juillet 14, 2020
Politique

Communales et municipales du 17 mai 2020 : Le requiem des anciens partis politiques au Bénin

Communales et municipales du 17 mai 2020

Le requiem des anciens partis politiques au Bénin

 

Absent à la 8e mandature de l’Assemblée nationale, le Parti du renouveau démocratique (Prd) est la dernière des formations politiques classiques existant encore sur l’échiquier national. Malheureusement, les élections communales et municipales du 17 mai 2020 ont mis fin à sa présence dans toutes les structures de décision : aucun élu, même dans son fief (Porto-Novo). Ainsi, une nouvelle ère s’ouvre pour le Renouveau démocratique où le rescapé des partis classiques créés au lendemain de la Conférence nationale de février 1990 est “out”.

 

Un peu plus d’une demi-douzaine de partis politiques sont officiellement reconnus par le Ministère de l’Intérieur avec la réforme du système partisan. Cinq parmi eux remplissant les critères définis par le nouveau Code électoral ont été autorisés par la Commission électorale nationale autonome (Céna) à prendre part au scrutin municipal et communal du 17 mai dernier. Et de ces cinq formations politiques, trois ont pu réussir à faire élire des Conseillers communaux et municipaux.

 

Un test douloureux pour le Prd

Créé depuis  trente ans, le Parti du renouveau démocratique (Prd) de Me Adrien Houngbéji n’a pas pu tirer son épingle du jeu. Une formation politique qui depuis lors a eu des députés pendant les sept premières législatures. De même, aux trois premières mandatures de la décentralisation, le Prd a toujours compté des Conseillers municipaux et communaux dans ses rangs. Ce mythe est tombé depuis les dernières élections. N’ayant pu remplir toutes les formalités necessaires pour participer aux législatives d’avril 2019, le parti n’a pas de députés siégeant pour le compte de la 8e législature. Et quand il a pu remplir les critères cette fois-ci, le voilà sans un seul Conseiller local. La situation du parti d’Adrien Houngbédji consacre avec l’organisation des municipales et communales, le requiem des partis qui sont nés à la faveur de la Conférence des Forces vives de la Nation de février 1990.

En effet, au lendemain des assises nationales et pendant le premier mandat présidentiel marquant le Renouveau démocratique au Bénin, plusieurs partis ont vu le jour. On peut citer pêle-mêle le Rassemblement national pour la démocratie (Rnd), le Rassemblement des démocrates libéraux (Rdl-Vivoten), l’Udes, le Parti Notre cause commune (Ncc), le Parti social démocrate (Psd ), le Parti du renouveau démocratique (Prd), la Renaissance du Bénin (Rb), etc. Mais un à un, au fil des ans, le Renouveau démocratique faisant son chemin avec l’organisation régulière des élections (présidentielles, législatives et communales), ils ont disparu de la scène politique nationale. Le Prd avec sa dernière défaite serait-il en train d’amorcer sa disparition ?

 

La politique de l’échec

Dans tous les cas, avec l’absence dans les instances de décision du Prd, dernier des partis politiques encore en vie, le requiem de ces partis est chanté. Mais pouvait-il en être autrement ?

La réponse, évidemment, est non. En effet, le phénomène de la disparition de ces partis qui s’observe aujourd’hui illustre bien la politique de l’échec de leurs leaders. Ainsi, la quasi-totalité des partis nés au lendemain de la Conférence nationale se sont constitués autour d’un homme. Ils sont conçus sans idéologie claire. Stricto sensu, on ne devrait même pas les appeler “partis politiques”. L’adhésion à ces formations politiques était sans conviction réelle. Résultat : les élections sont des occasions d’alliances contre-nature qui volent en éclats juste après le scrutin. Des positionnements sur des listes sont souvent des sources de tensions internes au sein des partis. La conséquence, ce sont les démissions en cascades auxquelles les militants de tous les partis ont habitué les populations depuis 30 ans. La suite est connue. Les partis politiques qui animent la vie politique nationale aujourd’hui dans leur grande majorité sont constitués des renégats des partis créés au lendemain de la Conférence nationale, en tête les dinosaures. Dans ces conditions, les formations politiques ne peuvent pas durer dans le temps. Car elles sont constituées non pas pour un idéal, mais pour servir le pouvoir et dès que le pouvoir change, ils sont prêts à trouver les arguments pour se retrouver du côté du nouveau pouvoir.

Du coup, l’Union progressiste et le Bloc républicain qui passent aujourd’hui pour les deux grands partis politiques soutenant le gouvernement Talon, ne feront pas exception à la règle. Incontestablement, leur durée de vie est égale à celle que le président Talon passera au pouvoir. C’est dire au mieux en 2026 à la fin d’un éventuel et dernier mandat du locataire du palais de la Marina, ces formations politiques vont disparaître au profit d’autres. Ainsi va la vie des partis politiques béninois depuis trente ans, car créés souvent sans idéologie, sans conviction et sans une vision prenant en compte l’intérêt général, et par ricochet le développement national. Pauvre Bénin !

Alain SESSOU

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