avril 26, 2019
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MGR PAUL KOUASSIVI VIEIRA : Un pasteur débordant de vie

Mgr Paul Kouassivi Vieira

Un pasteur débordant de vie

Le jeudi 21 mars 2019, le peuple de Dieu au Bénin a retenu son souffle, l’instant de la matinée agitée par une nouvelle sur les réseaux sociaux : Mgr Paul Vieira est rappelé à Dieu. Contactées au téléphone, des sources dignes de foi confirment l’information : le 1er évêque de Djougou, parti à Rome pour des soins, a succombé après une dizaine d’années de lutte contre la terrible maladie. Hommages de l’Église, messages de condoléances des autorités béninoises, de la communauté musulmane et d’autres confessions religieuses ont témoigné de l’œuvre et du combat de la foi d’un pasteur débordant de vie.

  Servir le Seigneur jusqu’au dernier souffle

Entamées le samedi 30 mars 2019 en l’église Saint Michel de Cotonou, les obsèques de Mgr Paul Vieira ont pris fin le mercredi 3 avril au stade Atchoukouma de Djougou. De Cotonou à la cité des “Kpéitoni” en passant par Agoué et Lokossa, sa dépouille mortelle a été accueillie avec beaucoup de révérence et de foi.

Plus de 200 prêtres, de nombreux religieuses et religieux et de nombreux fidèles ont accouru dans l’église Saint Michel-Gbéto, le samedi 30 mars 2019. Dans les chants émouvants exécutés par les chorales, l’archidiocèse de Cotonou rend hommage à un grand homme de Dieu : Mgr Paul Vieira. Au cours de la messe présidée par Mgr Antoine Ganyé, archevêque émérite de Cotonou, et concélébrée par Mgr François Gnonhossou, évêque de Dassa, sur les visages des uns et des autres, se lisaient la fierté et la tristesse : fierté pour ce que cet homme de foi au Dieu de Jésus-Christ a été et tristesse pour la séparation que sa disparition a créée. Ce sont ces mêmes sentiments qu’on a notés à l’escale d’Agoué, la ville natale du défunt évêque de Djougou, qui rassemble autour de sa dépouille mortelle l’évêque de Lokossa Mgr Victor Agbanou, celui d’Abomey Mgr Cyrille Houndékon, l’archevêque de Lomé Mgr Denis Komivi Amuzu-Dzakpah et celui de Kpalimè Mgr Benoît Comlam Messan Alowonou. Par leur présence massive à la cathédrale de Lokossa, les chrétiens de ce diocèse montrent leur amour et leur attachement à cet illustre disparu.

Le stade omnisport de Djougou a servi de cadre pour le dernier hommage de l’église et de la nation, le mercredi 3 avril 2019. Onze évêques du Bénin et du Togo concélèbrent aux côtés du Nonce apostolique près le Bénin et le Togo, Mgr Brian Udaigwe, à la messe officielle de requiem. On note la présence de plus de 300 prêtres, des hommes politiques, des délégations de nombreux pays, des chefs traditionnels et des autorités religieuses.

« Malgré les nombreuses complications de sa maladie, nous étions loin d’imaginer cette disparition », regrette le Nonce apostolique près le Bénin et le Togo, Mgr Brian Udaigwe, à l’entame de la messe. « C’est à croire que mort, il est devenu beaucoup plus précieux que lorsqu’il vivait au milieu de nous », déclare Mgr Clet Fèliho dans son homélie à la messe de requiem à Djougou.

« Travailleur infatigable, il s’est toujours montré proche des petits comme des grands, des hommes comme des femmes, des chrétiens comme des musulmans, des pauvres et des enfants orphelins, des hommes politiques de la mouvance comme de l’opposition. Il était intimement uni à tout le peuple vivant sur le sol de la Donga afin de vivre avec eux de la joie de Dieu. Il a travaillé toute sa vie à donner de la joie autour de lui. Il a été un serviteur zélé du Dieu vivant. Il a été tout à tous », souligne-t-il.

