Révision de la constitution : le sort d’une promesse électorale

Talon

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Le rejet du projet de révision de la constitution Béninoise le 4 avril dernier nous pose la question des promesses faites par les hommes politiques, et particulièrement de la promesse du candidat Patrice Talon, lors des dernières présidentielles, de ne pas effectuer de second mandat.

Quoique désormais mis de côté, le rejet par les députés à l’Assemblée nationale du  projet gouvernemental de révision de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 reste et relève encore d’un test de maturité politique du peuple, surtout des gouvernants du Bénin, en particulier du premier citoyen des Béninois, le Chef de l’Etat, président de la République.

Jamais un projet de révision du texte fondateur du Bénin n’a suscité autant de débats, de suspicions et de discussions au sein des populations et des divers foras, des plus objectifs au plus virulents et abjects. Constitutionnalistes et juristes de haut niveau, politiciens, politologues, sociologues, praticiens de droit de tous ordres, membres des organisations de la société civile, hommes et femmes de la rue, chacun y allait selon ses compétences et convictions et surtout selon qu’on soit pour ou contre ce projet de révision du gouvernement.

Le président de l’Assemblée nationale du Bénin, Me  Adrien Houngbédji, à l’ouverture de  la première session parlementaire ordinaire de l’institution le lundi 10 avril 2017, a pu lui-même retenir du vote de rejet dudit projet de révision la leçon « que le peuple béninois demeure attaché à la  Constitution du 11 décembre 1990 : un attachement émotionnel qui frise le fétichisme, qui frappe  de suspicion toute initiative de révision  et qui malheureusement laisse sans solution les problèmes réels : la peine de mort qu’il faut abolir, la Haute cour de justice qu’il faut rendre plus opérationnelle, la Cour des comptes qu’il faut créer, la représentation des femmes dans les instances de décision qu’il faut améliorer, la réforme de notre système partisan » etc. Il en a même gardé un goût de regret : « Nous aurions pu profiter de l’opportunité que nous offrait le projet de révision, pour engager et faire aboutir ces réformes – là, dont chacun reconnaît la nécessité ». Toutefois, Me Adrien Houngbédji ne perd pas espoir : « Notre peuple trouvera un jour les voies qui lui permettront d’accomplir les réformes constitutionnelles indispensables à son développement ».

Mais l’un des points de discussion autour de ce projet de révision reste la question du mandat unique promis au peuple béninois par le candidat Patrice Athanase Guillaume Talon : « Instaurer le mandat unique par la suppression de la possibilité  de renouvellement du mandat présidentiel ». Une promesse qui a séduit entre autres les populations et décidé leurs suffrages en faveur du candidat Talon.

Cette promesse, il l’a faite à temps et à contre-temps et avec beaucoup de conviction et de détermination. Il en a fait presque une obsession solennelle à l’occasion de la fête du 1er août 2016 lors d’un débat télévisé avec les journalistes décidés à savoir le sort qu’il réserverait à cette promesse s’il arrivait que son projet de révision ne prospère pas à l’assemblée nationale. La réponse du président est restée inchangée et imperturbable. Pour le président,  que le projet de révision passe ou non, sa promesse reste ferme : il ne ferait pas deux mandats. Ce qui a fait croire aux citoyens que le mandat unique est une promesse personnelle du candidat Talon devenu président de la république ; et donc non liée à la révision ou non de la constitution.  C’est ici que la sortie médiatique du président Talon le samedi 8 avril 2017 pour s’expliquer sur son projet de révision rejeté par les députés à l’assemblée nationale a laissé perplexes et pantois nombre de Béninois et d’observateurs avertis sur sa capacité à respecter la parole donnée. Beaucoup de citoyens s’attendaient à voir et entendre leur président consolider avec encore plus de promptitude et de vigueur sa promesse de ne faire qu’un seul et unique mandat présidentiel.

Mais grande a été leur surprise d’entendre le Chef de l’Etat déclarer : « Ce qui est sûr aujourd’hui, pour moi, c’est que 2021, c’est loin.Ça devient une affaire personnelle, ce n’est plus une affaire de réforme. Je verrai bien ce que je ferai. J’aviserai ». C’est la déclaration qui amène certains analystes de la chose politique à croire que le président de la république est en train de vouloir  abandonner sa promesse électorale qui a servi de base à son élection à la tête du Bénin. Ceci pose en plus la problématique de la crédibilité de la parole du Chef. La plupart des Béninois croyaient ne plus accepter à la suite du président français Jacques Chirac, les propos selon lesquels « « les  promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent » et l’adage du politicien béninois quand il affirme que  » les promesses électorales n’engagent que ceux qui les croient » ». Pour d’autres observateurs, le rejet par les députés du projet de révision de la Constitution ne peut et ne doit pas servir de prétexte au Chef de l’Etat pour ranger au placard sa volonté de faire un et un seul mandat à la présidence de la République.

Surtout que la Constitution du 11 décembre 1990 ne fait aucune  obligation à un citoyen de faire deux mandats. Même si elle prévoit la possibilité de renouveller le mandat, le candidat Talon   peut, au nom du respect de sa promesse électorale, choisir  de faire un seul mandat. Lui qui par ailleurs est fier d’affirmer : « Je rêve qu’au bout de ce mandat de cinq ans, je sois porté en triomphe par les Béninois ». Le renoncement éventuel du président Talon au mandat unique, quel que soit le contexte de son avènement, sera certainement difficile à comprendre par les populations. Car ce faisant, comment croire aux promesses d’aménagement et d’assainissement de Cotonou et de la plupart des grandes villes du Bénin ayant sous-tendu les opérations de déguerpissement ou de déplacements des populations de l’espace public ?

Peut-on continuer  de croire aux mirages de rendre ces grandes villes à l’instar de Paris ou d’autres Eldorados ? Doit-on devenir ou demeurer  »Thomas » (voir avant de croire) devant les nombreuses promesses et futures promesses du Chef et de son gouvernement ? Doit-on le croire désormais quand il invite les Béninois et les Béninoises à prendre patience d’ici à deux ans pour voir leur panier de la ménagère s’améliorer ? A écouter les populations, la gloire qu’elles attendent de leur président, c’est de voir, comme l’affirme Mme la présidente de la plateforme électorale des organisations de la société civile du Bénin,  Fatoumatou Batoko Zossou, dans le document  » 1ère évaluation citoyenne de 198 promesses électorales du Président Patrice Athanase Guillaume  Talon », « franchir le pas et trouver  la cadence afin que, véritablement, les promesses électorales engagent ceux qui les reçoivent et les croient au point qu’ils en rendent redevables ceux qui les font ».

Car poursuit-elle dans le document : « On devrait se méfier davantage des promesses des hommes politiques puisqu’ils ne peuvent nous faire de cadeaux qu’avec ce qu’ils nous prennent ». Et Mme Batoko d’inviter le citoyen à toujours rappeler à l’homme politique ses promesses électorales « afin qu’il décide en toute responsabilité, d’être  »dignes »ou  »indignes » des milliers de suffrages investis sur lui ».

Portrait de Guy Dossou-Yovo, Chargé des questions de Politique et de Société Guy Dossou-Yovo, Chargé des questions de Politique et de Société

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