Questions/Réponses

« Puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous », conseille Saint Pierre. Dans notre monde d’aujourd’hui où la moindre difficulté nous fait grincer des dents, est-il vraiment possible de se réjouir dans la souffrance que nous infligent nos ennemis ?

Question

« Puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous », conseille Saint Pierre. Dans notre monde d’aujourd’hui où la moindre difficulté nous fait grincer des dents, est-il vraiment possible de se réjouir dans la souffrance que nous infligent nos ennemis ?

Claude LOKOSSOU, Apprenti

Réponse

Mon frère, ce 7e Dimanche de Pâques (A), l’Église tout entière se réunit, à l’instar des disciples de la première lecture, pour   prier et invoquer le Saint-Esprit. Jésus, lui aussi, prie pour ses disciples. C’est dans un tel contexte que Saint Pierre nous invite, à notre totale surprise, à nous réjouir du fait de notre communion aux souffrances du Christ. En quoi cela peut-il être possible dans un monde hostile à la souffrance ?

 

Se réjouir de souffrir !

Il sera difficile d’associer la souffrance et la réjouissance. La souffrance ne doit d’ailleurs jamais être recherchée pour elle-même, car Dieu n’a pas créé l’homme pour la souffrance. Au contraire, toute la création existe pour son bonheur. Toute la mission du Christ, dans cette logique, est de libérer l’homme des chaînes de la souffrance. II faut tout de suite, à ce motif, corriger la mentalité présentant le christianisme comme une religion doloriste et masochiste, et inviter les fidèles à ne pas s’infliger des pénitences qui finalement affectent négativement leur santé physiologique, mentale et spirituelle. Il me faut aussi avertir sur le risque que font courir aux personnes crédules, certaines religions qui promettent le bonheur instantané et infus, sans effort et ni peine. Il convient à ce sujet d’avoir la tête sur les épaules et d’être réaliste. En général, la souffrance est inhérente à toute vie dans son processus de maturation.

 

La spécificité de la souffrance chrétienne

L’enseignement de Saint Pierre nécessite une observation éthico-théologique pour ne pas être objet de méprise. D’un côté, le persécuté n’est pas responsable des souffrances qu’il subit. Il est victime d’une injustice sociale : « si l’on fait souffrir l’un de vous, que ce ne soit pas comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme dénonciateur », que ce ne soit pas pour un mauvais comportement. De l’autre, sa persécution relève de son adhésion au Christ. De fait, celui qui accepte de suivre le Christ retrace dans sa propre vie le parcours terrestre de Jésus, parcours fait de rejet, de persécution, de mort mais aussi de vie. C’est une mystique de l’appartenance au Christ que tout chrétien doit s’apprêter à vivre. Du coup, le chrétien qui, au long de son existence, ne rencontre pas la croix du Christ doit se poser des questions sur l’incidence pratique de sa vie chrétienne sur le monde autour de lui.

 

La finalité de la souffrance chrétienne

Un regard, même écrémé, sur la deuxième lecture permet de constater qu’elle garde un ton de joie, d’allégresse, de victoire et de gloire : si nous souffrons avec le Christ, avec lui nous vivrons et régnerons. La perspective finale a le goût des Béatitudes. Nous nous réjouissons de souffrir pour le nom de Jésus, car cette forme de souffrance nous configure davantage au mystère du Christ et nous permet de partager sa vie. Ceci s’apparente à un apprenti qui se réjouira des sévices de son patron, parce qu’il y voit une plus-value à sa performance. Il y a donc une spiritualité équilibrée de la souffrance à développer, qui insistera plus sur les bénéfices recueillis que sur les différents paliers de souffrances. Le contexte de la prière dans lequel les textes nous plongent aujourd’hui peut bien nous y aider efficacement.

Mon frère, Saint Pierre ne prêche pas la souffrance. Il nous en montre le bienfait pour l’épanouissement de notre vie chrétienne. Découvrons la profondeur de sa pensée en nous unissant à la prière de Jésus et de ses disciples.

Père Jean OUSSOU-KICHO, Directeur du Complexe scolaire catholique de Bassila

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