octobre 19, 2019
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DIX ANS APRES L’ANNÉE SACERDOTALE : La figure du prêtre aujourd’hui au Bénin

DIX ANS APRES L’ANNÉE SACERDOTALE

La figure du prêtre aujourd’hui au Bénin

Le 19 juin 2009 le Pape Benoît XVI a proclamé une année sacerdotale dans le but de faire prier toute l’Église pour les vocations au sacerdoce. Dix ans après cette année de grâce, l’Église au Bénin continue d’accueillir des vocations au sacerdoce dans les congrégations religieuses comme au niveau des diocèses.  Mais une question mérite d’être posée eu égard à l’importance pour les jeunes de pouvoir s’identifier à une image du sacerdoce : quelles figures du prêtre se dégagent de l’imaginaire collectif de notre société ? N’est-il pas réduit à ses fonctions rituelles, ou est-il toujours l’homme de foi qui propose Dieu aux hommes ?

  Dans l’imaginaire collectif

Nous n’en sommes pas encore à la crise des vocations, même si cette année, le clergé diocésain enregistrera seulement une dizaine de prêtres. Mais au-delà des chiffres, c’est la figure que représente le prêtre aujourd’hui dans l’imaginaire des Béninois qu’il est important d’analyser. Bien sûr, la place des prêtres dans notre paysage social et culturel est encore importante. Sa figure se dessine en fonction des attentes qui traversent l’ensemble de la société béninoise. Ce sont surtout des attentes spirituelles, religieuses et sociales de notre temps et pour lesquelles on espère des réponses ou des solutions concrètes de la part des prêtres. En simplifiant on pourrait dégager trois grands types : l’intercesseur, l’exorciste et l’humaniste.

Le prêtre comme intercesseur

La représentation majeure qui se dégage des attentes de notre société est la figure du prêtre comme intercesseur. Il est celui qui sert d’intermédiaire entre Dieu et les hommes et dont la prière est vite exaucée par le Seigneur. C’est pourquoi beaucoup de fidèles confient leurs intentions ou besoins de prières aux prêtres et attendent qu’ils intercèdent pour eux. Parfois, certains n’hésitent pas à demander aux prêtres des prières efficaces dont eux seuls détiennent le secret.

Le prêtre comme exorciste

Le prêtre intéresse nos fidèles en tant qu’il peut affronter le mal. Il est celui qui exorcise le mal. Cela explique la ruée vers les exorcistes même pour un simple mal de tête. Dès lors, le prêtre qui ne pratique pas l’exorcisme est même considéré comme un pasteur de seconde zone qui n’a aucun pouvoir de guérison. Ainsi dans l’imaginaire socioreligieux, le prêtre devient une figure métaphysique aux prises avec le mal sous toutes ses formes. Il est l’homme de guérison, détenant le pouvoir de chasser les démons. Mais paradoxalement, le plus grand mal à exorciser, c’est-à-dire le péché n’est pas considéré par les fidèles comme un mal profond. Ils fréquentent très peu les confessionnaux alors que le prêtre est surtout l’homme du pardon, de la guérison intérieure et de la miséricorde de Dieu.

Le prêtre comme humaniste

Le prêtre est un apôtre de la charité. Cette figure du prêtre a toujours existé mais prend aujourd’hui un relief particulier. La plupart de ceux qui viennent voir le prêtre attendent aussi qu’ils les aident matériellement ou financièrement. Il doit être capable d’aider les pauvres et de défendre les plus vulnérables de la société. Il est même parfois considéré comme une vache à lait qui devrait nourrir tous ceux qui sont dans le besoin. En ce sens son célibat est valorisé et présenté comme le signe qui constitue une garantie de sa présence aux autres. Puisqu’il doit être tout à tous comme Jésus-Christ.

Serge N. BIDOUZO

 

  La fidélité à nos engagements sera le gage de notre crédibilité

Père Henri Azankposso (Aumônier des groupes de dévotions charismatiques de Cotonou)

Ce fut une grâce inouïe pour nous d’avoir été nourris et gonflés de la première sève de l’année sacerdotale, ouverte le vendredi 19 juin 2009, en la solennité du Sacré-Cœur de Jésus. Cette année à peine commencée, je recevais le 4 juillet, avec d’autres confrères, la grâce de la consécration sacerdotale.

