La lutte contre la corruption remise aux calendes grecques

Lutte contre la corruption au Bénin

 Au détour d’une déclaration rendue publique, la semaine dernière, 59 députés sur les 83 décident d’apporter leur soutien au président Talon en vue de favoriser la réalisation de son programme d’actions du Gouvernement (Pag). Ce qui est à saluer. Seulement, eu égard à la composition hétéroclite de ce bloc et au statut de la plupart de ses membres, cela pourrait bien être un handicap pour la lutte contre la corruption, l’une des promesses électorales à laquelle tient encore l’actuel locataire du palais de la Marina.

Il n’est un secret pour personne, que l’histoire du renouveau démocratique béninois a habitué les populations à des recompositions politiques opportunistes à géométrie variable, qu’elles ont de la peine à comprendre. Cela étant, la recomposition politique qui a donné naissance au « Bloc de la majorité présidentielle » a de quoi couper le souffle à tout observateur attentif de la vie politique nationale. Le chantre de la rupture, Patrice Talon, à l’entame de son investiture, a affiché sa volonté inébranlable de lutter à temps et à contretemps contre la corruption, condition sine qua non de la relance du développement économique du Bénin. Mais, ce bloc mis en place et qui affiche sans doute une bonne ambition risque d’être le talon d’Achille qui fera sombrer toute initiative de moralisation de la vie publique et de la fin de l’impunité. Et pour cause.

Un bloc de scandaleux

Tous les gros scandales qui portent des gènes de la destruction de ce pays du scandale des machines agricoles à la construction du nouveau siège du Parlement, en passant par MariaGléta, le Ppea 2 et autres dossiers de diversion des deniers publics et de mauvaise gouvernance sous le ré- gime défunt, impliquent des députés membres du « Bloc de la majorité pré- sidentielle », exception faite de ceux qui ne veulent plus faire de l’opposion non rentable… Dès lors, il fallait trouver la formule pour épater le chef de l’Etat qui, objectivement, a besoin d’une majorité confortable. La solution est toute trouvée à ces représentants de la Nation habitués à retourner leur veste à la moindre incartade. Car, au-delà des intérêts personnels et égoïstes dont ils ne veulent jamais se séparer, les scandales pourraient rattraper à tout moment quand on prend le risque d’affronter le pouvoir en place.

Morceaux choisis de mains tendues au chef de l’Etat

Dans leur déclaration constitutive, on peut lire : « Le Programme d’actions du Gouvernement 2016-2021 en particulier est porteur d’espérance pour faire de notre pays un espace de développement durable inclusif, de dynamisme économique et de progrès social. Donnant suite à nos échanges avec le Gouvernement et parvenus à une convergence de vues et à des engagements partagés, nous affirmons qu’à travers des réformes appropriées aux plans politique, institutionnel, économique et social, à travers une démarche pédagogique et inclusive, notre pays peut relever les défis de l’emploi, du bien-être social et du développement harmonieux et équilibré. Au regard de tout ce qui précède, nous, députés signataires de cette déclaration fondatrice, avons décidé en toute liberté et en toute conscience, de former le Bloc de la majorité pré- sidentielle (Bmp) qui a pour vocation de soutenir résolument le Gouvernement du Président Patrice Talon dans la mise en œuvre de sa politique de développement au service et au bénéfice du peuple béninois… ». Un véritable appel de pied au chef de l’Etat sur fond d’yeux doux. Il ne saurait d’ailleurs rester insensible à ce geste du Bloc des 59 députés qui, à vrai dire, est un véritable panier à crabes. Et ceci, pour deux raisons. La première, c’est que le chef de l’Exécutif a besoin d’une majorité à l’Assemblée nationale pour faire avancer ses réformes. La deuxième, c’est qu’après le rejet de son projet de révision de la Constitution, le chef de l’Etat a annoncé qu’il fera désormais de la politique.

L’impunité rimera avec la redevabilité

Dans ces conditions, le sens de discernement pour faire rendre gorge aux pilleurs de l’économie nationale devient difficile presqu’impossible. Du coup, pendant les quatre ou peut-être 10 ans à venir, Talon est condamné à composer, délibérément ou inconsciemment avec les présumés fossoyeurs de l’économie béninoise, que son prédécesseur a eu beau jeu de laisser se trouver un refuge immunitaire au Parlement, au détriment du développement du pays. En conséquence, une fois encore, le rendez-vous de la moralisation de la vie publique se trouve manqué au détriment des contribuables béninois, des populations qui vont continuer de vé- géter dans la précarité et la pauvreté.

Alain Sessou, rédacteur en chef du journal la croix du benin  Alain Sessou, rédacteur en chef

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