juillet 19, 2019
Questions/Réponses

Comment se réjouir aujourd’hui de subir des humiliations pour le nom de Jésus, à l’instar des apôtres ?

Question

Père, comment se réjouir aujourd’hui de subir des humiliations pour le nom de Jésus, à l’instar des apôtres ?

Jorias ADEHOSSI, Graphiste

Réponse

Mon frère, la question que tu m’adresses ce 3e dimanche de Pâques est aussi pertinente qu’embarrassante, d’autant qu’il s’agit de se réjouir de souffrances humiliantes que l’on subit. La Parole de Dieu de ce jour nous dit que les apôtres « quant à eux, quittant le Conseil suprême, repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus ». Ce paradoxe exige une explication avant d’être proposé à notre imitation.

Les apôtres, au lieu de manifester leur joie d’avoir échappé de justesse à la mort, se réjouissent plutôt d’avoir été fouettés. La raison est que d’une certaine manière, et pour la première fois dans leur mission, ceux-ci communient dans leur corps comme dans leur âme aux souffrances pour le nom de Jésus. Ils viennent de réaliser à travers leur personne la pleine configuration au Christ. Nul ne peut être disciple du Christ s’il ne souffre pas avec lui pour avoir part avec lui à sa résurrection (2 Tim 2, 12). Jésus lui-même l’avait bien signifié à ses disciples : « S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront » (Jn 15, 20 ; Mt 10, 15). Les sévices corporels subis par les apôtres apparaissent ainsi comme une investiture complète dans leur mission évangélique.

Ce détour nous aide à mieux approcher la question en trois points. Pour arriver à se réjouir de subir des persécutions pour le Nom de Jésus, il ne faut jamais oublier qu’il ne s’agit pas de l’humiliation pour l’humiliation, mais précisément de celle qui nous est infligée parce que nous agissons au « Nom du Christ ». Cette précision du coup nous permet d’opérer une différence entre les persécutions. C’est à cause du Christ et de son Évangile que nous sommes humiliés. Ceci change complètement notre état d’âme par rapport aux humiliations. Elles nous galvanisent à aller de l’avant comme on le remarque bien chez les apôtres.

Il faut en deuxième lieu poser un regard chrétien sur la persécution. Cette dernière, en régime chrétien, est plutôt une grâce qu’une punition divine. Difficile à comprendre ! Ne subissent les pires persécutions que ceux qui sont les plus proches de Dieu. Quand Saint Paul dit : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi », le chrétien humilié peut, valablement et en toute chose, dire : « ce n’est plus moi qui souffre, c’est le Christ qui souffre en moi », excepté pour le mal qu’il a commis lui-même. Par ce biais, en offrant son corps comme lieu nouveau de persécution du Christ, il achève en ce corps ce qui lui revient comme part de souffrances pour son salut personnel. On ne peut que s’en réjouir : « Relevez la tête, car votre rédemption approche » (Lc 21, 28).

À un troisième niveau, il importe de relever la nécessité d’une mise au programme de la joie par la croix. Nous venons de fêter le Christ ressuscité. N’oublions pas que le chemin de cette joie a transité par la Croix. Cette dernière pourrait devenir comme un obstacle infranchissable. L’avoir très vite compris et surmonté rend les disciples du Christ disponibles à assumer leur mission avec joie. C’est cette fermeté dans la foi qui va te donner la joie que nous communique le Ressuscité, vainqueur du monde.

Père Jean OUSSOU-KICHO (Curé de la paroisse Notre-Dame de Charité de Godomey-Fignonhou)

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