juillet 19, 2019
Editorial

Parole banalisée

« C’est la faute aux autres! » entend-on souvent aujourd’hui à propos de la crise politique que nous traversons. Or, le drame après les événements de ces derniers mois au Bénin serait de tomber dans cet éternel panneau de la recherche d’un bouc émissaire à ses propres erreurs. Bien sûr, cela traduit un refus de se remettre en cause pour regarder la réalité en face. Mais le drame est que la vacuité de nos idées masque la faiblesse de nos discussions polémiques. Et quand une institution comme la Conférence épiscopale du Bénin indique une porte de sortie de crise, il est plus utile de bien analyser sa proposition que d’engager une campagne mensongère de procès d’intentions, en affirmant qu’elle roule pour un camp contre un autre. Dans ces conditions, on voit mal comment on peut encore débattre au Bénin. Au fond, depuis quelques années, la classe politique et certains médias nous ont habitués à l’absence de vrais débats démocratiques. En lieu et place des débats d’idées sur la base de projets de société, on nous parle de points de vue ou d’anathèmes. Le problème n’est peut-être pas le manque de bonnes idées mais la volonté de caricaturer les positions dans une croisade contre la parole de vérité. Et nous savons qu’une telle attitude détruit la paix plus qu’elle ne favorise la cohésion sociale. En dépit de la crise, et à l’heure de l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication où l’enjeu du pouvoir est devenu le contrôle, ce qui se joue en ce moment comme conditions de possibilité de notre avenir démocratique est le respect de l’autre dans la vérité de sa parole. Cette éthique de la discussion concerne chacun de nous à toutes les échelles de la société. Car tant que chacun, dans l’exercice de son droit à exprimer une idée, une opinion, ne cherche pas dans le même élan à respecter la vérité, aucune paix ni aucune cohésion sociale ne sont possibles.

Serge N. BIDOUZO

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