octobre 19, 2019
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HUITIÈME LÉGISLATURE : D’énormes défis pour les nouveaux parlementaires

Huitième législature

D’énormes défis pour les nouveaux parlementaires

 

Installés le jeudi 16 mai 2019, les 83 députés devant siéger pour le compte de la 8e législature ont bien des défis à relever. Issus tous, de deux blocs de la mouvance présidentielle, ce qui est inédit, ils disposent de 1460 jours pour remplir dignement ou trahir la mission que leur assigne la Constitution en toute indépendance.

  4 ans pour combler ou non les attentes des Béninois

La mise en application des dispositions du nouveau Code électoral et de la Charte des partis politiques a révélé la fragilité du système législatif du Bénin. Ceci est renforcé par une interprétation polémique des lois électorales et le manque de vulgarisation des nouveaux textes votés. Si la 8e législature doit prendre la mesure des défis à relever, elle doit davantage veiller à la rectitude à l’hémicycle…

Tous les nouveaux représentants de la Nation sont sortis des entrailles de l’Union progressiste (Up) et du Bloc républicain (Br). Deux partis constitués à la veille des législatives du 28 avril 2019 et se réclamant tous, soutiens inconditionnels du président Patrice Talon. En clair, les deux partis représentés au parlement pour les quatre années à venir sont de la mouvance présidentielle. De quoi laisser perplexes certains observateurs de la vie politique sur leur indépendance et par ricochet, sur leur efficacité à constituer une véritable Institution de contre pouvoir.

À priori, il y a vraiment de quoi douter de la performance de la 8e législature par rapport au rôle classique que lui a dévolu la Constitution : légiférer et contrôler l’action du Gouvernement. En effet, tous autant qu’ils sont, les 83 députés sont élus grâce à l’onction du Chef de l’État.  Par conséquent, ils lui sont redevables. «Car tout s’est passé comme s’ils sont nommés par le président de la République », affirme un observateur attentif de la vie politique béninoise. Et pourtant c’est dans ces conditions qu’ils ont le devoir d’accomplir dignement leur mission aux yeux du peuple pour redorer le blason de la démocratie béninoise. D’où de gros défis à relever.

Corriger le tir en vue des prochaines échéances électorales

D’abord, la gravité de la crise politique engendrée par le processus électoral est préoccupante. Ensuite, les réactions peu favorables enregistrées à l’international et au plan national par rapport au scrutin ont besoin d’être prises au sérieux. D’où, une fois encore, la lourde responsabilité des élus de la 8e législature. À y voir de près, ils sont les premiers à répondre du tourbillon dans lequel nous ont propulsés les législatives du 28 avril dernier. Car, sur les 83 élus, plus de 40 députés de la 7e législature ont retrouvé leurs sièges. Et les géniteurs du nouveau code électoral et de la charte des partis qui ont conduit à la tenue des législatives non inclusives, créant du coup la grave crise, se confondent avec ces députés. Dès lors, le premier défi après l’installation est de prendre de la hauteur par rapport aux dommages créés consciemment ou non à la démocratie béninoise née de la Conférence nationale des forces vives de la Nation. Aucune œuvre n’étant parfaite, les deux lois ont montré beaucoup de limites. Ce que doivent comprendre les députés. Et à partir de là, ils doivent s’atteler à corriger les erreurs qui ont empêché l’organisation des élections législatives inclusives le 28 avril denier. En principe, cela ne devrait poser aucun problème, d’autant que tous les 83 députés sont de la majorité parlementaire, soutiens inconditionnels du Chef de l’État. Et comme ils s’étaient entendus entre-temps certainement avec l’Exécutif pour concocter des lois qui ont posé tant de problèmes dans leur mise en application, la correction des tirs pour se mettre sur la bonne voie afin de sauver la démocratie serait facile : juste la bonne volonté. Sur ce chantier, les populations attendent sans doute le nouveau parlement. Il est si important que de son règlement dépend la suite de la démocratie ; car il serait intéressant de tout mettre en œuvre pour que les prochaines élections soient inclusives. Ensuite et c’est assez important, les représentants de la Nation ne devraient en aucun cas céder aux rumeurs insistantes qui les accusent de vouloir poser comme premier acte de leur mandature, la révision opportuniste de la Constitution. Il faut certes réviser la Constitution ; mais en le faisant il faut éviter d’allumer d’autres foyers de tension. Une fois ces chantiers bien dégagés, la voie aurait été balisée pour mieux affronter les autres défis qui relèvent beaucoup plus de la mission classique du député.

