octobre 19, 2019
Dossier

FÊTE DU SACERDOCE : Servir l’Eglise à temps et à contre-temps

FÊTE DU SACERDOCE

Servir l’église à temps et à contre-temps

Cette année dans le cadre de la célébration de leurs 10 ans de sacerdoce, les prêtres de la promotion 2008 et ceux de la promotion 2009 ont à travers diverses activités, rendu grâce à Dieu pour leurs jubilés. Ils l’ont fait dans le souci de poursuivre la mission que le père Michel Ahodantin a accomplie au sein de l’église pendant une soixantaine d’années. Père Ahodantin est rentré dans l’eucharistie éternelle le dimanche 2 juin 2019, à l’âge de 90 ans.

 

► Un colloque pour célébrer le jubilé de la promotion 2008

 

Le Grand Séminaire de Théologie Mgr Louis Parisot de Tchanvédji a accueilli, du vendredi 31 mai au samedi 1er juin 2019, le colloque des 10 ans de la promotion Sainte Jeanne d’Arc 2008. Événement inédit qui devra inspirer d’autres initiatives dans le cadre des jubilés sacerdotaux.

 

« Les Allemands disent : penser, c’est rendre grâce, mais vous, vous dites : rendre grâce c’est penser. Il y a mille et une manières de célébrer vos dix ans de messe comme le disent les italiens, mais vous avez préféré la pensée pour réfléchir sur l’être-prêtre comme artisan du salut de l’humanité ».

C’est par ces mots vibrants que le recteur du Grand Séminaire Mgr Louis Parisot de Tchanvédji, le père Ambroise Kinhoun a salué l’initiative des prêtres de la promotion Sainte Jeanne d’Arc au début de la messe de clôture du colloque, le samedi 1er juin 2019.

La pensée comme première pastorale du prêtre après la prière

Pour lui le simple fait qu’ils aient pensé à célébrer ainsi leurs dix ans de sacerdoce est un acte théologique. Il en tire trois leçons de vie. Premièrement, les prêtres jubilaires démontrent qu’ils existent comme promotion, car « si vous n’existez pas comme promotion après dix ans, vous ne réussirez pas à vous rassemblez autour de la pensée ». La deuxième leçon est le lien fort qu’ils ont tissé avec leur lieu de formation. De fait, en choisissant de venir célébrer leur jubilé sacerdotal à Tchanvédji, ils ont donné la preuve que pour eux cette maison reste une référence unique et irremplaçable. Et le recteur les remercie pour cette leçon pastorale qu’ils donnent à tous les prêtres, et à leurs jeunes frères séminaristes. « Le prêtre qui ne garde pas un lien vital avec le séminaire et en particulier avec le séminaire qui l’a formé est un risque ambulant qui s’ignore », précise-t-il avec force. Troisièmement, parmi les prêtres, « beaucoup pensent que les activités pastorales éloignent tellement de la pensée que cela crée dans le clergé deux classes, la classe des théoriciens – on les trouve généralement dans les séminaires – et la classe des agents pastoraux qui se disent connaisseurs du terrain parce que pour eux, c’est le terrain qui commande. Vous avez compris chers amis qu’en organisant un colloque, le terrain ne commande personne. La première pastorale du prêtre après la prière c’est la pensée », souligne-t-il encore. Il les encourage à conserver ce fleuron pour le rayonnement du sacerdoce dans l’Église et pour le monde.

C’est le même son de cloche qui a ouvert les assises du colloque dans la matinée du vendredi 31 mai avec l’allocution du père Daniel Aizannon, vice-recteur du Grand Séminaire qui a félicité les prêtres de la promotion Sainte Jeanne d’Arc pour l’initiative du colloque pour célébrer l’anniversaire du sacerdoce ; ce qui constitue sans doute un événement inédit dans l’histoire de l’Église au Bénin. à sa suite, le représentant de la promotion jubilaire, le père Serge Bidouzo, directeur de publication du Journal La Croix du Bénin, tout en exprimant leur joie à tous d’être bien accueillis dans leur maison de formation, a souhaité que ces 2 jours de réflexion, de prière et de fraternité leur permettent d’«ouvrir les chemins d’une pastorale sacerdotale centrée sur le Christ et portée par la force de l’Esprit Saint pour le salut de l’humanité ». Alors, l’un des jubilaires, le père Roland Téchou, formateur au Grand Séminaire de Djimè et modérateur général du colloque, lance les travaux.

