juillet 19, 2019
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SOLENNITÉ DE LA PENTECÔTE : Le sens de l’onction du Saint-Esprit pour le chrétien

SOLENNITÉ DE LA PENTECÔTE

Le sens de l’onction du Saint-Esprit pour le chrétien

Face au phénomène de demande de « l’onction » à tort et à travers dans une certaine piété populaire, il est important de repréciser le sens de l’onction du Saint-Esprit pour le chrétien dans la dynamique de l’Esprit Saint descendu sur les Apôtres le jour de la Pentecôte à Jérusalem.

Avant de désigner l’accueil des dons ou charismes du SaintEsprit dans l’Église, l’onction est d’abord une pratique qui a existé chez les peuples de l’Antiquité et particulièrement chez le peuple d’Israël.

La réalité de l’onction dans la Bible

Dans ce sens, l’onction pouvait signifier le fait de se frotter avec de l’huile pour un usage profane. Mais très vite, elle va revêtir un caractère sacré en indiquant le fait d’être mis à part pour un service. Elle était même pratiquée sur les objets de culte (cf. Ex 30, 26-29). Les lépreux guéris, elle contribuait à les réintégrer dans la communauté israélite (cf. Lv 14, 17, 18. 27-28). Outre cela, l’onction était spécifiquement appliquée aux prêtres de l’Ancien Testament. Aussi étaient-ils oints d’huile sacrée ainsi que leurs vêtements (cf. Ex 29, 21 ; Lv 8, 12. 30; Ps 133, 2). Les rois d’Israël recevaient eux-aussi l’onction. Ainsi Saül (cf. 1 S 10, 1), David (cf. 1 S 16, 3. 13) et bien d’autres rois après eux (cf. 1 R 1, 39 ; 19, 15. 16 ; 2 R 9, 6 ; 11, 12) vont recevoir l’onction. Au temps où la monarchie était bien assise en Israël, les rois recevaient cette onction de la main du grand-prêtre (cf. 1 R 1, 39).

Les prophètes pouvaient eux aussi recevoir l’onction, en vue de la mission dont ils devraient être investis. C’est ainsi que l’onction avait par exemple marqué le début du ministère prophétique d’Élisée (cf. 1 R 19, 16). Dans l’Ancienne Alliance ceux qui étaient oints, c’est-à-dire frottés d’huile, étaient appelés “messie”, mot qui est pratiquement la translittération d’un mot d’origine hébraïque qui va être traduit en grec par Christos, ce qui donnera en français Christ. De façon encore plus spécifique, ce titre fera allusion à l’élection et à la consécration du roi par Dieu. L’on voudrait d’ailleurs que le roi soit le berger de son peuple pour faire aussi régner le droit et la justice.

À la fin de la royauté en Juda, le terme va même être appliqué au roi perse Cyrus, désigné comme le messie de Yhwh (Is 45, 1). Toutes ces indications auront suffisamment préparé l’avènement du Seigneur Jésus à qui revient naturellement le privilège de l’onction. Celle-ci est directement l’œuvre de l’Esprit Saint (Cf. Lc 4, 18 ; Ac 4, 27 ; He 1, 9). De façon exceptionnelle, le titre d’Oint ou encore du Christ lui est appliqué plus de 550 fois dans le Nouveau Testament où il remplit pleinement les fonctions de Prêtre, Prophète et Roi. Les chrétiens, le nom même le suggère déjà, ont été mis à part par Dieu (Cf. 1P 2, 5 ; Ap 1, 6) et reçoivent même une onction spirituelle par la venue dans leur cœur des dons du Saint-Esprit (2 Co 1, 21).

L’onction dans les sacrements du Baptême, et de la Confirmation, et après ?

Celui qui au fond, agit par l’onction, c’est l’Esprit du Seigneur. Dans l’Ancien Testament, Saül reçoit l’onction (cf. 1 S 10, 1). Mais Samuel lui précise que c’est quand il entrera dans la ville et qu’il tombera sur une bande de prophètes que l’Esprit du Seigneur fondrait sur lui (cf. 1 S 10, 5-12). David reçoit aussi l’onction (cf. 1 S 10, 13). Mais c’est au service de Saül qu’on commencera à voir l’Esprit du Seigneur agir quand David jouait la lyre pour apaiser et exorciser presque Saül du mauvais esprit qui le tourmentait (1 S 16, 21-23). C’est après ces événements que la force reçue du Seigneur agira encore en David quand il abattra le grand Goliath (cf. 1 S 17, 1- 54).

Pareille démonstration pourrait être faite à partir d’une présentation d’autres rois et prophètes en Israël. C’est l’Esprit manifesté au baptême de Jésus (cf. Mt 3, 13-17 ; Mc 1, 9-11) ; Lc 3, 2122) qui déploiera les grâces de sa présence dans le ministère de Fils Unique du Père. C’est du même Esprit, reçu le soir de la résurrection de Jésus (cf. Jn 20, 22) que les Apôtres seront remplis à la Pentecôte (cf. Ac 2, 1-4). Ainsi l’Esprit du Seigneur qu’ils auront reçu du Ressuscité, les confirmera dans leur mission le jour de la Pentecôte. Et nous pourrions entrevoir, à partir de Jn 20, 22 et d’Act 2, 1-4, l’action de l’Esprit Saint dans les sacrements de baptême et de confirmation.

On comprend dès lors que « le don du Saint-Esprit fait à la confirmation… complète et achève le don du Saint-Esprit qui comprend en soi tous les effets du baptême. Ainsi le sacrement de Confirmation donne le Saint-Esprit à ceux qui l’ont déjà reçu au baptême, achevant et complétant ce nouveau don. Considéré comme l’achèvement du baptême qui n’est pas réitérable, la non-réitérabilité du baptême comporte la non-réitérabilité de la Confirmation. L’onction reçue au baptême est frappée d’un sceau dans le sacrement de la Confirmation (cf. Jean Hervé Nicolas, Synthèse dogmatique, Éditions Universitaires, p. 869), avec des grâces appelées à se déployer et à être déployées. Ainsi  Pierre (avec Jean) pourra guérir un infirme au temple (cf. Ac 3, 1-10), Enéas à Lydda (cf. Ac 9, 32-35), et ressusciter Tabitha à Joppé (cf. Ac 9, 36-43).

Et aujourd’hui, déployer la grâce de l’onction

Peut-on continuer à prier et à demander pour un chrétien la grâce de l’onction ? Peut-être serait-il plus conséquent de prier pour que le chrétien déploie la grâce de son onction, qu’il révèle la grâce de son onction. Ne faudrait-il pas plutôt mieux préparer et mieux aider les fidèles du Christ à vivre les instants de la réception de leurs sacrements, et comprendre qu’ils n’ont pas suffisamment déployé les grâces reçues ? Peut-être devraient-ils répondre mieux, solennellement par un Amen quand l’évêque, les ayant frottés d’huile, aura dit : « Untel, sois marqué de l’Esprit, le don de Dieu », car ils sont nombreux ceux qui répondent mollement en ces instants, mais recherchent l’onction partout après. S’il existe des onctions que certains qualifient de « spéciales », il serait peut-être plus prudent de chercher à mieux les comprendre en relation avec la notion de grâce. Car il existe grâce et grâce, grâce sur grâce. Et c’est peut-être de cela qu’il nous faudrait nous entretenir une prochaine fois.

Père Henri AZANKPOSSO (AUMÔNIER DIOCÉSAIN DES GROUPES CHARISMATIQUES DE COTONOU)

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