Servir la Nation et non un homme

Représentants de la Nation, les parlementaires sont élus pour veiller sur le vote des lois qui vont dans l’intérêt du peuple. Et cela fait appel à leur sens de responsabilité et à l’amour qu’ils ont pour la patrie. C’est à ce principe cardinal que sont conviés les nouveaux députés. Un principe qui reste tout autant valable pour le défi du contrôle de l’action du Gouvernement. Sur ce terrain, les députés ont tout à prouver pour ne pas paraître comme des députés godillots. Certes, ils sont tous de la mouvance présidentielle. Mais ils doivent savoir que leur position les oblige à rester dans une posture de soutien constructif. Ce  qui suppose que toute action suspecte de l’Exécutif doit faire l’objet d’une attention particulière. C’est la seule manière de l’accompagner et de rendre service à la Nation.

En somme, la huitième législature s’installe dans un contexte bien particulier où se joue l’avenir de la démocratie béninoise. Sa survie dépend de ce que vont en faire les 83 députés qui portent sur leurs épaules la lourde charge de maintenir la flamme du renouveau allumée depuis l’historique Conférence des forces vives de la Nation de février 1990. L’histoire retiendra en bien ou en mal leurs noms après leur mandat de quatre ans.

Alain SESSOU

 Béninois, seule la rectitude nous sauvera

 Lisons d’abord ce texte biblique : « Dieu,… tu formas l’homme par ta Sagesse pour qu’il… gouverne le monde avec justice et sainteté, qu’il rende avec droiture  ses jugements … Le plus accompli des enfants des hommes, s’il lui manque la Sagesse que tu donnes, sera compté pour rien… Des cieux très saints daigne l’envoyer… qu’elle travaille à mon côté et m’apprenne ce qui te plaît. Car elle sait tout, comprend tout, guidera mes actes avec prudence, me gardera par sa gloire » (Sg 9, 1-2.6. 10-11).

Béninois, mes frères, pourquoi faut-il que notre vie politique, à chaque élection, marche en dents de scie : applaudissements, gémissements – applaudissements, gémissements… ainsi sans fin ? Pouvons-nous nier la valeur très opportune de la prière biblique ci-dessus ? Notre manque de sagesse, de discernement, de perspicacité, nous fait  tourner  en rond comme des gens enfermés dans le noir. Nous offrons l’image d’un pays sans boussole !

Visitons-nous le passé de ceux que nous élisons, soupesons-nous leur degré de rectitude ? Nous avions vomi Kérékou ; nous l’avons réélu pour encore le vomir. Aujourd’hui, nous avons un héros national en la personne de Boni Yayi. Dites-moi, il y a trois ans… Que savez-vous du trio Talon – Azannaï – Yayi ? Et aujourd’hui ? Que dites-vous du K.O. qui se lit et implique chaos : un acte vertueux dont les auteurs se sont vantés comme gens habiles. Mais un acte vertueux est répétitible en toutes périodes, en toutes circonstances, sous tous les régimes. Qui accepterait le K.O ? Que pensez-vous du K.O. d’aujourd’hui, non pas d’un trio, mais le K.O. du peuple, et cependant  inadmissible, n’est-ce pas ?

Je vous rappelle un épisode amusant : Il est interdit de faire de la propagande à vingt quatre heures des votes et, évidemment, a fortiori, le jour du scrutin. Mais nos mères, nos sœurs, nos filles avaient trouvé ingénu de se crier les unes aux autres le jour même du dernier scrutin présidentiel et jusque devant les urnes qu’elles y venaient « sur hauts talons ». Sur hauts talons, c’est un fait évident et c’est leur droit de le proclamer. Qui aurait osé les réprimer ? … Mais aujourd’hui tout le monde admettrait-il pareille ingénuité ?

On ne s’improvise pas honnête homme. Chacun de nous a une histoire faite d’une série d’actes, de comportements, d’habitudes, lesquels nous dessinent un visage que nous ne saurions contrefaire, pour nos besoins de circonstance, sans devenir un singe.

A chacun de faire un bilan moral

Une donnée de notre culture actuelle est de pratiquer et d’apprendre l’astuce à nos enfants,  en guise d’éducation. La résonnance de ma pensée est plus sonore en langue Fon : “Mi no kplon bibi, mi no kplon jijɔ a”. La vertu qu’inculque l’éducation est qualité d’homme incrustée, permanente. La constance est sa caractéristique. L’astuce, elle,  guette les circonstances et l’opportunité ; elle joue à l’habileté, au plus malin.

Nous avons un parlement en vue, installé ce jeudi 16 mai 2019,  voté dans les conditions et les circonstances que l’on sait… Parmi les députés, s’en trouvera-t-il pour déposer ostensiblement le tablier en se posant la question de savoir qui il va représenter et pour qui il va décider ? C’est le signe de l’acquisition du pouvoir à tout prix, vaille que vaille, advienne que pourra.