Le jour choisi comme premier jour de cette année, et l’événement rappelé, c’est-à-dire le 150e anniversaire du « dies natalis » de Jean-Marie Vianney, le saint patron de tous les curés du monde, nous retournaient au centre de ce qui allait être célébré : Le cœur du Cœur de Jésus. Ce Cœur, sans aucune autre interprétation, se révèle lui-même dans le Sacré-Cœur de Jésus et la relation établie par le curé d’Ars entre ce Cœur et le Sacerdoce : « Le Sacerdoce, avait-il coutume de dire, c’est l’amour du cœur de Jésus ». Et la lettre du Pape Benoit XVI pour l’indiction de cette année-là avait pris le soin de dévoiler qu’elle voulait « contribuer à promouvoir un engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres afin de rendre plus incisif et plus vigoureux leur témoignage évangélique dans le monde d’aujourd’hui ». Personnellement j’ai souligné en lettres capitales Engagement, Renouveau Intérieur, Témoignage évangélique. C’est d’ailleurs dans cette guidance que je me suis senti interpellé pour le trésor posé entre mes mains fragiles d’homme pécheur.

Après 10 ans, pouvons-nous dire que les prêtres de l’Église sont entrés dans cet engagement, ce renouveau intérieur et ce témoignage évangélique ? Plus ou moins, avec plus de bonheur que de heurts. Autant au niveau de l’Église universelle qu’au niveau de notre Église particulière, il sera prudent et prophétique de ne pas se fier qu’aux indices apparents que le monde nous présente de la poussée de la graine de l’Évangile qui germe, on ne sait comment. Le signe sur lequel le monde aura focalisé notre attention, c’est plus l’ivraie que le vrai. Or « il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette le grain dans son champ : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi » (Mc 4, 28-28).

Les scandales ailleurs et ici, ainsi que le phénomène Banamè au Bénin sont le signe qu’il n’y a pas que du vrai en nos rangs de prêtres, mais que nous avons aussi de l’ivraie en nous et parmi nous. C’est aussi le signe que nous sommes appelés à être en conversion renouvelée. Et c’est précisément à ce niveau-là qu’il me plaît de relever que notre vie de prêtre est sommée de répondre davantage à la mystique de la grâce sacerdotale, et de correspondre à ce que j’appellerais bien volontiers la mystique de l’intériorité, la mystique de la fidélité, la mystique de la gratuité, la mystique de la vérité, la mystique de la charité. Nous avons tout à être des prêtres intérieurs, des hommes du dedans au cœur d’une société trop extravertie avec le danger que courent ceux qui ont toujours la tête baissée et les yeux fixés sur leur écran et leur téléphone portable…

La fidélité à nos engagements sera le gage de notre crédibilité. Dans un monde où l’infidélité se vit et se transmet par presque tous les canaux, nous sommes invités à être des hommes de foi. Car la foi, entendue dans le sens de l’aman hébreu guérira nos infidélités.

Dans une société encline au profit et au bibi (mot fon pour dire l’habileté trop habile), nous sommes attendus sur le terrain de la gratuité, du désintéressement et donc du non-profit. Nous n’avons pas à profiter de tout comme dans les réseaux. L’esprit du réseautage pour nous-mêmes devrait être évité.

Nous sommes attendus pour notre parole de vérité et l’audace de la vérité qu’elle implique : vérité envers nous-mêmes pour reconnaître nos lacunes et les surmonter ; vérité dans nos relations interpersonnelles.

Nous sommes invités à être charitables envers le sacerdoce lui-même et envers tous ceux qui en sont revêtus, charité non pas seulement envers le laïc, mais aussi à l’égard du confrère abandonné ou qui vivrait un quelconque exil.

Ainsi serons-nous dans le monde d’aujourd’hui, à l’exemple du Saint Curé d’Ars, de vrais et authentiques messagers d’espérance, de réconciliation, de joie et de paix !

