Simplement François

Les artisans de paix

La catéchèse d’aujourd’hui est consacrée à la septième béatitude, celle des « artisans de paix », qui sont proclamés fils de Dieu. Pour comprendre cette béatitude, il faut expliquer le sens du mot « paix », qui peut être mal compris ou parfois banalisé. Nous devons nous orienter entre deux idées de paix : la première est celle biblique, où apparaît le très beau terme shalòm, qui exprime l’abondance, la prospérité, le bien-être. Quand en hébreu on souhaite shalòm on souhaite une vie belle, pleine, prospère, mais également selon la vérité et la justice, qui s’accompliront dans le Messie, prince de la paix. Il y a également l’autre sens, plus courant, dans lequel le mot « paix » est entendu comme une sorte de tranquillité intérieure. On pense communément que la paix est le calme, l’harmonie, l’équilibre intérieur. Cette acception du mot « paix » est incomplète et ne peut être absolutisée, parce que dans la vie, l’inquiétude peut être un moment important de croissance. Nous devons alors nous rappeler que la façon dont le Seigneur entend sa paix est différente de celle humaine, celle du monde, quand il dit : « Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne ». Comment le monde nous donne-t-il la paix ? Si nous pensons aux conflits belliqueux, les guerres se terminent, normalement de deux façons : soit par la défaite de l’une des parties, soit par des traités de paix. Mais nous devons considérer que l’histoire est une série infinie de traités de paix démentis par les guerres successives, ou par la métamorphose de ces mêmes guerres en d’autres façons ou en d’autres lieux. Nous devons tout au moins suspecter que dans le cadre d’une mondialisation faite avant tout d’intérêts économiques ou financiers, la « paix » de certains correspond à la « guerre » d’autres. Et cela n’est pas la paix du Christ ! Au contraire, comment le Seigneur Jésus « donne-t-il » sa paix ? Nous avons entendu saint Paul dire que la paix du Christ est « de deux, n’en faire qu’un », annuler l’inimitié et réconcilier. Et la voie pour accomplir cette œuvre de paix est son corps. En effet, il réconcilie toutes les choses et établit la paix par le sang de sa croix, comme le dit ailleurs l’apôtre lui-même.

(Audience Générale, Rome, 15 avril 2020)

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