Notre pays est malade de façon inquiétante, non seulement dans les sommets, mais aussi dans la masse. Nous nous sommes laissés aller à la dégradation morale, à l’esprit tarabiscoté, biscornu, au manque de logique ; nous prisons la rouerie. Quand il y va de notre intérêt, souvent d’ailleurs imaginaire, tous les sophismes sont bons. Il est ahurissant dans les campagnes d’entendre  raisonner les  travailleurs prétendument à la recherche de travail. Dès qu’ils en ont trouvé, écoutez-les débiter leurs nécessités à satisfaire, condition primordiale pour qu’ils commencent le travail.

L’argent une fois reçu, ils sont en situation de force pour commencer leur chantage et vous faire pirouetter. Ceci n’est qu’un exemple entre mille. Il faudrait faire le bilan moral de chaque lieu, de chaque conglomérat humain, de chaque institution. « Le navire Bénin » prend eau de toutes parts et donne l’impression d’un naufrage prochain faute de rectitude de vie dans nos divers secteurs.

Les croyants, les vrais, doivent savoir que le destin du pays leur est confié par Dieu et qu’ils en répondront. Chacun, dans son secteur de vie, doit vivre la rectitude en plus d’une pratique religieuse rigoureuse qui implique et exige cette rectitude. Aux chrétiens, par exemple, je recommande fraternellement la lecture de Sodome et Gomorrhe, effondrement définitif de deux villes  parce que Dieu n’y a pas trouvé dix justes (Gn 18, 16 – 19, 38). Combien de justes y a-t-il au Bénin ? Efforçons-nous d’en être en assumant  vaillamment une vie droite.

Pratique religieuse rigoureuse qui implique et exige la rectitude, ai-je dit. Et voici qu’au moment de l’écrire je découvre chez Saint Basile de Césarée cette phrase que je vous livre : « Le baptême n’est pas la suppression d’une souillure extérieure, mais l’engagement envers Dieu d’une conscience droite ». Ainsi se trouve tracé le chemin de vie des baptisés. Et toujours dans la ligne de la rectitude, je vous propose de lire et de méditer le Psaume 100 (Hébr. 101).

Voyez en outre comment les circonstances providentiellement nous interpellent. Les praticiens du bréviaire dans l’Église prient et supplient le matin du mardi dans la quatrième semaine de Pâques :

  • Dieu, Maître de la vie, restaure en nous l’image de ton Fils : que nous devenions en lui des créatures nouvelles.
  • Détruis les germes de mensonge et de perversité : que nous vivions dans la vérité du Christ.
  • Donne-nous d’abattre les murs qui séparent et de bâtir la ville où tous ensemble ne font qu’un.
  • Change nos cœurs de pierre en cœur de chair : que nous renaissions d’en haut.

Réponse à ces supplications : «  Dans ton amour, Seigneur, souviens-toi de nous ». Oui, Seigneur, souviens-toi du Bénin !

Les chrétiens ont vécu leur carême et vivent maintenant leur Pâques. Les musulmans vivent leur ramadan. Ce ne sont pas des actes attachés à un temps, mais une mystique de vie. La conscience droite doit  être de toujours et, toujours, animer tout.

Il s’agit d’aboutir à la résurrection individuelle et collective. Le naufrage collectif n’est que le naufrage individuel multiplié par le nombre d’inconscients malheureux.

Oui, Béninois, seule la rectitude nous sauvera, et sortira notre pays du piétinement sinon de la reculade perpétuelle pour nous lancer dans le développement. Voyez le spectacle ahurissant des sorties de classes qui déversent dans nos rues des milliers d’enfants dans chacune de nos villes,  tous candidats à la désespérance parce que sans horizon. Une poudrière ? Non ! Un volcan en perspective ! Alors, prenons conscience.

Père Etienne SOGLO

 


Encadré 1

La part des journalistes

Avant, pendant et après les législatives du 28 avril 2019, le traitement de l’information relatif au scrutin à bien des égards a manqué de professionnalisme au point de mettre en péril la paix. Il faut reconnaître que des efforts sont faits par certains acteurs des médias. Mais dans la plupart des cas, la communication a pris le pas sur l’information. Mais qu’à cela ne tienne : on pouvait hausser les épaules et dire tant mieux si tout au moins les faits étaient séparés des commentaires. On pouvait hausser les épaules si on ne faisait pas d’amalgames entre informations et les articles de communication.

