Comprendre la Parole

 A La gloire 

7e dimanche de Pâques

 A La gloire 

 

La page que nous offre l’Évangile de ce dimanche est celle qui s’appelle communément la prière sacerdotale. Comme unique médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus s’adresse à son Père. Dans cette adresse, il intercède non pas pour le monde mais pour ses disciples, ceux que Dieu lui a donnés. Il s’inscrit ainsi dans la logique argumentative du Ps 74 (73), 2 : « Souviens-toi de ton peuple que tu as acquis autrefois. Que tu as racheté comme la tribu de ton héritaǥe ! » Nous notons diverses figures en mouvement dans le texte : Dieu, Jésus, les disciples de Jésus, le “monde”. Mais Jésus tient pratiquement la place centrale, celle qui selon le jugement humain, est perçue comme glorieuse : Tout part de Dieu pour être donné aux hommes par Lui, et tout retourne à Dieu par Lui.

 

Glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie

Le thème de la gloire relève d’une catégorie esthétique. Cela charrie les images de la splendeur et de la beauté. Dans le monde des hommes, la recherche de la gloire fait l’objet d’une course effrénée. On travaille pour la ǥloire personnelle ; on veut se donner la gloire. On l’arrache parfois par des procédés divers : la concurrence déloyale, le sabotage, la détraction et la diffamation des autres. Dans les sociétés, les combats de leadership naissent de la recherche de la gloire personnelle. Cela porte à nier à l’autre ses mérites ; à le ridiculiser ; à concevoir toute une scène sournoise machiavéliquement exécutée pour le démonter, le réduire à sa plus simple expression et le doigter finalement au public comme peu coté et léger. Dans nos sociétés africaines et partout ailleurs, il arrive que l’on arrache la gloire en faisant des pactes avec Satan ou en pactisant avec tous les procédés du magico-sorcier dont les charlatans, gourous et maîtres des confréries ésotériques sont les suppôts et instruments. Ces gloires arrachées et forcées ne réflètent pas souvent le vrai poids et la vraie mesure de ceux qui la détiennent. C’est cela qui justifie le dicton bien connu : « tout ce qui brille n’est pas de l’or ». Dans la prière sacerdotale, Jésus introduit une conception nouvelle de la gloire qui change celle que nous en avons toujours eue : La gloire se reçoit d’un autre. Il prie pour que le Père le glorifie, et que lui à son tour puisse glorifier le Père. La Bible nous apprend que la Gloire, ce n’est pas le propre de l’homme mais le propre de Dieu. C’est Lui Seul qui peut la donner à l’homme. En Hébreu, la gloire « Kabôd » porte l’idée de « poids ». Cela n’a rien à voir avec le clinquant apparent construit sur du sable sans profondeur. Cela n’a rien à voir avec des renommées sans contenu. La gloire au sens biblique renvoie au poids réel d’une personne, à sa valeur intrinsèque définie objectivement. Or une vraie valeur s’obtient au prix de la souffrance pour engendrer à la vie et au bonheur ; au prix de l’endurance, de la persévérance, de la patience, des vertus, du travail à perdre haleine, en somme au prix de la croix. Et c’est tout cela qui engendre au plan social, une reconnaissance, un rapport de considération, de prestige que les autres entretiennent avec vous. La gloire qui revient à Dieu est liée au fait qu’il a créé toute chose et que par Jésus, il a redonné vie à tout. Jésus pour cela, a glorifié son Père sur la terre en ne donnant qu’à Lui seul, gloire et honneur. Il a appris aux hommes à n’honorer et à ne glorifier que Dieu seul qui est la Source de leur vie. Dans la deuxième lecture, Saint Pierre fait un rapport d’identification entre la souffrance que les disciples peuvent endurer pour le Christ et l’Esprit de gloire qui repose sur eux (1 P 4, 14). Autrement dit, n’est digne de l’Esprit de gloire du Christ qu’il porte, que le serviteur qui sait accepter de souffrir pour lui. C’est la  souffrance pour le Seigneur qui fait le vrai poids d’un disciple du Christ. Isaïe nous retrace comment le Christ Lui-même a obtenu de Dieu sa Gloire : « Voici, mon serviteur prospérera ; il montera, il s’élèvera ; il s’élèvera bien haut. De même qu’il a été pour plusieurs un sujet d’effroi, tant son visage était défiguré, tant son aspect différait de celui des fi ls de l’homme » (Is 52, 13-14) et c’est pourquoi, comme le dit Saint Paul, « Dieu l’a souverainement  élevé et lui a donné un Nom qui est au-dessus de tout nom » (Ph 2, 9).

Dans ma vie

Quand nous courons après la gloire, nous arrive-t-il de penser que la gloire que nous recherchons si frénétiquement ne sera digne du nom que lorsqu’elle plonge ses racines dans la croix ?

À méditer

Dans nos sociétés africaines et partout ailleurs, il arrive que l’on arrache la gloire en faisant des pactes avec Satan ou en pactisant avec tous les procédés du magico-sorcier… Ces gloires arrachées et forcées ne réflètent pas souvent le vrai poids et la vraie mesure de ceux qui la détiennent.

(Ac 1, 12-14 ; 1P 4, 13-16 ; Jn 17, 1b-11a)

Père Antoine TIDJANI, BIBLISTE

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