Père Henri Azankposso

  « Ma vie comme celle de tout prêtre est une vie itinérante »

(Entretien exclusif avec le père Victor Djossou en fin de mission dans le diocèse de Kandi)

Le père Victor Djossou a célébré le dimanche 7 juillet 2019 en présence de plusieurs prêtres du diocèse de Kandi,  sa messe d’au revoir à la paroisse Saint André de Sori où il fut administrateur trois ans durant. À la fin de la célébration, il s’est prêté à nos questions.

Croix du Bénin : Père Victor Djossou, vous êtes un don de la foi « Fidei Donum », de l’Église de Porto-Novo à l’Église sœur de Kandi. Pouvez-vous nous retracer brièvement votre parcours sacerdotal et missionnaire ?

 

Père Victor Djossou : Avant toute chose je voudrais vous remercier pour l’occasion que vous m’offrez de m’adresser aux lecteurs de La Croix du Bénin. Effectivement je suis prêtre du diocèse de Porto-Novo depuis huit ans. J’ai été, juste après mon ordination, nommé vicaire à Tokpota à Porto-Novo. Je fus envoyé deux ans après en mission à Kandi en 2013 par le père Gnambodè, alors administrateur apostolique de Porto-Novo,  vu la solidarité qui existe entre les Églises. À Kandi, j’ai fait d’abord la paroisse Notre-Dame de la Résurrection de Bagou. Ensuite je suis allé à Malanville où j’ai fait deux ans. C’est après cela que Mgr Clet Fèliho, évêque de Kandi, m’a fait confiance et m’a nommé  administrateur fondateur de la paroisse Saint André de Sori en 2016. Entre-temps j’avais renouvelé mon contrat par Mgr Aristide Gonsallo,  devenu évêque  de Porto-Novo. Et là je suis à la fin de mon deuxième mandat.

 

Vous venez donc de passer six ans dans le diocèse de Kandi et vous avez eu, pour ainsi dire, le privilège de fonder une paroisse, Dites-nous comment vous avez vécu cette expérience, en termes de joie et même de difficultés ?

Il faut dire que ce fut une expérience enrichissante pour moi. Certes, les débuts n’ont pas été faciles. Fonder une paroisse n’est pas chose aisée. Il fallait poser les bases, vu que tout est à faire. On s’y est mis avec ce que cela comporte comme part de souffrance du pionnier. Mais il y a beaucoup de joie. Je voudrais saluer le dynamisme des fidèles, leur sens d’Église et d’abnégation. Tout ce que nous avons pu réaliser l’a été grâce à eux. Ce sont les fruits de leurs efforts, de leur mobilisation. C’est le moment de les remercier pour leur détermination. J’ai été très heureux de travailler avec mes paroissiens avec lesquels nous avons généralement transformé les peines en joie.

 

Vous avez travaillé pratiquement seul dans la paroisse et vous aviez aussi des villages à parcourir. Comment vous vous organisiez ?

Il faut dire que pendant la première année j’avais un vicaire. Mais vu que le diocèse de Kandi est en pénurie de prêtres, il a été déplacé pour une autre paroisse. Dès lors, le travail que nous  faisions à deux m’est revenu tout seul. On avait commencé avec 9 villages. Aujourd’hui, on en a 12. Là aussi, ça n’a pas été facile. J’essaie de faire le programme en début de mois avec les catéchistes institués qui sont en réalité les animateurs de communautés villageoises, où ils assurent des célébrations en l’absence de prêtre. C’est le lieu de les remercier eux aussi pour le travail immense qu’ils abattent. Sur la paroisse au centre, je célèbre la messe dominicale à 6h30. Après, je pars visiter deux villages. De façon rotative, on fait le tour de ces communautés. En semaine également, on arrive à les visiter. Mais encore une fois c’est grâce aux catéchistes que nous faisons le travail.

 

Quels ont été vos rapports avec le clergé de Kandi ? Quels souvenirs en gardez-vous ?

Comme je l’ai dit dans mon mot à la fin de la messe, le presbyterium de Kandi est un presbyterium que je ne peux jamais oublier. L’évêque m’a accueilli ; les prêtres m’ont accueilli. Je me suis senti chez moi. J’ai eu beaucoup de joie. Je note cette solidarité entre les confrères. Ensemble nous avons vécu une vraie fraternité et je voudrais ici aussi remercier tous les confrères de Kandi. Je garde un bon souvenir de tous.