La journée du vendredi 31 mai a été essentiellement marquée par deux grandes communications et quatre ateliers. La 1ère communication brillamment présentée par le père Jean Kinnoumè, formateur au Grand Séminaire de philosophie Saint Paul de Djimè, a porté sur le thème : « Le prêtre, hier, aujourd’hui et demain ». Après avoir évoqué la grandeur du sacerdoce qui prend sa source dans l’Eucharistie, le conférencier a analysé l’être et la mission du prêtre suivant le prisme des conseils évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance en se basant sur des données scripturaires et sur la tradition sacerdotale au Bénin. Au total, après un diagnostic exhaustif et une prospective du sacerdoce ministériel au Bénin, il invite ses confrères à vivre un amour ardent et vif pour le Christ dans la ferveur de la foi et l’esprit de détachement, à l’instar du premier prêtre béninois, le père Thomas Mouléro qui n’a pas failli à sa mission. Il devrait être « notre modèle non seulement sur le plan chronologique mais aussi selon la dignité sacerdotale ».

Un acte de souvenir et d’avenir

Le développement du thème « Ministère et vie des prêtres : directoire et trajectoire » a été assuré par le père Jules Djodi, ancien formateur au Grand Séminaire et président émérite de l’Université catholique d’Afrique de l’Ouest (Ucao). En partant de la notion du « site eucharistique » empruntée à Jean-Luc Marion, le conférencier a opéré un pèlerinage théologique au Cénacle de Jérusalem, lieu de l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce. C’est dans ce lieu fondateur que tous les prêtres sont appelés « à puiser la force et la jeunesse éternelle du sacerdoce ministériel », a-t-il martelé. Ainsi ils doivent entrer dans « la geste du Christ » comme don de soi. En effet, « ce qui fait la valeur de la mort du Christ sur la Croix, ce n’est pas son caractère sanglant mais l’engagement de donner sa vie pour le salut de l’humanité ». Nous prenons donc la trajectoire de notre ministère comme don de soi du don fondateur du Christ le Jeudi Saint qui constitue pour tout prêtre le directoire, c’est-à-dire la rampe de lancement de notre vie comme don de soi.

Après cette fondation doctrinale, l’après-midi du vendredi a été consacré aux différents ateliers qui ont porté sur des questions pratiques telles que « Identité et mission du prêtre » ; « Nouvelle évangélisation et pastorale de l’exorcisme : critères de discernement » ; « Maturité affective et sexuelle de l’être-prêtre » et « Pour une nouvelle Pentecôte sacerdotale ». La richesse des échanges et des débats a montré tout l’intérêt que portent prêtres et séminaristes aux défis du ministère sacerdotal à notre époque au Bénin.

Le lendemain, samedi 1er juin, c’est la grande messe d’action de grâce qui a couronné les activités du colloque. Elle a été présidée par un des prêtres jubilaires, le père Virgile Houégbèlossi, directeur diocésain de la santé de Cotonou, et concélébrée par une trentaine de prêtres en présence de la communauté du Séminaire. Dans son homélie, le père Justin Agossou-Kpêvi, formateur au Grand séminaire de philosophie saint Paul de Djimè et ancien formateur des jubilaires, a interprété ce colloque comme un acte de souvenir et d’avenir. Devant la beauté, la richesse et la fécondité du sacerdoce qui est un don de Dieu, le prédicateur a exhorté les jubilaires à la prière, la fidélité à la Parole de Dieu et la concorde pour relever les nombreux défis pastoraux actuels. À l’issue de cette célébration eucharistique, le père Gildas Tonoukouen, de l’archidiocèse de Parakou, au nom de ses frères de promotion, a remercié le recteur, les formateurs, les séminaristes, les religieuses et tout le personnel travaillant au Grand Séminaire pour leur accueil chaleureux et spontané. Il a ensuite rendu de vibrants hommages aux feux pères Vincent Kouassi, leur confrère de promotion et Hyacinthe Agbihounko, leur ancien formateur, avant de souhaiter que l’initiative de ce colloque jubilaire, une première au Bénin, fasse tache d’huile. Les 27 prêtres jubilaires rentrent chez eux, heureux d’avoir vécu ce colloque qui les propulse vers l’avenir avec courage et détermination.

