Comprendre la Parole

Créés pour être compatissants comme Dieu

Le fil conducteur qui traverse les textes du jour nous a été donné par les Ps 103 (102). Ce chant joyeux d’action de grâce est une méditation sapientielle sur le caractère caduc de l’homme comparé à la miséricorde infinie et éternelle de Dieu. Les vv. 4-10 exaltent l’amour et le pardon de Dieu. Le visage du Seigneur y est révélé : C’est un Dieu de tendresse, de miséricorde et de pitié. La puissance de l’amour de Dieu, si on peut s’en faire une idée, on ne peut que se référer à un symbole spatial dont les dimensions à la verticale (v. 11) et à l’horizontale (v. 12) embrassent toutes les mesures cosmiques possibles comme un symbole d’infini. C’est rassurant pour l’homme pécheur que nous sommes, d’avoir la garantie de l’amour infini de Dieu : « comme est la hauteur des cieux sur la terre, puissant est son amour pour qui le craint ; comme est loin l’orient de l’occident, il éloigne de nous nos péchés » (vv.11-12). Dans la deuxième section (vv. 11-19) du psaume, on lit l’amour éternel de Dieu et la fragilité de l’homme. L’idée de la paternité de Dieu apparaît. Il sait de quoi nous sommes pétris. Il se souvient que nous sommes poussière. Il suffit qu’un souffle passe et l’homme n’est plus ; même sa place ne le connaît plus.

Entrer dans l’éternité de Dieu en imitant son amour

L’homme est naturel, doué de vie par sa psychè et soumis aux lois du dépérissement et de la corruption ; mais il est aussi spirituel. Saint Paul le présente comme redevable à la fois d’Adam et du Christ pour lui faire comprendre que malgré sa fragilité, il est capable de Dieu ; capable d’imiter son amour, car il est à la fois terrestre et céleste. Dans un Ancien Testament où bat encore son plein la loi du talion, David laisse une occasion toute offerte pour tuer Saül qui s’est exprès mis en campagne contre lui. L’homme terrestre qui est en tout homme et qui ne respire que vengeance et règlement de compte, a parlé par les lèvres d’Abishaï qui dit à David : « Aujourd’hui, Dieu a livré ton ennemi en ta main. Eh bien, laisse-moi le clouer à terre avec sa propre lance, d’un seul coup et je n’aurai pas à lui en donner un second ! » (1 S 26,8). Cette voix est celle de la vengeance. Si la providence livre entre nos mains ceux qui nous veulent du mal, c’est une grande responsabilité qui nous porte à faire comme Dieu, preuve d’une grandeur d’âme. David ne donne pas cours à l’instinct, cette bête noire tapie en l’homme qui guette constamment l’ennemi pour l’éliminer jusqu’aux cendres, à la première occasion. Il a eu la crainte de Dieu. Il ne portera pas la main sur le roi, l’oint de Dieu : « qui pourrait porter la main sur l’oint de Dieu et rester impuni ? » (1 S 26,9). Il dira dans l’un des psaumes composés par lui : « l’homme de ruse et de sang, le Seigneur le hait » (Ps 5,7). Si David n’a pas porté la main sur le roi parce qu’il était l’oint de Dieu, le Seigneur montrera que la vie de tout homme, même celle du sanguinaire, lui est précieuse. C’est si vrai que dans le livre de la Genèse, le Seigneur Dieu mit un signe sur Caïn, afin que le premier venu ne le frappât point » (Gn 4,15). Jésus dans l’évangile nous dit d’aimer sans mesure, non pas comme une créature naturelle qui aime ceux qui l’aiment, mais comme le Christ qui au seuil de sa mort, a prié pour ses bourreaux : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).

Dans ma vie

La grandeur d’âme qui laisse vivre l’ennemi pour faire son chemin de conversion a-t-elle place dans ma vie ?

À méditer

Si la providence livre entre nos mains ceux qui nous veulent du mal, c’est une grande responsabilité qui nous porte à faire comme Dieu, preuve d’une grandeur d’âme.

Père Antoine TIDJANI
BIBLISTE

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