octobre 19, 2019
Politique

Législatives du 28 avril 2019 : Tourner les regards vers l’avenir pour éviter l’accumulation des frustrations

Les élections se sont déroulées tant bien que mal le dimanche dernier. La 8è mandature sera installée le 15 mai 2019. Mais en jetant un coup d’œil sur les péripéties qui ont précédé le scrutin ainsi que les escarmouches observées par endroits le jour du vote, il faut tirer les leçons pour que les élections communales ainsi que la présidentielle qui s’annoncent soient moins problématiques. Surtout avec les agitations au domicile de l’ancien président Thomas Boni Yayi qui ont failli ébranler la paix parce que la police républicaine aurait voulu l’arrêter.

C’est fait. Les représentants de la Nation pour le compte de la 8e mandature vont être bientôt installés. Ainsi en ont décidé les électeurs qui ont accompli leur devoir civique le 28 avril 2019 dans une ambiance morose caractérisée par un faible taux de participation jamais obtenu depuis l’avènement du Renouveau au Bénin (22,99%).

Des éléments réels d’un malaise

Au complexe scolaire Bakhita, dans la commune d’Abomey-Calavi, au poste de vote n°1, sur 448 inscrits, il n’y a eu que 48 votants. Au poste de vote n°2, 47 électeurs se sont présentés sur 448 inscrits. Dans la commune d’Allada, et au poste de vote n°1 du Ceg 1 de la ville, sur 378 inscrits, 51 personnes ont accompli leur devoir civique. À Bori, un village de la commune de N’Dali, au premier poste de vote installé à la Maison du peuple, sur 387 inscrits, 49 électeurs ont voté. Dans ce village, selon un témoignage recueilli sur place, des urnes ont été brûlées par des jeunes en colère. À Parakou, Glazoué, Savè et ailleurs, des violences ont été signalées. Un peu comme pour prévenir les débordements, le Gouvernement a suspendu toute la journée du vote, les communications par Internet et réseaux sociaux. Mais au-delà de toutes ces considérations, la plate-forme des organisations de la société civile annonce que les échauffourées qui ont éclaté auraient coûté la vie à deux personnes à Bantè et Parakou. Ce que dément le ministre de l’Intérieur Sacca Lafia. Autant d’éléments, signes de malaise manifestes qui entourent les législatives du dimanche 28 avril 2019. Mais malgré toutes ces anomalies, la page des législatives de 2019 semble définitivement tournée. D’autant que la Céna a proclamé les premières tendances qui sont confirmées par les résultats provisoires de la Cour constitutionnelle. Mais la vie politique ne s’arrête pas là. En effet, avec les législatives de 2019, le Bénin rentre dans un cycle d’élections. Car, sous réserve de ce que décidera la 8e législature dès son installation, le pays aura à organiser début 2020, les élections locales, communales et municipales. Et puis l’année suivante se tiendra la présidentielle. Dès lors, il serait important de tirer des leçons de toutes les péripéties qui ont conduit à organiser des législatives non inclusives afin que les prochaines élections soient inclusives.