Maurice BAHOUNCOLE (GRAND SÉMINARISTE)


La communion fraternelle, un exemple important pour les fidèles

 

Les prêtres de la promotion 2009, en République du Bénin, éprouvent le besoin d’une expérience sacerdotale fraternelle, voire d’une démarche communautaire, pour se soutenir mutuellement et atténuer les difficultés que certains peuvent rencontrer  face à l’inévitable solitude liée parfois au ministère. Ce désir de vie fraternelle et de collaboration mutuelle, qui ne peut qu’affermir la communion au sein de l’Union du clergé béninois, s’est concrétisé à Dassa le 3 juin 2019 avec la mise en place d’un bureau de coordination de la promotion Saint Kisito. Ce bureau est élu pour un mandat de trois ans renouvelable une fois.

La messe d’action de grâces pour les merveilles de Dieu dont la promotion Saint Kisito est bénéficiaire, a été présidée par le père Fulbert Gbaguidi et concélébrée par 21 prêtres de la promotion 2009. Quelques laïcs y ont pris part. Au cours de son homélie, le père Aurel Avocètien a exprimé sa fierté de voir 22 prêtres de la promotion Saint Kisito réunis au même lieu après 10 ans. « Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis : il est beau, ce rassemblement de prêtres fiers de célébrer leur appartenance à l’unique sacerdoce du Christ, ainsi que l’amitié et la fraternité sacerdotales » a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « Que notre communion fraternelle soit un exemple important pour les fidèles, et nous invite à vivre davantage dans l’amour qui nous vient du Seigneur. Car c’est à cela, comme le dit l’Apôtre, que nous serons reconnus comme disciples et que nous pourrons annoncer la Bonne Nouvelle de l’Évangile ».

À la fin de la messe d’action de grâces, tous les pères de la promotion se sont rendus à la grotte mariale d’Arigbo pour consacrer leur ministère et leur fraternité sacerdotale à la Vierge Marie, Mère des prêtres. Après cela, ils ont mis le cap sur le restaurant des Sœurs de Notre-Dame de Lourdes de Dassa pour le verre de l’amitié et le plat de fraternité. Mais tout ne s’est pas terminé à cette étape ; en équipe ou en duo, des pères de la promotion Saint Kisito se sont rendus sur quelques lieux de mission de certains confrères du diocèse de Dassa-Zoumé, et appellent déjà de tous leurs vœux la prochaine rencontre qui se tiendra dans un an.

Père Augustin Yédia TOSSOU (ARCHEVÊCHÉ DE PARAKOU)


Le père Michel Ahodantin, rappelé à Dieu à l’aube de ses 60 ans d’ordination

 

(Interview exclusive du père Michel Ahodantin)

Pendant que ses fils spirituels s’affairaient pour célébrer en grande pompe les noces de diamant sacerdotales du patriarche ; pendant que le journal « La Croix du Bénin » cuisinait dans l’ombre un numéro spécial à son intention, le “Presbyteros” (l’Ancien) faisait ses valises pour le Grand voyage. Du moins, le père Michel Ahodantin a tiré sa révérence le dimanche 2 juin 2019 après 60 ans de sacerdoce. Il raconte dans cette interview réalisée en 2015, les circonstances de sa vocation, ses souvenirs de séminariste et sa joie d’avoir servi le Seigneur.

  « La Croix du Bénin » : Que peut-on retenir de votre enfance ?

Père Michel Ahodantin : Je suis né le 26 juin 1929. Le sens complet de mon patronyme signifie que « le bois qui tourne l’indigo ne perd jamais de son éclat ». Je suis un cousin du premier prêtre du Bénin, père Thomas Mouléro. Je fus ordonné prêtre le 7 mai 1959 par Mgr Louis Parisot à la paroisse Saint-Michel de Cotonou.

Comment êtes-vous devenu prêtre de Jésus-Christ ?