 

Vous quittez Kandi non pas pour rejoindre Porto-Novo mais pour une nouvelle mission dans le diocèse de Gaspé au Canada. Comment entrevoyez-vous cette nouvelle aventure missionnaire ?

Vous savez, ma vie comme celle de tout prêtre est une vie itinérante, faite d’arrivées et de départs. Il faut être prêt à partir, à recommencer. En quittant Kandi, je me voyais à Porto-Novo. Quand mon évêque m’a porté la nouvelle, ce fut une surprise. Mais je l’ai acceptée, me remettant entre les mains du Seigneur. C’est lui qui, par Mgr Gonsallo, m’envoie. Il me soutiendra comme il l’a fait à Kandi. Il l’a rappelé d’ailleurs dans l’évangile de ce 14e dimanche de l’année liturgique. L’Esprit Saint, le premier protagoniste me devancera. En vérité je ne sais rien du Canada. Je me prépare en toute sérénité. J’ai entièrement confiance au Seigneur.

 

Votre dernier mot au moment où vous vous apprêtez à quitter le diocèse de Kandi ?

Je dis merci à tous les confrères qui sont arrivés et les autres qui ont été empêchés, mes confrères de diocèse, tous ceux qui m’ont accompagné dans cette mission. Et je me recommande à la prière des lecteurs de La Croix du Bénin pour la réussite de ma mission au Canada. Je leur suis déjà reconnaissant. Que toute notre vie soit gratitude.

(Entretien réalisé par l’abbé Denis KOCOU)

 

  Ordinations presbytérales au Bénin en 2019

 

La première décennie s’achève après l’année du sacerdoce voulue et vécue sous le Pontificat de Benoît XVI. Ce fut une expérience de grande ampleur et d’une profondeur inoubliable où la question du sacerdoce ministériel institué par le Christ fut posée avec objectivité et sans passion. Quoi qu’on puisse en dire hier et aujourd’hui, de jeunes gens continuent à se consacrer au Seigneur malgré ce siècle marqué par la sécularisation et l’anticléricalisme.

Au Bénin, l’Église catholique récolte cette année une maigre récolte malgré la constance moyenne observée depuis une vingtaine d’années. Les promotions qui se succèdent en quatrième année de Théologie dans les Grands Séminaires n’offrent pas moins de 30 à 40 prêtres par an. Les diocèses du Bénin se dotent d’un clergé local bien formé qui exerce son ministère sur le territoire national. Ce clergé devient missionnaire avec le temps dans la mesure où l’on prend conscience dans la formation, que tout prêtre est appelé à s’en aller porter le message du Christ partout où besoin se fera sentir. Les prêtres issus des congrégations religieuses ne manquent point sur le registre des ordinations. Leur nombre chaque année garde aussi une certaine constance. En cette année, l’Église du Bénin a accueilli l’ordination d’un prêtre Sma le samedi 29 juin à Zogbadjè à Calavi, un prêtre de la Congrégation des frères du Sacré Cœur de Bétharam ordonné à Saint Luc de Yénadjro le samedi 6 juillet. De même, trois jésuites sont ordonnés ce samedi 13 juillet en l’église Saint Michel de Cotonou, et quatre Oblats de Saint François de Sales seront ordonnés le 10 août prochain à Parakou.

L’année 2019, en ce qui concerne les prêtres diocésains, donnera environ une dizaine de prêtres. Cela est dû au fait que la 3e année de Philosophie a été ajoutée il y a quelques années. Ainsi, les ordinations se présentent comme suit :

Diocèse Nombre d’ordinands Date d’ordination prévue
1 Cotonou 1 Décembre
2 Porto Novo 5 15 Août
3 Lokossa 2 21 Septembre
4 Abomey 1 13 Juillet
5 Dassa Zoumé 0  
6 Parakou 0  
7 Djougou 0  
8 Natitingou 0  
9 N’dali 0  
10 Kandi 1

Jean Claude KOUDESSA

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