septembre 19, 2020
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AGITATIONS AUTOUR DES CANDIDATURES A LA PRESIDENTIELLE DE 2021 : De potentiels candidats et leurs soutiens dans des jeux de couloir

À environ sept mois de l’élection présidentielle de 2021 au Bénin, il y a manifestement beaucoup de bruit autour de potentiels candidats. Du côté du président sortant, plus de doute visiblement. À sa suite, d’autres personnalités affichent clairement leurs intentions d’être dans le starting-block. Toutes ces agitations se font dans un environnement folklorique au regard des textes sur la base desquels va s’organiser ce scrutin.

De la gauche vers la droite : Joël Aïvo, Moïse Kérékou, Daniel Edah et Patrice Talon probables candidats avec divers fortunes pour la qualifi cation

Les pressions sont fortes depuis un moment sur le président sortant Patrice Talon pour l’appeler à briguer un second mandat. Les deux principaux regroupements de partis qui soutiennent le président de la République, à savoir le Bloc républicain (Br) et l’Union progressiste (Up), ainsi que plusieurs associations ou mouvements créés dans la foulée ne lésinent pas sur les moyens pour la cause. Les raisons ne manquent pas. « En quatre ans, jamais un président de la République au Bénin n’a fait autant de réalisations que lui en 60 ans d’indépendance », déclarent les uns. « Le président Talon doit briguer un second mandat pour parachever ce qu’il a si bien commencé », soutiennent d’autres. Mieux encore : « En dehors de Talon, plus aucun autre Béninois n’a des aptitudes pour bien conduire les actions de développement du pays », peut-on entendre. Les qualificatifs dithyrambiques se multiplient pour montrer que le président Talon est le seul homme idéal pour la présidentielle de l’année prochaine. Même le communiqué de la Présidence qui demande expressément de mettre fin au culte de la personnalité du chef de l’État, n’a pas suffi pour siffler la fin de la récréation. Certes, la méthode a changé avec le retrait des affiches et autres posters géants des places publiques. Mais la candidature du président Talon continue d’être suscitée par d’autres procédés. Il est vrai que les Béninois sont habitués à ce genre de spectacle à la veille de chaque élection présidentielle. Seulement, la particularité cette fois-ci, c’est que ces agitations autour des candidatures interviennent dans un contexte où l’application rigoureuse des textes en l’état n’offre qu’une seule perspective : Patrice Talon, président sortant, seul candidat à sa propre succession en 2021. C’est si évident que le parti Moelle-Bénin dirigé par Jacques Ayadji a publiquement porté son choix sur le chef de l’État comme son candidat au prochain scrutin présidentiel. À sa suite, les autres partis répètent en chœur que cette candidature s’impose. Et quand le président sortant va aviser bientôt, ce serait pour prendre acte des différentes sollicitations. Les faits étant clairs, et c’est justement à l’aune de ces faits qu’on retrouve l’aspect folklorique dans l’entourage du chef de l’État par rapport à sa candidature, d’autant que là, et on ne le dira jamais assez, tous les leviers pour être candidat à la présidentielle de 2021 sont entre les mains du pouvoir. En effet, les 77 maires à l’exception peut-être des six maires du parti Force Cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) de Paul Hounkpè, et tous les 82 députés qui vont être appelés à parrainer le président sortant sont sous le contrôle de Patrice Talon. Et c’est justement à ce niveau qu’intervient le deuxième aspect folklorique des autres intentions de candidatures.

Redonner à la démocratie son blason

Pour l’instant, le professeur titulaire de Droit constitutionnel, Joël Aïvo, ne cache pas ses intentions. Les faits ne trompent plus. En sillonnant le pays, faisant des rencontres ici et là, il dit clairement qu’il faut redorer à la démocratie béninoise son blason. Car elle serait en train d’aller à la dérive sous l’actuel Gouvernement. De sources dignes de foi, d’autres personnalités béninoises résidant à l’intérieur ou à l’extérieur du pays nourrissent la forte ambition de se porter candidats à la présidentielle de 2021. À y voir de près, on se demande bien par quelle alchimie cela pourrait être possible ? À l’exception du président sortant, ni le professeur Aïvo ni d’autres ne pourraient avoir le sésame indispensable pour être candidats au prochain scrutin. Ils pourraient l’obtenir à deux conditions. La première : un deal entre le pouvoir qui accepterait de prêter à l’un ou l’autre, le nombre de parrains nécessaires. Et on se retrouve dans le cas de figure d’un match amical entre Patrice Talon et un candidat fabriqué par les deux blocs soutenant les actions du chef de l’État. La deuxième condition, c’est la mise en pratique d’un scénario qui se murmure : l’ouverture du Mercato pour le parrainage les mois à venir. Selon certaines indiscrétions, des députés ou maires pourraient bien vendre leur parrainage contre de l’espèce sonnante et trébuchante. Ceci pourrait leur rapporter entre 50 millions et 100 millions de Fcfa. Connaissant la frivolité des hommes politiques béninois et surtout des élus de la Nation habitués à voter des lois à coup d’argent, cette hypothèse est plausible. Mais elle a très peu de chance de prospérer. Dès lors, la probabilité est plus forte que la prochaine présidentielle nous offre un sketch ahurissant entre hommes politiques. D’autant que la réalité des réformes des textes régissant les élections l’aurait imposé. À moins que l’appel lancé par une dizaine d’organisations de la société civile depuis la semaine dernière soit écouté : faire sauter le verrou du parrainage. À cet effet, les regards sont tournés vers le chef de l’État, seul à même de faire bouger les lignes. Car à tort ou à raison, les deux partis représentés à l’Assemblée nationale (Le Bloc républicain et l’Union progressiste) sont totalement sous l’emprise du président de la République. Les jours à venir nous édifieront davantage.

Alain SESSOU

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