C’est pour cette dernière raison que l’évêque de Kandi, Mgr Clet Fèliho martèle : « Celui qui se trouve devant nous dans ce cercueil nous parle et nous invite à nous laisser réconcilier avec Dieu et avec tous nos frères et sœurs, à nous réconcilier avec l’âme de notre “matrie”. C’est sa manière à lui, de participer au développement de son pays en œuvrant en faveur de la réconciliation et de la paix ». à la fin de la messe, la trompette de la cour royale de Djougou a retenti pendant quelques minutes pour honorer les réalisations pastorales et sociales de Mgr Paul Vieira, grand ami du roi de Djougou. Avant de renvoyer l’assemblée, Mgr Brian Udaigwe a donné lecture de la lettre du Cardinal Fernando Filoni, préfet de la congrégation pour l’évangélisation des peuples. Il désigne Mgr Pascal N’Koué, archevêque de Parakou, comme l’administrateur apostolique du diocèse de Djougou dont le premier évêque, Mgr Paul Vieira, repose désormais dans sa cathédrale.

Stanislas AMOUSSOU

Biographie

Né le 14 juillet 1949 à Agoué où il fit ses études primaires sous le regard bienveillant des pères missionnaires de la Société des Missions Africaines (Sma), le jeune Paul Kouassivi Vieira eut très tôt la vocation de devenir prêtre. Il entra au petit séminaire sainte Jeanne d’Arc le 1er octobre 1962 puis poursuivit le circuit normal de la formation jusqu’au Grand Séminaire St-Gall où il finit ses études en vue du sacerdoce en 1974.

La même année, il reçoit l’ordination diaconale à Dompago, paroisse de Badjoudé, des mains de Mgr Patient Redois, alors évêque du diocèse de Natitingou. En effet, l’abbé Paul fit son stage à Dompago auprès du Père Louis Aguilghon qui lui a donné le goût de la Mission au Nord Bénin. Le 29 juin 1975, l’abbé Paul Vieira est ordonné prêtre de l’Église catholique romaine par sa Sainteté le Pape Paul VI à Rome.

Après son ordination presbytérale, il fit des études supérieures en Théologie biblique d’abord à l’Icao à Abidjan puis à Rome où le Cardinal Bernardin Gantin l’appelle pour être son Secrétaire personnel. Il soutint sa thèse de Doctorat sur le concept de la vie en milieu Mina, s’inspirant de Jean 10, 10 qui deviendra plus tard sa devise épiscopale : « Je suis venu afin qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». Revenu au pays en 1981, il est nommé Curé de Grand Popo par Mgr Robert Sastre avant que la Conférence des évêques ne lui confie l’année suivante le Rectorat du petit séminaire d’Adjatokpa qu’il bâtit avec un art de prophète pour l’avenir. Après dix années bien accomplies dans cette pépinière de vocation sacerdotale, les évêques du Bénin lui confient en 1992 la charge du Grand Séminaire St-Gall de Ouidah où il imprima sa touche personnelle de Formateur et de Bâtisseur. C’est dans sa troisième année de rectorat au grand séminaire de Ouidah que le 10 juin 1995, Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II le nomma 1er évêque du nouveau diocèse de Djougou.

Il recevra sa consécration épiscopale des mains du Cardinal Gantin le 1er octobre 1995 sur le terrain de sport du Ceg 1 de Djougou. Dès lors, il prend son bâton de pèlerin et parcourt villes, villages, hameaux pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ mort et ressuscité pour le salut de l’Humanité. De 4 paroisses à l’origine du jeune diocèse, il passa à 23 paroisses avec la création du sanctuaire marial d’adoration perpétuelle, de nombreux centres d’apprentissage de jeunes gens et jeunes filles, de nombreux centres de santé, des écoles, des centaines de puits et forages dans les villages périphériques du diocèse, pour ne citer que ces œuvres-là.

Mgr Vieira s’endort dans le Seigneur au petit matin du 21 mars 2019 alors qu’il préparait activement en union avec son Clergé et toute son église-Famille, le Jubilé d’argent sacerdotal de création du diocèse de Djougou. Sa mémoire restera toujours vivante dans les pensées et les cœurs de ses prêtres, religieux, religieuses et fidèles laïcs. Il a combattu jusqu’au bout et tel un vaillant soldat, il y est allé les armes à la main… Qu’il repose dans la Paix de son Seigneur ! Amen

La Rédaction

  Quelques témoignages

« Merci Seigneur pour le don de Mgr Vieira !»

