août 11, 2020
Jeunesse

Jeune, comment es-tu témoin du Christ ?

De nos jours, les évêques s’accordent pour inviter tous les chrétiens à la foi authentique, et donc à une vie de témoignage. Mais comment cela se peut-il ? C’est ce que nous allons découvrir avec le père Hermann Juste Nadohou-Awanou, prêtre du diocèse de Cotonou.

(Propos recueillis par Perpétue BABAYEDJOU)

1- Être « témoin du Christ » signifie-t-il « être martyr du Christ » ?

Dans les Saintes Écritures, l’Ancien Testament utilise plus le terme « témoin », que « martyr » privilégié par le Nouveau Testament et incarné par Jean-Baptiste, Étienne et Jésus, le témoin fidèle de l’Apocalypse. Un témoin ou un martyr, c’est une personne qui, par sa manière de vivre, atteste de la supériorité des causes qu’elle défend, parfois au prix de sa vie. Le terme grec « marturos » traduit en Français à la fois martyr et témoin. « Martyr » fait plus penser à une fi n tragique, à une valeur héroïque, alors que celui de « témoin » a un sens simpliste d’exemplarité d’une personne, qui a vu un événement, qui a assisté à un contrat ou à un acte juridique. Le témoin, il peut en avoir de faux qui accusent ; or ce n’est pas le cas pour le martyr. Le chrétien est appelé à être témoin de la vie et de l’œuvre de Jésus. « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1, 8).

2- Peut-on faire profil bas et taire sa chrétienté, ou s’affirmer au risque parfois d’y laisser sa vie ?

À la Création, l’homme a été posé sur la terre pour la transformer. Pour celui qui croit que la foi est de l’ordre des convictions intimes qui ne regardent que soi, il est difficile de témoigner. Or l’expérience et la découverte du Christ sont une richesse qu’on ne peut garder pour soi tout seul. Pourquoi témoigner ? Auprès de qui ? Dans quel environnement ? Un environnement contrasté avec ses défi s et ses chances ? En face de la persécution et des railleries, le prophète Jérémie n’a pas fait profil bas. Il est resté fidèle à Dieu pour la crédibilité du message qu’il portait. Il est resté humble, loyal et vrai, car un témoin ne ment point (Prov 14, 5). Le privilège d’être témoin du Christ empêche d’être complice du monde : « Ils ne sont pas du monde comme moi… » (Jn 17, 16). Des témoins clandestins existent. Aux Indes par exemple, il existe des disciples secrets du Christ. À l’un d’eux, on demande un jour, pourquoi il ne confesse pas ouvertement Jésus et il répond : « Quand le pêcheur veut prendre du poisson, il ne fait pas de bruit, il s’assied bien tranquillement jusqu’à ce que son fi let soit plein, car s’il faisait du bruit, le poisson se sauverait. Nous travaillons donc dans le silence ». Le document du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux intitulé « Le témoignage chrétien dans un monde multi-religieux : recommandations de conduite », donne des recommandations pour le témoignage : agir dans l’Amour de Dieu, imiter tous les aspects de la vie de Jésus, pratiquer les vertus chrétiennes d’intégrité, de charité, de compassion, d’humilité, de justice. Il faut éviter d’imposer une vérité, de pratiquer l’intolérance, la violence, le prosélytisme qui contraindrait la conscience, la liberté.

3- Comment faut-il s’y prendre pour s’afficher sans aucune crainte comme témoin du Christ ?

C’est dans les vertus qu’on trouve cette force et ce courage de témoigner de Jésus. De fait, celui qui se laisse fasciner par le Christ et par ce fait en devient le témoin, vit enraciné en Jésus avec la détermination de Paul qui s’est interrogé en s’émerveillant : « Qui pourra nous séparer de l’Amour du Christ ? » (Rm 8, 35). Il faut témoigner par la parole et les actes en menant une vie cohérente avec l’Évangile, dans la simplicité de vie, l’esprit de prière, la charité envers tous, l’obéissance et l’humilité, le détachement de soi et le renoncement. Comment témoigner ? Témoigner dans la confiance et l’abandon à l’Esprit-Saint, et avec courage. Jésus a invité ses disciples à la confiance et au courage : « N’ayez pas peur, ne craignez pas. Le Père sait ce dont vous avez besoin. Il ne vous abandonnera pas » (Lc 11, 13). Le Christ promet la présence de l’Esprit-Saint en situation de persécution : « Lorsqu’on vous conduira devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne cherchez pas avec inquiétude comment vous défendre ou que dire, car le Saint-Esprit vous enseignera à cette heure même ce qu’il faut dire » (Lc 12, 11-12). Le témoin du Christ n’est pas surpris de l’affrontement. Il est le disciple d’un Crucifié, appelé à affronter la difficulté, à faire face au danger avec assurance et courage. Il ne se décourage pas, ni ne baisse les bras. « Courage, dit Jésus, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33). Pour vaincre à notre tour le monde, il nous faut garder la ferveur des Saints, être animés par l’amour, le culte de la vérité et le souci d’unité.

Qu’est-ce qu’un charisme ?

Le charisme désigne une catégorie de dons de l’Esprit Saint qui diffère des sept dons. Contrairement aux sept dons de l’Esprit Saint, les charismes, eux, sont des dons qui visent le service de la communauté et son édification. Ainsi, le mot « charisme » vient du grec « charisma » et signifie « faveur » ou bien « dons généreux ». Le charisme est offert à quelqu’un, non pas parce qu’il est le meilleur ou bien qu’il l’aurait mérité, mais parce que c’est un « cadeau » que Dieu lui fait pour que, à son tour et avec la même gratuité, il puisse le mettre au service des autres. Donc, l’exercice des charismes suppose une disposition à avoir à cœur le bien de l’Église. Il y a ainsi le charisme de l’organisation, le charisme du « parler en langues ». Saint Paul en dresse une liste (Rm 12, 1 et Cor 12). Des charismes parfois spécifiques requièrent le discernement de l’Église. Car la charité est la vraie mesure des charismes (Cec N° 800).

Père Achille LANVIWANNOU Aumônier diocésain adjoint des Hôpitaux, Cotonou

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