septembre 19, 2020
Questions/Réponses

Question : Mon père, le pardon est l’une des choses les plus difficiles à pratiquer dans la vie. Pouvez-vous me donner des recettes efficaces pour y parvenir quelles que soient les offenses qu’on m’inflige ?

Audey HOUETO, Caissière

Réponse

Ma sœur, le thème du pardon de ce 24e dimanche ordinaire A prolonge celui de la correction fraternelle du dimanche dernier. Comme tu le dis si bien, à un certain niveau d’offense, il devient difficile d’accorder le pardon à l’offenseur. Néanmoins, on peut y arriver progressivement si l’on prend en considération quelques dimensions de notre vie chrétienne.

Je suis pécheur

La première lecture et l’évangile nous rappellent notre condition de pécheur. En cela, nous ne sommes pas mieux que les autres. Le tort fait au prochain peut paraître insignifiant alors que ses conséquences chez l’offensé sont profondes. L’excessive bonne conscience de soi et l’oubli de sa redevance vis-à-vis de Dieu et des autres sont les sources de l’intolérance et de la difficulté à pardonner. Pour cela, chaque fois que j’éprouve la peine à pardonner, je dois : primo, me souvenir que j’ai été un jour gracié par une personne que j’ai offensée et que cette grâce m’a redonné une nouvelle vie. Secundo, j’ai certainement offensé une personne dans le présent et j’ai besoin de son pardon. Tertio, j’offenserai encore et j’aurai besoin du pardon. Dès lors, il me sera plus aisé de franchir le cap du pardon à donner au frère. Nous sommes une famille. Sa vie et son épanouissement dépendent de la réciprocité du pardon reçu et donné.

Je vis pour le Christ

La 2e lecture est telle qu’on peut ne pas percevoir ipso facto le rapport avec le pardon. En nous rappelant que « dans notre vie comme dans notre mort nous appartenons au Seigneur », Saint Paul parle du baptême qui est aussi le sacrement du pardon et de la nouvelle vie dans le Christ. Nous vivons désormais pour le Christ ou mieux, c’est le Christ qui vit en nous. S’il en est  ainsi, nous pardonnons au frère à cause du Christ auquel nous sommes configurés. On peut donc dire que si nous avons des difficultés à pardonner, c’est justement parce que nous vivons pour nous-mêmes, en ruminant les méfaits de l’offense sur notre personne. Et c’est vrai que, si nous procédons ainsi, nous rencontrerons de grandes difficultés à pardonner. Mais si nous considérons notre identité de chrétiens, appartenant au Christ, le pardon devient plus aisé. Les textes nous invitent donc à gérer l’offense en tant que chrétien.

Je ne veux pas perdre la grâce divine

On l’oublie trop souvent, la conséquence immédiate du refus de pardonner est la perte du pardon de Dieu et donc de la communion avec lui. Cette vérité n’est pas seulement établie pour la vie dans l’au-delà, mais déjà pour notre vie sur cette terre. Refuser de pardonner, c’est s’auto-excommunier et perdre la grâce de Dieu. On comprend dès lors la raison pour laquelle malgré la participation à l’eucharistie et les prières à répétition, certaines personnes ne ressentent pas les effets de la grâce sur leur vie. Le refus total de pardonner insinue la méconnaissance de Dieu et l’ignorance de la valeur de sa miséricorde en notre faveur. Cette résistance au pardon devient un parapluie empêchant les bienfaits de Dieu de descendre sur nous. La fin de l’évangile rappelle cette vérité avec des mots qui ne ménagent aucun de nous. 

Ma sœur, pour pardonner plus aisément, n’oublie pas que tu es pécheur réconcilié à Dieu afin de mener une nouvelle vie dans le Christ. Que Dieu nous accorde la grâce de pardonner sans compter..

Père Jean OUSSOU-KICHO, Directeur du Complexe scolaire catholique de Bassila

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