Gouvernement, députés, acteurs politiques, présidents d’institutions… coupables 

Dès lors, il faut qu’on commence par situer les responsabilités par rapport à ce qui a conduit le Bénin à organiser pour une première fois dans l’histoire du Renouveau démocratique, des législatives avec deux partis tous acquis à Patrice Talon, président de la République. En vérité, à tort ou à raison, le Gouvernement est le premier responsable de la tenue des législatives non inclusives. Et pour cause, la Charte des partis politiques et le Code électoral étaient des initiatives d’un député du bloc de la majorité parlementaire soutenant le chef de l’État. C’est dire que le Gouvernement dispose de la majorité à l’Assemblée nationale qui aurait pu voter d’abord très tôt les lois en anticipant sur certaines incohérences qui sont à l’origine des polémiques. Les députés de la mouvance ne l’ont pas fait peut-être à dessein. Ensuite le deuxième responsable est la Cour constitutionnelle. Car, la haute juridiction, en voulant régler un problème par rapport à l’introduction du certificat de mise en conformité, a créé d’autres problèmes. Car le délai de mise en conformité était prévu pour expirer le 17 mars 2019. Mais alors, pourquoi la Cour Constitutionnelle a-t-elle écourté ce délai ? Bien malin qui pourra répondre avec exactitude. L’autre responsable dans ce qui est arrivé au Bénin par rapport aux législatives de cette année, c’est le président de la Céna, Emmanuel Tiando. En effet, en qualifiant certaines irrégularités constatées de fautes mineures et d’autres de fautes majeures, il a commis une gaffe. La Céna n’a pas le droit d’interpréter la loi. La structure chargée d’organiser les élections aurait pu appliquer rigoureusement la loi en disqualifiant toutes les listes et demander le report des élections. L’autre responsable de la crise électorale est le directeur général des impôts chargé de délivrer le quitus fiscal. Sur quelle base les impôts sont-ils calculés ? Dans la mesure où comme l’a dénoncé Jean Baptiste Elias, président du Front national des organisations de lutte contre la corruption (Fonac), des candidats députés sur les listes qui n’avaient pas déclaré leur patrimoine conformément aux textes ont pu se faire délivrer le précieux sésame. Enfin, les acteurs politiques qui se réclament de l’opposition sont responsables de la crise qu’a connu le processus électoral. À y voir de près, l’opposition n’a pas mis beaucoup de soins à préparer son dossier. En effet, elle a profité des confusions causées par l’application de la Charte des partis politiques et du Code électoral pour soulever d’autres problèmes qui l’ont totalement éloignée de l’essentiel des élections législatives. Des déclarations éparses quelques fois contradictoires, ont caractérisé l’opposition pendant le processus électoral. Mieux, au lieu de s’unir pour une stratégie claire et bien élaborée, les opposants ont passé leur temps à se tirer encore dans les pattes. Apparemment, il semble que l’opposition ne s’est pas mieux organisée pour gérer l’après-élection. Car la déclaration des partis de l’opposition rendue publique le lundi 29 avril dernier appelant à l’annulation des élections a peu de chance d’aboutir. Au-delà de ces différents responsables, il est important de noter que le communiqué final lu au nom des présidents d’Institutions à la suite de leur rencontre avec le Chef de l’État, a donné le coup de massue au processus électoral. La responsabilité des présidents des Institutions est pleinement engagée.

L’urgence de rectifier le tir

Cela dit, les élections sont du passé et il faut regarder vers l’avenir en s’engageant à corriger les erreurs qui ont fâché une frange de la classe politique qui a boycotté le scrutin avec son impact évident. D’où la responsabilité des nouveaux 83 députés de la 8e législature. Ils ont de lourdes responsabilités pour les jours, mois, et années à venir. D’autant que les élections passées, ils doivent tout mettre en œuvre pour arrêter la poursuite des frustrations.

Car que l’on veuille ou pas, les législatives de 2019 n’honorent pas le Bénin mais il ne sert à rien de se complaire dans les jérémiades à n’en point finir. Il va falloir plutôt réfléchir dès maintenant pour trouver le mécanisme à mettre en place pour ne plus revivre la même situation. Pour y arriver il n’y a qu’une seule solution : revoir les textes à polémiques et les adapter pour des élections inclusives. Et maintenant que le Gouvernement contrôle totalement le parlement désormais sans opposition, il revient aux deux Blocs de la mouvance, de s’organiser pour donner forme à la bonne volonté du président de la République qui a déclaré haut et fort qu’il reste attaché à organiser des élections inclusives comme au temps de ses prédécesseurs. Pour avoir raté le coche pour les législatives, la balle est désormais dans le camp des nouveaux députés et aussi dans le camp du chef de l’État pour redorer le blason de la démocratie béninoise. Mais il y a un impératif : éviter le spectacle offert par la police au domicile de Yayi et dans lequel le ministre de l’Intérieur et le Directeur général de la police républicaine se sont illustrés par des déclarations contradictoires. Et il faut surtout éviter d’instrumentaliser de part et d’autre la jeunesse pour se livrer à des actes de vandalismes.

Alain SESSOU


Taux de participation aux législatives

– Législatives de 1991 : 52%

– Législatives de 1995 : 76%

– Législatives de 1999 : 70%

– Législatives de 2003 : 56%

– Législatives de 2007 :  59%

– Législatives de 2011 : 56%

– Législatives de 2015 : 66%

– Législatives de 2019 : 22,99%

 

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