Le comble qui en fait est un drame, c’est les informations imaginaires communément appelées Fake news qui non seulement ont entaché la période électorale, mais constituent des sources de déstabilisation permanente de la paix au Bénin. Juste deux faits. Le premier : Dimanche 12 mai en quelques secondes, le monde sera informé par les réseaux sociaux que le curé de la paroisse Sainte Cécile de Cotonou a été interpellé par la police républicaine pour diffamation lors de son homélie et poursuivi pour incitation à la haine. Deuxième fait, dans la même journée la toile s’enflamme par une folle rumeur annonçant l’encerclement à nouveau du domicile de l’ancien président Boni Yayi. Et cette fois-ci pour l’enlever.

Deux « vraies » fausses informations qui sont de nature à fragiliser davantage la quiétude sociale. Il est vrai qu’on ne peut pas éviter que de soi-disant communicants mal intentionnés restent dans leur couloir de communication saupoudré de fake news. Mais de grâce, lorsqu’on choisit d’être journaliste, il faut s’obliger à respecter le code de l’éthique et de la déontologie. C’est pourquoi à partir de l’installation de la 8e mandature de l’Assemblée nationale, les journalistes et autres activistes de réseaux sociaux doivent savoir que la paix et la stabilité du Bénin dépendent du traitement qu’ils vont en faire. Autrement ils seront tenus responsables tout comme les hommes politiques de la déliquescence éventuelle de la démocratie béninoise.


Encadré 2

Liste des 83 députés de la 8e législature

Union progressiste : 47 sièges

  1. Salifou Issa
  2. Alassane Séidou
  3. Gounou Sina O. Bio
  4. Malick Mora S. Saré
  5. Domitien Koniémé N’ouémou
  6. Jacques Boundja Yempabou
  7. Thomas Tchoropa Yombo
  8. Lucien Kokou Houngnibo
  9. Marcellin Tossou Ahonoukoun
  10. Mathieu Gbèblodo Adjovi
  11. Georges Bada
  12. Epiphane Sonagnon Honfo
  13. Nestor Tohouégnon Noutaï
  14. Worou Yaya Akibou Sorô
  15. Yacoubou Orou Sé Guéné
  16. Sacca Lafia
  17. Valère Dèhouegnon Tchobo
  18. Edmond Assogba Agoua
  19. Marcellin Aka Worou
  20. Richard K. A. Alosohoun
  21. Gérard Gbénonchi
  22. Oswald Selbourne Homéky
  23. Jérémie Adomahou
  24. Serge Koffi Ernest Mèdéwanou
  25. Tidjani Amed Affo Obo
  26. Djimeco Délonix Kogblévi
  27. Romarique S. Médégan Fagla
  28. Badirou D. O. O. Aguèmon
  29. Abraham Daniel Zinzindohoué
  30. Jean-Baptiste Orden Rosae Alladatin
  31. Patrice Comlan Nobimè Agbodranfo
  32. Charles Comlan Gagnon
  33. Dakpè Sossou
  34. Thomas Mahougnon Kakpo
  35. Nougbognon Hyppolite Hazoumè
  36. Victor Mitondji Hounsa
  37. David Camille Gbossè Biokou
  38. Hounsa Justin Agbodjeté
  39. Augustin Sèdogbo Ahouanvoebla
  40. Léon Bokovè
  41. Louis Gbéhounou Vlavonou
  42. Abdou Razack Olalandou Abiossè
  43. Jean-Pierre Ibitecho Babatundé
  44. Alain Fortunet Nouatin
  45. Luc Sètondji Atrokpo
  46. Boniface Yèhouétomè
  47. Natondé Aké

 

Bloc républicain : 36 sièges

  1. Nassirou Bako Arifari
  2. Sabaï Katé
  3. Barthélémy Dahoga Kassa
  4. Gilbert Bangana
  5. Abdoulaye Gounou Salifou
  6. Antoine N’Da
  7. Cyprien Togni
  8. Octave Cossi Houdégbé
  9. Nathanaël Sokpoékpè
  10. Robert Gbian
  11. Zimé Kora Gounou
  12. Rachidi Gbadamassi
  13. Adam Zacari Bagoudou
  14. Mariama Baba Moussa
  15. Jean-Eudes Okoundé
  16. Eustache Akpovi
  17. André Okounlola
  18. David Gbahoungba
  19. Mamoudou Z. Boda
  20. Bida Y. Abdouramani
  21. Abdoulaye Bio Tchané
  22. Abdel-Kader Gbadamassi
  23. Ibourahima Ousmane
  24. Chantal Ahyi
  25. Joseph Amavi Anani
  26. Rosine Dagniho
  27. Sofiatou Modjisola Shanou
  28. Jonas Sêdozan Gbènamèto
  29. Paulin Gbénou
  30. Mathias Kouwanou
  31. Awaou Emiola Bissirou
  32. Jean Michel Abimbola
  33. Dominique Coovi Atchawé
  34. Nazaire Sado
  35. Janvier Yahouédéhou
  36. Hervé Hèhomey

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