Père Hubert Kèdowidé

Directeur diocésain de la Communication

Il nous semble que parfois les imprévus de Dieu nous amènent à l’action de grâce même quand nous nous trouvons dans la peine : le 21 mars dernier, à un mois jour pour jour de la célébration de la fête de Pâques prévue pour le 21 avril prochain, Mgr Paul Kouassivi Vieira nous a conviés à l’anamnèse de son départ vers le ciel où désormais il pourra contempler éternellement la grandeur du Mystère de notre Foi. Oui, ce matin là, cet ancien footballeur autrefois sélectionné dans notre équipe nationale, devenu prêtre puis évêque, qui nous a habitués depuis quelques années à un combat résolu contre la maladie, semble nous léguer son courage pour être capables de continuer désormais notre pèlerinage sur la terre sans l’avoir physiquement à nos côtés. À vrai dire, on voyait ce moment redouté venir mais on n’a pas pu retenir nos larmes. Naufragés de douleur mais pèlerins d’espérance avec le sentiment d’une grande perte certes, nous pouvons bien l’avouer ici : en moins d’un quart de siècle à la tête du diocèse de Djougou, il a parcouru un long chemin. Son départ crée un grand vide pour le peuple de Dieu dans la Donga.

Nous gardons tous le souvenir ému d’un pasteur de foi profonde et de confiance en la Providence qui a servi courageusement jusqu’au bout l’Église du Christ malgré l’érosion progressive de son corps par la cruelle maladie. La tristesse que nous partageons, bien naturelle en ce moment pénible, est néanmoins tempérée par l’action de grâce que nous devons rendre à Dieu pour ce qu’Il a accompli à travers la vie de son serviteur.

Il nous serait difficile de parcourir d’un seul regard l’immense héritage que nous lègue Mgr Paul Vieira depuis le Petit Séminaire Saint Joseph du Lac d’Adjatokpa jusqu’à Djougou en passant par le Grand Séminaire Saint Gall de Ouidah. L’énumération de ses réalisations serait impressionnante : que d’églises construites, de centres de spiritualité, des écoles et collèges, des centres d’apprentissage, des centres de santé ! Que d’actions pastorales hardiment conçues, lentement mises en œuvre, faites de délicatesse, de dialogue interreligieux, de tact diplomatique avec toujours le désir que le Christ soit connu et aimé ! Tel que nous l’avons vu depuis l’aurore de son ministère sacerdotal, tel il demeura jusqu’à la fin, appliqué, déterminé, assidu à la tâche des œuvres ecclésiales jusqu’au dernier souffle, debout devant les hommes, à genoux devant Dieu.

Pour ceux qui ont eu la chance d’avoir été plus près de lui, ce n’est ni la conscience de son intelligence, ni la richesse de sa culture encore moins ses succès pastoraux qui lui paraissaient essentiels mais plutôt la vigueur et la force de ses convictions religieuses dont le timbre de sa voix auréolé de la pertinence de ses exhortations ne laissait personne indifférent. Bref, il était un croyant qui a établi définitivement sa vie sous la coupole de Dieu dans le régime de la grâce et du don immérité de la miséricorde de Dieu. Mgr Vieira a toujours su rechercher un souffle nouveau comme un « guerrier valeureux qui porte l’épée de noblesse et d’honneur » (Ps 44, 4). à cet effet, il nous confiait un jour, qu’après le verdict sévère des analyses cliniques, il était momentanément déconcerté qu’il avait décidé dans la foulée de se rendre à Rome pour donner sa démission… Ce moment lui a paru plus tard comme un plongeon dans l’inconnu où une fois qu’il a touché le fond des incertitudes, il pouvait y prendre appui pour rebondir à la surface avec ce sentiment qu’il faut vivre désormais comme si on devrait mourir le même jour et travailler sans relâche comme si on devrait vivre pour toujours. Même au cours de ces dernières années durant lesquelles il a porté avec courage, abnégation, confiance et espérance la souffrance que provoquait sa maladie, les inconforts bien connus des traitements et hélas, l’éventualité d’une mort inévitable, Mgr Vieira va demeurer imperturbable. Un témoignage extraordinaire qui est une véritable leçon de vie pour nous qui l’accompagnons de notre présence et de la fidélité de notre amitié filiale. Mieux, nous avons pu admirer, à travers l’amenuisement progressif de ses capacités d’action, une nouvelle fécondité de sa foi et de son espérance en Dieu, Maître de la vie.

