juillet 14, 2020
Editorial

La désinformation, un autre virus

 

Depuis le début de la crise du Covid-19, les théories conspirationnistes ont flambé sur les réseaux sociaux et entretiennent un climat de soupçons généralisé : accélération des polémiques, rivalité des commentaires, rejet de la faute sur l’autre. On peut répertorier entre autres, l’affirmation du porte-parole du ministre chinois des Affaires étrangères, Lijian Zhao, de la possibilité de l’importation du virus à Wuhan par l’armée américaine ; le 17 mars 2020, une vidéo accuse l’Institut Pasteur d’avoir inventé le nouveau coronavirus responsable de la pandémie de Covid-19 ; des appels sont lancés pour que les populations africaines ne servent pas de cobayes pour l’expérimentation d’un nouveau vaccin.

Ces théories du complot sont devenues endémiques : leur rapide diffusion virale bénéficie aujourd’hui de la vitesse et du caractère massif des réseaux sociaux. Elles développent à outrance leur logique de soupçons, exploitent et instrumentalisent nos réactions anxiogènes dans une situation de panique généralisée. Il faut avoir le courage d’y résister, d’autant plus qu’elles nous détournent des vrais enjeux de la crise sanitaire : se protéger et se soigner. Mais comment y arriver ?

Le premier combat consiste à ne pas céder à la tentation de la facilité. Il faut chercher à comprendre les informations que nous recevons, suivant la logique même de ce qui nous fascine dans ces théories : la remise en question permanente des faits, des témoins et de la réalité. Mais paradoxalement, la tentation est souvent de céder au simplisme, en acceptant des raisons artificielles attribuées à des événements sur lesquels nous ne disposons pas souvent d’informations directes.

Il faudra ensuite décrypter le mécanisme qui se joue souvent dans ces théories : une démultiplication d’arguments hétéroclites, créant à la fois un effet d’accumulation et une impression de solide raisonnement contre la contradiction. Ce travail permet de mettre à jour la confusion qu’elles entretiennent entre la vérité, les faits, la fiction et les croyances.

L’enjeu est d’éviter les manipulations complotistes en refusant de prêter le flanc à la prolifération de ces discours en ce temps de crise profonde. Finalement, on aura compris que c’est à une vraie épreuve de vérité que cet autre virus nous soumet. Il nous faut aussi en arrêter la propagation.

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