février 28, 2020
Comprendre la Parole

 La nouvelle pratique des commandements

6e Dimanche du temps ordinaire-A

 La nouvelle pratique des commandements

 

Nous abordons aujourd’hui le Sermon sur la montagne. Et c’est ici chez Matthieu que l’on retrouve ce que les exégètes ont coutume d’appeler les antithèses. Ces antithèses s’établissent entre la Loi de Moïse et la Loi nouvelle de Jésus qui vient accomplir et parfaire la première. L’évangile de Matthieu s’est adressé aux  communautés chrétiennes de Palestine et de Syrie qui jadis pratiquaient le judaïsme. Bien de questions se posèrent quand ces anciens disciples des scribes ou partisans des pharisiens étaient devenus chrétiens. Fallait-il faire évoluer ou conserver simplement la tradition telle qu’elle a été constituée depuis Moïse ? Le Christ donne une réponse claire. Sans rien abolir, Il est venu donner un souffle nouveau qui enseigne la vraie justice ; celle qui doit surpasser la justice des scribes et des pharisiens.

 

Qu’est-ce que la justice ?

Ce mot cher à Matthieu intervient au plan social dans les rapports entre les hommes pour le maintien de la paix. Mais au sens biblique, sa définition part du rapport de l’homme avec Dieu. Ainsi, l’homme juste, c’est celui qui est en correspondance, en harmonie, en alliance et en plein accord avec ce que Dieu veut que nous soyons.

 

La nouvelle justice qui demande un effort de surpassement de l’ancienne

Le sermon de Jésus veut faire vivre la nouvelle justice sur les différents horizons où le péché niche au cœur de l’homme : la violence, le rapport avec le sexe et le rapport avec la vérité.

– La violence est l’un des traits caractéristiques de toutes les sociétés humaines. Elle décime et détruit tout sur son passage. Dans le monde biblique, elle est présente partout. Moïse n’était pas du reste, lui qui a tué un Égyptien (Ex 2,8). Pour maîtriser ce flot qui se déchaîne du cœur de l’homme, la Loi de Moïse a pris des précautions contre le meurtre. Tout meurtrier doit répondre au tribunal. Il est remarquable que dans la Loi nouvelle de Jésus, l’homme qui se met en colère contre son frère est aussi jugé comme un meurtrier. Selon Jésus, sont aussi passibles de peine tous ceux qui insultent leurs frères, les maudissent et tous ceux qui gardent rancune. Jésus éclaire le thème de la violence qui est un mal qui vient de l’intérieur de l’homme. Avant de se produire à l’extérieur comme une catastrophe irréparable, la violence est d’abord un sentiment négatif qui ronge le cœur du violent et qui se manifeste par des regards ravageurs, des langues qui ne savent que  parler mal du frère et qui en somme tuent socialement celui-ci ou physiquement en le conduisant à petit feu soit à la dépression soit au manque de confiance en soi. Nos sociétés sont de plus en plus remplies de femmes et d’hommes hargneux qui passent le clair de leur existence à fixer leur attention sur quelqu’un, à surveiller ses pas et ses  moindres gestes, voulant toujours tirer le négatif de la masse de ses bonnes œuvres pour le réduire à sa plus simple expression au milieu des autres hommes. Que de meurtriers qui se laissent ainsi identifier quand eux-mêmes ne se rendent peut-être pas compte d’avoir commis un moindre péché ! Jésus dans ses antithèses, nous parlera aussi du rapport au  sexe et du rapport à la vérité.

– Le rapport au sexe : Jésus aborde les rapports entre l’homme et la femme sous un jour plus profond. Le rapport sexuel en dehors du mariage ou par infidélité à la foi conjugale, ou contre le vœu de chasteté est un péché. Mais avant cet acte concret, la vraie racine du péché a été le regard de désir. Jésus nous exhorte à vivre loin du péché sexuel en éduquant nos regards qui sont des fenêtres qui s’ouvrent sur l’âme.

– Le rapport à la vérité : L’homme trompe souvent son prochain en prenant Dieu à témoin. Les rapports interpersonnels sont marqués par le mensonge bien enrobé d’une apparence scintillante de vérité à grand renfort de serments. Jésus nous fait comprendre aujourd’hui que l’espace de la communication est un espace sacré où l’homme doit s’efforcer d’être simplement un homme de parole sans flux de mots supplémentaires. Que le oui soit oui, et que le non soit non.

  • Dans ma vie

Suis-je conscient que ma colère contre le frère avec les insultes, les malédictions qui sortent de ma bouche contre lui, font déjà de moi le meurtrier de mon frère ?

  • À méditer

Nos sociétés sont de plus en plus remplies de femmes et d’hommes hargneux qui passent le clair de leur existence à fixer leur attention sur quelqu’un, à surveiller ses pas et ses moindres gestes, voulant toujours tirer le négatif de la masse de ses bonnes œuvres pour le réduire à sa plus simple expression au milieu des autres hommes.

 (Si 15, 15-20, 1 Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37)

Père Antoine Tidjani, Bibliste

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