avril 20, 2021
Editorial

Printemps arabe : Espoirs et réalités

 « Dégage ! ». Voilà bien le mot de l’année 2011, celui qui a révélé au monde l’exaspération des populations contre les régimes dictatoriaux dans le monde arabe. Nous avons tous en mémoire la fuite du président  Zine El Abidine Ben Ali vers l’Arabie saoudite le 14 janvier 2011. La chute du régime tunisien sonnait la première réussite des révolutions arabes. L’étincelle tunisienne va entraîner une série d’implosions sans précédent dans toute la région, au point de faire tomber en quelques mois des régimes autocratiques, en Égypte, en Lybie et au Yémen. La chute de ces régimes alimentait l’espoir d’un renouveau démocratique pour une région dont on oublie souvent les périodes de lumière et de renaissance dans l’Histoire.

Mais dix ans après, l’espoir soulevé par les printemps arabes a fait long feu. Même si les situations sont très différentes d’un pays à un autre, les seuls résultats probants demeurent l’effondrement de l’économie, le retour de régimes autoritaires, l’émergence de l’État islamique qui a profité de la déstabilisation de l’unité territoriale des pays. Le cas de la Lybie est un exemple palpable : après l’intervention occidentale, articulée autour de la France de Nicolas Sarkozy, le pays a été abandonné aux milices locales, ce qui aboutit à un éclatement des tribus.

À l’heure de la libération des peuples a succédé celle du désenchantement animé par le sentiment de rendez-vous manqués avec la démocratie. En réalité, les changements obtenus ne sont pas à la hauteur des aspirations exprimées pacifiquement par des millions de personnes. Pour comprendre la situation, il faut rappeler qu’après la disparition des dictateurs qu’elles ont toujours soutenus, les puissances mondiales se sont contentées d’un soutien limité aux mouvements de population, craignant de gérer les conséquences d’une révolution qu’elles n’ont pas vu venir.

Pourtant, les composants de la bombe sociale qui ont précipité les chutes des régimes dictatoriaux sont connus : fermentation sociale annoncée par les mouvements de grève ; usure de l’homme providentiel ou considéré comme tel ; corruption érigée en système ; dynamique d’outils de mobilisation nouveaux (les réseaux sociaux). Il serait bon de s’en souvenir..

Serge Bidouzo

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