Je tiens l’histoire de ma vocation de ma mère. Tout a commencé à Tori Bossito, quand le père Gaymard (missionnaire) apportait la communion à ma grand-mère, percluse dans sa chambre car souffrant de l’hémiplégie. De retour de l’une de ses visites, il rencontra ma mère qui revenait du marigot à Adanhuinou, un village de Tori-Bossito. Elle portait en son sein le petit Ahodantin. Le missionnaire et ma mère eurent un bref échange. « Connais-tu celui qui est dans ton sein ? », interrogea le père Gaymard. Et ma mère de répondre : « Comment pourrais-je déjà le connaître avant même sa naissance? ». « C’est juste pour te dire que celui que tu portes portera l’habit que je porte (la soutane) », reprit le père blanc. Plus tard, le père Gaymard a été mon professeur de latin au séminaire. Je le porte toujours dans mes prières quotidiennes.

Dès mon enfance, je jouais au « petit clerc ». Je célébrais avec mes sœurs, Pascaline et Brigitte, des messes blanches. Chaque fois que j’introduisais par le Dominus vobiscum, elles répondaient en chœur : Amen. C’était un jeu d’enfants qui prédestinait au sacerdoce sans que je ne le sache.

Quand mon désir d’être prêtre est devenu intense et que mon admission au séminaire paraissait définitivement consommée, la position de ma mère se raidit. Devenir prêtre était un gâchis. Son garçon unique doit avoir un poste à la fonction publique afin d’assurer ses vieux jours. Elle a sûrement oublié la prophétie du père Gaymard quand elle me portait dans ses entrailles. Puisque rien de ce qui est donné à Dieu ne se perd, ma réponse à l’appel du Seigneur n’a pas changé d’un iota. Quand j’ai été ordonné, je me suis davantage occupé de ma mère, plus qu’elle ne l’imaginait : « Le fils que j’ai considéré comme un gâchis se retrouve le seul à mes côtés », confessa-t-elle avant de rendre l’âme.

Quel souvenir gardez-vous de votre passage au séminaire ?

Je suis entré au séminaire en 1945, l’année de « la grande famine ». On manquait de tout, même le fameux « chlorure de soutien » (le gari) était devenu une denrée rare. On avait même failli fermer le séminaire pour un moment. Heureusement que le père Gauthier était venu à notre secours. C’était un homme  de Dieu généreux et bon.

Nous étions au départ trente-cinq séminaristes dont dix-huit Dahoméens et dix-sept Togolais. Au terme de la formation, il ne restait que sept Togolais et deux Dahoméens : Ferdinand Ablé et Michel Ahodantin. Le premier, Ferdinand Ablé, a été ordonné à Rome et moi, Michel Ahodantin, à la paroisse Saint-Michel de Cotonou. On pourrait dire que j’ai été le tout premier prêtre ordonné dans la ville de Cotonou puisque les premières ordinations sur place avaient eu lieu à la Basilique de Ouidah. J’ai gardé sur moi, jusqu’à maintenant, le calice que le curé de la paroisse Saint Michel de Cotonou m’a offert à cette occasion.

Le sacerdoce est-il un lieu de civilisation ?

Ma conviction personnelle est Jésus Christ, l’Alpha et l’Oméga, le Tournant de toute civilisation, Créateur et Sauveur. Une civilisation qui n’est pas sortie du Christ et ne retournerait pas à lui, n’en est pas une. En Jésus, l’homme apprend à vivre dans la vérité, la justice et la droiture.

Quels ont été vos lieux de ministère ?

Après mon ordination en 1959, je passai quatre ans comme vicaire à la cathédrale Notre-Dame de Porto-Novo. En 1963, j’accomplis ma mission dans la communauté chrétienne de la paroisse d’Attakè, d’Adjohoun, et à Ekpè. C’est à Késsounou que je fis un long ministère : 18 ans de sacerdoce consacrés à baptiser, à célébrer des mariages et à soutenir dans les moments de tristesse. L’accomplissement de mon sacerdoce n’était pas une sinécure dans ces milieux. En effet, j’allais à bicyclette ou à pied lorsque celle-ci tombait en panne. Tantôt chassé par des caïmans ou même des boas sur la voie d’Ahouazounmè, je ne perdais pas courage. Le Christ est plus fort. Entre-temps, je suis revenu à la cathédrale de Porto-Novo pour y passer mon temps de retraite. Pendant mon séjour au Centre catéchétique, des fidèles arrivés de partout, venaient se ressourcer et bénéficier de mes bons conseils. Je suis demeuré un homme de rigueur, de discipline et un dévot de la Vierge Marie.

Propos recueillis par Irénée TIGO (GRAND SÉMINARISTE)

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