juillet 19, 2019
Politique

Trois ans de gestion du Gouvernement Talon : Un anniversaire sur fond de crise politique

Trois ans de gestion du Gouvernement Talon

Un anniversaire sur fond de crise politique

 

Le président Patrice Talon boucle sa troisième année à la tête du Bénin avec en arrière-plan, des agitations politiques liées à l’organisation des législatives de 2019. Face à l’échec de la mission confiée au président de l’Assemblée nationale, Me Adrien Houngbédji, le chef de l’État a sollicité les présidents des Instituions de la République pour des propositions de sortie de crise. Ceux-ci recommandent la poursuite du processus avec les deux listes de la mouvance sur la ligne de départ le 28 avril prochain. De quoi nourrir des inquiétudes.

La solution parlementaire consensuelle à la crise pré-électorale qui secoue le Bénin a échoué. Mandaté par le chef de l’État M. Patrice Talon le 6 mars dernier pour trouver une issue à la crise, les négociations menées par Me Adrien Houngbédji, président de l’Assemblée nationale, n’ont rien donné. Au cours de la plénière du lundi 1er avril 2019, mouvanciers et opposants ont passé le clair du temps à s’accuser mutuellement. Pendant que les premiers dont les listes ont été validées par la Céna appellent leurs militants à se mobiliser pour se rendre aux urnes conformément au calendrier électoral, les seconds affirment de toutes leurs forces qu’il n’y aura pas d’élections législatives sans les partis de l’opposition. Il s’en est suivi un dialogue de sourds sur fond d’imbroglio juridico-politique. Pendant ce temps, le peuple retient son souffle. L’article 66 de la Constitution est brandi par les uns pour justifier leur position, et l’article 68 de la même Constitution utilisé par les autres pour échapper à toute responsabilité. Dans ce micmac, le chef de l’État a tranché après avoir écouté les présidents des Institutions de la République : le processus suit son cours normal. Ce qui suppose que nous allons aux législatives avec deux listes (l’Union progressiste et le Bloc républicain).

Hasard du calendrier ! C’est dans ce brouillard des législatives que le président Patrice Talon achève trois années au palais de la Marina, le 6 avril 2019. Tel un gâteau d’anniversaire, les Béninois espèrent voir leur président les surprendre agréablement par sa capacité à calmer le jeu : « Il est le seul à même de dénouer cette crise préélectorale. Au-delà des déclarations va-t’en guerre proférées par chaque camp selon ses mobiles, si le président Patrice Talon le souhaite vraiment, la recréation va prendre fin. Il suffit pour lui de discipliner sa troupe et le reste va suivre. Ce faisant, il aura donné la preuve de sa bonne foi. C’est un challenge qu’il lui revient de relever à tout prix ».

À la vérité, la crise sociopolitique actuelle rime avec un dialogue de sourd entre la minorité et la majorité parlementaires. « Quelle est cette démocratie dans laquelle une minorité de 23 personnes dicte sa loi à une majorité de 60 personnes ? Quand vient le tour de la majorité de dicter sa loi à la minorité, on crie au scandale », s’est indigné un député de la mouvance à l’hémicycle. Après les querelles de chapelle, le temps n’est-il pas venu de s’élever au-dessus de ses intérêts personnels pour ne privilégier que ceux du pays ?

À l’évidence, affirme l’un des pères de la constitution du 11 décembre 1990 qui a requis l’anonymat : « cette crise préélectorale ne fait aucun bien à la démocratie béninoise ; elle l’avilit et la vide de sa substance. Que les protagonistes en prennent conscience et se décident rapidement à l’endiguer. Rien n’est encore définitivement perdu ou impossible ; il suffit de le vouloir pour le faire. Car à cette allure, nous évoluons tout droit vers des horizons sans issue ».


Extraits de la Constitution du 11 décembre 1990

 Article 66 :   En cas de coup d’Etat, de putsch, d’agression par des mercenaires, ou de coup de force quelconque, tout membre d’un organe constitutionnel a le droit et le devoir de faire appel à tous les moyens pour rétablir la légitimité constitutionnelle, y compris le recours aux accords de coopération militaire ou de défense existants. Dans ces circonstances, pour tout Béninois, désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constitue le plus sacré des droits et le plus impératif des devoirs.

Article 68 : Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité du territoire national ou l’exécution des engagements internationaux sont menacées de manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et constitutionnels est menacé ou interrompu, le Président de la République, après consultation  du président de l’Assemblée nationale et du président de la Cour constitutionnelle, prend en conseil des ministres les mesures exceptionnelles exigées par les circonstances sans que les droits des citoyens  garantis par la Constitution soient suspendus. Il en informe la Nation par un message. L’Assemblée nationale se réunit de plein droit en session extraordinaire.

Guy DOSSOU-YOVO

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