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UNION AFRICAINE L’art de naviguer de Charybde en Scylla

La gestion des coups d’État survenus ces derniers mois, ainsi que les crises incessantes insolubles qui foisonnent sur le continent placent l’Union africaine (Ua) dans l’incapacité d’atteindre son principal objectif : l’intégration du continent dans l’unité. Car elle est minée par la désunion et l’incohérence dans les prises de décisions.

24 janvier 2022, au Burkina Faso, une junte dirigée par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba dépose le président démocratiquement élu Roch Marc Christian Kaboré. Moins de cinq mois plus tôt, en Guinée, le colonel Mamadi Doumbouya, à la tête d’un groupe de militaires, chasse du pouvoir le président Alpha Condé qui venait d’être réélu pour un troisième mandat. Le 18 août 2020 au Mali, le colonel Assimi Goïta renverse le pouvoir constitutionnel d’Ibrahim Boubakar Keïta dans un premier temps et accepte un poste de vice-président qu’il va écourter. En effet, le 24 mai 2021, il fomente un deuxième coup d’État. Il dissout toutes les institutions démocratiques et s’autoproclame Président de la République. Parallèlement à la situation ouest africaine marquée par des putschs où les militaires deviennent les maîtres du jeu dans trois pays, la situation dans d’autres parties du Continent n’est pas plus reluisante. En outre, au Tchad, on a assisté à un coup d’État subtil. Car le Général Mahamat Idriss Deby Itno a pris, sans autre forme de procès, la succession de son père tué au front par les rebelles tchadiens, le 20 avril 2021, selon la version officielle.

Faiblesse, inconstance et incohérence des décisions

Au-delà de l’installation au pouvoir des militaires qui prend de l’ampleur depuis deux ans, force est de constater que malheureusement, le continent africain est toujours en proie à des violences, des guerres, des difficultés de toutes sortes. En Centrafrique, plusieurs branches de rébellions ont mis le pays en lambeaux. Le pouvoir légal contrôle à peine le tiers du territoire. En éthiopie, les menaces de la rébellion sont toujours permanentes avec des incursions repoussées de temps en temps. En République démocratique du Congo, les rebellions armées règnent dans certaines zones comme l’Itouri, le Kivu et Béni. En Somalie, la guerre entre forces rivales, avec son lot de morts est permanente. Un peu partout sur le continent, des populations de plusieurs régions sont décimées par les guerres fratricides et interethniques.

Face à la situation, l’Union africaine créée sur les cendres de l’ex-Organisation de l’Unité africaine en juillet 2002 fait du surplace.  D’année en année, elle montre son incapacité à bien gérer les crises sur le Continent. Et les derniers développements liés aux coups d’État au Mali, au Burkina, en Guinée et la succession arrangée au pouvoir de Deby fils en sont une parfaite illustration.

En clair, l’Organisation panafricaine s’est éloignée de sa mission originelle d’asseoir le ciment de l’unité nationale sur fond d’intégration du Continent (Cf. encadré). L’ambition originelle de l’Ua semble davantage compromise par des leaders politiques africains eux-mêmes trop jaloux de leurs prérogatives politiques et de la souveraineté de leurs états. Certes, théoriquement sur papier, l’Organisation ne manque pas de bonne volonté et de courage dans l’accomplissement de ses missions de bons offices en vue de trouver des solutions pour le règlement pacifique des différents conflits. Toutefois, il reste à déplorer la faiblesse, l’inconstance, l’incohérence des attitudes qu’adoptent les chefs d’État et des décisions regrettables qu’ils sont parfois amenés à prendre. Et pour cause. Il est vrai que pour tous les pays dans lesquels il y a eu récemment coups d’État, les condamnations de principes sont demeurées les mêmes.

Cela dit, la situation du Burkina est en train d’être gérée avec une certaine souplesse. En effet, malgré les amendements apportés à la Constitution, l’Union africaine pense que la loi fondamentale de ce pays a été rétablie et que la junte conduite par Damiba fait des progrès. Époustouflant ! En Guinée, c’est à croire que l’Ua ne se préoccupe plus de la situation.

La solution, un mécanisme fiable de prévention des crises

Pendant ce temps, les militaires au pouvoir au Mali essuient la foudre des dirigeants africains qui perçoivent dans la décision de ce pays de renvoyer les militaires en mission pour traquer les Djihadistes comme une démesure. Le président sénégalais Macky Sall, actuel président en exercice de l’Ua et le président ivoirien Alassane Ouattara ne décolèrent pas face à l’attitude des autorités maliennes. En revanche, le coup d’État déguisé survenu au Tchad avec la bénédiction de la France ne soulève apparemment pas beaucoup d’objections de la part des dirigeants du Continent. Au point où on n’ose même plus l’aborder lors des assises de l’Union africaine, ni de la communauté internationale.

Tous ces agissements des chefs d’État africains portent la trame du refus de s’affranchir de l’Occident pour se consacrer aux vraies missions qu’ils se sont assignés en créant il y a près de 20 ans l’Ua. 

À y voir de près, l’Union africaine ne peut pas continuer d’être comme par le passé un lieu de bavardages, de discours enflammés et patriotiques inutiles, avec des résolutions et recommandations inappropriées et inapplicables, en déphasage avec les réalités concrètes du terrain. Les dirigeants africains doivent arrêter avec l’hypocrisie politique qui fait que les crises sur le contient sont gérées avec la méthode de deux poids deux mesures. Ils doivent inventer un nouveau paradigme permettant réellement à l’Organisation d’atteindre son objectif principal qui se résume à l’intégration, l’unité, le développement, la liberté et la paix en Afrique. Pour y arriver, il est urgent pour l’Ua de mettre en place un mécanisme fiable de prévention des coups d’État et de sécurité.

Alain SESSOU

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