mars 31, 2020
Questions/Réponses

Dans l’Évangile, Jésus nous demande de ne pas riposter  au  méchant quand on nous fait du tort. Mais il arrive des moments où il faut répliquer spontanément pour se faire respecter. Que dois-je faire alors pour ne pas tomber dans ce panneau du coup pour coup ?

Question

 Dans l’Évangile, Jésus nous demande de ne pas riposter  au  méchant quand on nous fait du tort. Mais il arrive des moments où il faut répliquer spontanément pour se faire respecter. Que dois-je faire alors pour ne pas tomber dans ce panneau du coup pour coup ?

Claude LOKOSSOU, Brocheur-platiniste

 Réponse

Mon frère, ce 7e dimanche du temps ordinaire de l’année A nous permet d’en apprendre sur le comportement du chrétien dans la gestion de l’adversité. Jésus recommande une attitude qui ne va pas de soi : ne pas entrer dans la logique de l’adversaire. Et pourtant, comme tu le dis si bien, le tic au tac avec les « méchants » semble parfois fonctionner. Mais cette réplique règle-t-elle vraiment la pomme de discorde ? Chrétien, que faire pour suivre le chemin du Christ et ne pas me laisser rattraper par la loi du talion ?

 

La vengeance est un piège

Celui qui rend le mal pour le mal ressent une satisfaction qui n’est que temporaire. À examiner de près, le coup pour le coup nous rend semblables à notre adversaire au point de presque légitimer son comportement et de détruire toute capacité de remise en cause personnelle. Plus encore, il nous plonge dans le rouleau compresseur d’une violence dont les proportions dans la durée sont immaîtrisables. Un différend gérable entre deux personnes peut devenir, si on n’y prend garde comme on le voit souvent, une affaire qui oppose des familles entières au point de prendre la forme d’un conflit inter régional. De la sorte, la vengeance attise le brasier de la haine et de la prolifération du mal. Elle active la spirale de conflit à laquelle elle prétend mettre fin. Contre ce cercle vicieux, Jésus propose une alternative.

 

Ne pas riposter au méchant

Cette proposition est sous la forme négative. Jésus fixe ainsi la limite que le chrétien doit se garder de franchir pour toutes les solutions qu’il envisage dans la gestion d’un conflit. Ne pas riposter ne signifie pas être passif et subir indéfiniment le mal ni empêcher que la justice soit dite. Elle consiste surtout à éviter les moyens qui pourraient insinuer que l’on désire assouvir son courroux par une sanction exemplaire à l’offenseur. Derrière donc la défense de riposte, se trouvent toutes les solutions que la colère et la haine proposent : la rancune, la diffamation, le faux témoignage, le mal par personnes interposées, la corruption, le recours aux forces occultes et que sais-je encore ? Le sage Gandhi ne disait-il pas : « œil pour œil et le monde finira aveugle » ?

 

Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui l’autre

Cette deuxième recommandation est positive. Si la première est encore acceptable, celle-ci paraît absolument exagérée, dirait-on. En évitant à la fois de prendre au pied de la lettre, la proposition du Christ et d’y voir une légitimation de l’injustice, il faut comprendre par là que pour le chrétien, il vaut mieux être victime doublement que de s’inscrire une seule fois dans la logique du mal. Il s’agit fondamentalement de tuer respectivement en soi et en l’autre, tout esprit de revanche et de récidive. C’est une sagesse nouvelle proprement divine (2e lecture) que d’accepter de souffrir deux fois de la méchanceté que d’en être soi-même auteur et acteur. Ce sont autant de paramètres de l’amour auquel le Seigneur, à travers Moïse, nous invite aujourd’hui (1re lecture).

Mon frère, Dieu souffre à répétition de nos trahisons, sans jamais en retour nous faire du mal. La vengeance est une solution trompeuse pour obtenir la paix. Il vaut mieux l’éviter et affronter le mal par la recherche des solutions pacifiques. C’est le chemin de la paix véritable.

Père Jean OUSSOU-KICHO, Directeur du Complexe scolaire catholique de Bassila

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