janvier 17, 2021
Questions/Réponses

Question : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ». Mon Père, dans le monde d’aujourd’hui où l’on ne sait plus qui est qui et où la méchanceté bat son plein, pourrais-je encore accueillir un étranger chez moi sans rien craindre ?

Francis DOSSOU-YOVO, Cadreur

Réponse

Mon frère, en cette solennité du Christ Roi de l’univers, l’Évangile nous permet de méditer sur le thème de l’hospitalité. À ce propos, Jésus dit : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ». Hélas, force est de constater que la valeur de l’hospitalité se détériore chaque jour un peu plus, vu la malveillance sans cesse croissante de certains inconnus auxquels le gîte et le couvert sont offerts. Ce qui pousse à se demander s’il n’est pas périlleux d’accueillir l’étranger chez soi.

Jésus et les étrangers

Les Évangiles nous révèlent Jésus faisant bon accueil aux étrangers (le Centurion romain en Mt 8, 5-13, la Païenne syro-phénicienne en Mc 7, 24-30, le Bon Samaritain en Lc 10, 25-37). Il va jusqu’à s’identifier à eux : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35). Saint Paul en tirera les conséquences pratiques pour la communauté : en Jésus, nous ne faisons qu’un seul corps, il n’y a plus d’étrangers. Nous sommes, certes, de nationalités et d’origines diverses, mais pour le chrétien, tout étranger devient visage du Christ qu’il doit accueillir. D’ailleurs, ce devoir d’accueil compte parmi les critères pour entrer dans le Royaume de celui qui est le Père de tous, Juifs ou païens. L’hospitalité devient pour ainsi dire une exigence morale à laquelle le croyant ne doit déroger.

L’hospitalité, une exigence morale pour le chrétien

Il s’agit là d’une exigence des valeurs éthiques que l’Écriture prescrit (Ex 22, 20) et que l’Église défend. Les déplacés de guerre, les réfugiés, les migrants, les voyageurs, etc., ont besoin de nous, au moins momentanément, pour les besoins de base, en termes de protections diligentes. Leur accueil manifeste la profondeur de notre fraternité humaine et de notre sensibilité vis-à-vis du « pauvre ». L’étranger est avant tout, pour le croyant, une source de bénédiction : rappelons-nous l’histoire des mystérieux visiteurs d’Abraham. Ensuite, le Seigneur déclare venir à nous sous les traits d’un étranger. Enfin, nous pouvons nous retrouver dans cette posture dans nos déplacements. La méchanceté humaine ne doit pas altérer cette valeur en nous.

Savoir accueillir

Le bon sens nous enjoint néanmoins, dans les conditions actuelles de recrudescence de crimes commis par des malfaiteurs prêts à victimiser leurs hôtes, à savoir accueillir. Il s’agira, à cet effet de cultiver les comportements de précaution sécuritaire. Par exemple, il sera utile de contrôler les pièces d’identification de la personne, de vérifier les informations qu’elle fournit sur sa parenté, d’informer l’autorité de gestion de personnes étrangères comme le commissariat de police, le consulat ou l’ambassade, si la personne ne partage pas votre nationalité. Ensuite, il sera nécessaire de lui faire connaître les règles de conduite dans votre famille ou communauté, ce qui est permis ou réprouvé du point de vue comportemental, ainsi que l’observance des valeurs positives. Bref, il faut faire en sorte que la personne en attente d’accueil perçoive à la fois le désir de l’accueil et la volonté du contrôle. Ces mesures de prudence, en réalité dissuasives d’actes répréhensibles, ne relèvent pas d’une phobie hospitalière mais de sagesse prudentielle.

À la manière de Jésus, nous devons réserver un bon accueil à l’étranger. On peut bien respecter ce principe basique, moyennant une éducation aux réflexes préliminaires dans les conditions d’insécurité qui sont les nôtres aujourd’hui.

Père Jean OUSSOU-KICHO, Directeur du Complexe scolaire catholique de Bassila

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