterminante dans la prise d’actes de justice dans maints domaines de la vie socio-économique.

Ne voulant pas nous attarder dans ces colonnes-ci, sur la kyrielle de revendications d’ordre corporatiste que les grévistes agitent, nous nous intéressons tout simplement à leur exigence du respect des normes et des dispositions régissant leurs corps de métier.

En effet, ils s’insurgent contre des nominations et des positionnements qui les violeraient ; car, on ne saurait nommer quelqu’un d’un grade inférieur pour commander ceux qui ont un grade supérieur.

Il faut absolument tenir compte de l’ancienneté et respecter les conditions et principes de nominations qui sont chers aux magistrats, aux greffiers et aux agents de ce secteur non moins sensible de notre appareil d’Etat.

Pointant donc d’un doigt accusateur leur ministre de tutelle et le gouvernement de s’être mis au travers de ces dispositions légales et réglementaires, suite à de récentes nominations qui sont venues s’ajouter à d’autres qu’ils dénonçaient déjà, ils ont saisi l’arme de la grève, espérant se faire entendre. Mais il se fait que jusqu’à présent ils ne sont pas encore parvenus à se faire entendre par qui de droit.

Des rencontres ou tentatives de dialogue ont peut-être eu lieu, mais aucune lueur d’espoir pour le moment à l’horizon. Pendant ce temps, dans nos cours et tribunaux, tout ou presque tout tourne au ralenti.

Les usagers qui s’y rendent, soit pour la légalisation de documents, soit pour se faire délivrer de précieux actes dans leurs différents domaines d’activités sont désespérés. Des dossiers de nos jeunes élèves et étudiants candidats à des inscriptions et à des formations académiques ou professionnelles sont en souffrance, faute d’une pièce à délivrer par le tribunal.

Point n’est besoin d’évoquer ici les fâcheuses conséquences et les torts que cette grève crée au commerce et à l’économie, quand on sait que le débat sur l’environnement des affaires dans notre pays est loin d’être clos !

Que dire de nos frères et sœurs en détention préventive, qui n’attendent que les jugements et les délibérations de nos juges, pour être fixés sur leurs sorts définitifs ? Ils passeront certainement plus de temps en prison qu’il n’en faut, parce que leurs dossiers seront toujours renvoyés à plus tard, tant que le travail n’aura pas repris véritablement dans nos cours et tribunaux.

Et DIEU seul sait qu’il y a des innocents qui devraient recouvrer leurs libertés au plus vite, si cette grève n’était pas intervenue. Et nous voilà prisonniers, non seulement d’une grève, mais aussi de la violation de principes sacro-saints d’une justice. Une justice qui se veut distributive, respectueuse des normes des droits et devoirs, mais aussi qui garantisse le développement socio-économique.

Il ne suffit que de lire et de relire l’un des paragraphes de la loi n° 90-32 du 11 décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin pour s’en convaincre davantage. « Affirmons solennellement notre détermination par la présente Constitution, de créer un Etat de droit et de démocratie pluraliste, dans lequel les droits fondamentaux de l’Homme, les libertés publiques, la dignité humaine et la justice sont garantis, protégés et promus comme la condition nécessaire au développement véritable et harmonieux de chaque Béninois, tant dans sa dimension temporelle, culturelle que spirituelle ». Fin de citation.

Un paragraphe qui vaut méditation pour tous ; car il nous faut nous convaincre et nous rassurer davantage que les tares, les déviances, les passages en force, les vexations et autres brimades dénoncés et combattus sous l’ancien régime, par tous – y compris nos actuels gouvernants- ne reviennent pas au galop !

Et espérons qu’il n’en soit pas ainsi, afin de ne pas donner raison à ceux de nos compatriotes qui soutiennent que lorsque des textes et lois de la République n’arrangent pas nos dirigeants, ils sont mis entre parenthèses.

En février 1990, au terme de l’historique conférence nationale des forces vives, nous avons proclamé à la face du monde, que nous sommes désormais un Etat de droit et des libertés. Il nous faut alors ne pas nous dédire. Il nous faut être des hommes et des femmes de parole qui, reconnaissant parfois qu’ils ont failli, ont encore et surtout le courage de se reprendre, prouvant ainsi leur bonne foi.

Portrait abbé Acapovi 

Abbé Crépin M. Acapovi, directeur de publication

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