septembre 15, 2019
Politique

LÉGISLATIVES DU 28 AVRIL 2019 : L’urgence de travailler pour que règne la paix

Législatives du 28 avril 2019

L’urgence de travailler pour que règne la paix

Visiblement le processus électoral est irréversible. Les législatives auront lieu le 28 avril 2019 avec les deux listes soutenant le président Talon. Pendant ce temps, les déclarations fusent d’une frange de la classe politique pour dire avec force qu’aucune élection n’aura lieu sans l’opposition. 29 ans après la Conférence nationale qui a donné naissance au renouveau démocratique, le Bénin balbutie. D’où l’importance d’inventer de nouveaux paradigmes pour que règne la paix avant, pendant et après les élections.

Depuis quelques mois, les débats qu’ils soient politiques ou non se ramènent aux élections législatives du 28 avril 2019. Dans les bars, les marchés, les services publics ou privés, les écoles, les champs, on en parle avec passion. La préoccupation sur fond d’inquiétude des Béninoises et des  Béninois par rapport à cette élection est poussée à son paroxysme, surtout après que la Céna a rendu publiques les listes devant prendre part au scrutin. L’Union progressiste et le Bloc républicain, deux formations politiques de la mouvance présidentielle, ont été retenus. Exit donc les partis politiques de l’opposition et même des partis se réclamant de la mouvance présidentielle comme le Prd de Me Adrien Houngbédji, président de l’Assemblée nationale, l’Udbn de Mme Claudine Prudencio et autres.

Les médiations s’enchaînent sans suite

Face à la situation qui pourrait aboutir à une élection exclusive, des initiatives ont été prises aussi bien au plan national qu’international pour permettre la participation aux législatives de l’opposition.  Dans la foulée, une délégation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a séjourné au Bénin pour tenter une médiation en vue d’élections législatives inclusives. Elle sera suivie d’une délégation de l’Organisation des Nations Unies (Onu) pour la même cause. À l’intérieur, les rencontres se multiplient. Des organisations de la société civile donnent aussi de la voix. Leur préoccupation : mettre tout en œuvre pour organiser des élections législatives inclusives. De sources concordantes, des médiations discrètes ont été aussi menées. Tout cela laissait croire à un espoir d’élections inclusives. Surtout que, le chef de l’État a rencontré un certain nombre de fois la classe politique toutes tendances confondues. Fin mars, à une frange des acteurs politiques, il a confié au Palais de la République qu’il entend organiser des élections inclusives comme au temps de ses prédécesseurs. Ce jour-là, le président de l’Assemblée nationale a été mandaté par le Chef de l’État pour trouver l’issue d’organiser des élections aux quelles prendra part l’opposition. Dès lors s’enchaînent à l’hémicycle des sessions et plénières en vue de voter des lois dérogatoires balisant la voie aux législatives inclusives. Près de quatre semaines de travaux parlementaires sans réaliser le consensus utile et nécessaire pour les élections inclusives. Majorité et minorité parlementaires se renvoient la balle. Principal point d’achoppement : réviser l’article 80 de la Constitution en vue de reporter la date des élections et par ricochet proroger le mandat des députés.

On en était là, quand, le Gouvernement change de cap. D’abord le président de la République consulte le 1er avril les présidents des Institutions constitutionnelles. Rencontre élargie au médiateur de la République puis au président de la Commission électorale nationale autonome. Lesquels présidents donnent quitus au chef de l’État pour poursuivre le processus électoral en respectant la date constitutionnelle. Du coup, le Gouvernement raidit sa position par rapport à la tenue des élections législatives. Ainsi dans le relevé du Conseil de ministre du mercredi 3 avril 2019 le Gouvernement indique : « Appréciant la situation, le Conseil a décidé que le Gouvernement prendra toutes les dispositions nécessaires à la bonne tenue du scrutin législatif du 28 avril 2019. Il invite par conséquent les populations à faire preuve de discernement, afin que les élections se déroulent dans la paix et la sérénité ».

Les ingrédients de déstabilisation à éviter 

Tollé général au sein des états majors des partis de l’opposition. Un député de la minorité parlementaire clame : « Il n’y aura pas d’élections le 28 avril 2019 sans l’opposition ». Toute la semaine dernière, des appels à manifestions sur toute l’étendue du territoire pour exiger des élections inclusives ont engendré des échauffourées dans certaines localités du pays. Quelques escarmouches ont été étouffées cette semaine. Pendant ce temps, les deux listes montrent leurs muscles appelant les électeurs à se rendre aux urnes le 28 avril prochain. Ministres, députés, cadres et candidats depuis un moment ont investi le terrain pour vanter les mérites des deux listes en présence. Le vin est donc tiré. Les élections auront lieu très probablement ce 28 avril. Mais dans quelle ambiance ? Bien malin qui pourra répondre avec certitude. Dans tous les cas, le pourrissement de la situation préélectorale mérite attention. Car opposition et mouvance par les temps qui courent, s’entredéchirent sur fond d’invectives inquiétantes. Un observateur attentif de la vie politique béninoise s’interroge : « Qui a intérêt à mettre le Bénin dans une situation préélectorale aussi chaotique ? ».

À vrai dire aucun acteur politique encore moins le chef de l’État n’a intérêt à créer les conditions de violences liées aux législatives de 2019 qui feraient reculer le Bénin de plus de 30 ans en arrière. Certes, dans deux semaines, on devrait pouvoir se rendre aux urnes. Il est important que le règne de la paix préoccupe les uns et les autres au plus fort d’eux-mêmes. Et ceci avant, pendant et après les élections. Pour ce faire, il y a des comportements à adopter de part et d’autre. D’abord, les déclarations de va-t’en guerre observées ici et là ne sont pas de nature à arranger les choses. Et de ce point de vue, la mouvance a beaucoup d’effort à faire. Car il ne fait pas sérieux la campagne précoce que les deux listes ont engagée. Du côté de l’opposition, toute stratégie doit être basée sur la sauvegarde de la paix. Car la non-participation aux législatives n’est pas une fin en soi. D’autant que l’enjeu c’est le Bénin. Mieux, il serait peut-être intéressant de tirer leçon dès maintenant des manœuvres en cours afin de prendre les dispositions pour l’avenir.

Mais au-delà de toutes ces considérations, toutes les composantes de la nation : les autorités religieuses toutes tendances confondues, les personnalités de toute nature et les lobbies quels qu’il soient doivent apporter leur contribution par ces temps incertains pour que le Bénin sorte renforcé de ces élections législatives à haut risque.

Alain SESSOU

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