« Venez, disait Bossuet, venez apprendre comment on se forme sans relâche au ministère des âmes, comment on s’y consume sans se lasser, comment on le quitte sans mourir ». Mgr Paul Vieira nous quitte sans mourir. Son passage au milieu de nous ne peut se mesurer au nombre des années mais par l’immensité de ses œuvres au service de l’Église et de son peuple dans une charité constante. Nous croyons et nous espérons qu’à la suite et avec l’aide de Sainte Thérèse de Lisieux à qui il a consacré son ministère épiscopal, il passera son ciel à faire du bien sur la terre.

Et maintenant, unissons-nous dans une prière unanime pour ce grand prélat de notre Église désormais plongé dans un silence qui laisse chanter les souvenirs de nos cœurs.

« Un prélat plein d’altruisme »

Dr Malik Séibou Gomina

Directeur général du groupe de presse “Fraternité”

Quel témoignage faire aujourd’hui que nous pleurons notre Évêque, Mgr Paul Vieira ?

Je ne l’ai jamais rencontré ; mais voilà un vrai homme de Dieu qui m’a marqué par ses œuvres dans le diocèse de Djougou d’où je suis. Ma première réaction pour rendre hommage à Mgr Vieira, premier évêque de Djougou était de mettre depuis l’entrée de Parakou et à travers la ville de Djougou de grandes affiches. Sur ces affiches était gravé : « Djougou pleure son évêque. Mgr Paul Vieira, les fils de Djougou ne t’oublieront jamais ». Tout un symbole.

Mgr Vieira était un de ces hommes dont la droiture du caractère, et la proverbiale propension à faire du bien ne font l’objet d’aucun doute. Cette bonté jamais prise en défaut, fait de lui, finalement, un prélat plein d’altruisme. Ce grand croyant a convaincu Djougou que le dialogue interreligieux n’est pas un vain mot. Il a amené patiemment et élégamment musulmans et chrétiens à vivre ensemble, dans la paix et la concorde.

Nous sommes fermement convaincus que c’est le plus grand héritage qu’il laisse à la communauté. Mais tout témoignage qui omettrait les écoles, les centres de santé, les orphelinats, les internats, les centres communautaires, œuvres de son sacerdoce, serait injuste. Son ministère plein de générosité fait que sa mort restera pour tous les fils et filles de la région la plus douloureuse des pertes. Nous sommes à jamais reconnaissants! Il était plus que citoyen de Djougou.

Adieu très vénéré et très regretté pasteur. Djougou ne t’oubliera jamais! Au revoir dans l’Éternité.

 

« Un Pasteur débordant de charité »

Augustin Gbèha

Chef d’atelier Imprimerie Notre-Dame

 Mgr Paul Kouassivi Vieira est un pasteur plein d’amour.  Il sillonnait pistes, monts et vallées de son diocèse de Djougou pour évangéliser et mettre la joie au cœur de milliers de personnes : enfants, jeunes et moins jeunes, orphelins, hommes et femmes de toutes confessions religieuses.

Au-delà de son diocèse, il travaillait à temps et à contretemps pour la conquête des âmes pour le Christ. Aussi, n’a-t-il de cesse de multiplier les gestes de charité. Le personnel de l’Imprimerie Notre- Dame et celui du Journal La Croix du Bénin en sont témoins et ne l’oublieront jamais.

En effet pendant presque tout le temps de son épiscopat, et ceci chaque année, nous avons bénéficié de ce pasteur des sacs de tubercules d’ignames et de fromages avec amour. Puisse notre merci d’hier, d’aujourd’hui et de toujours, devenir son témoignage devant le seul Juge, Jésus Christ. Le personnel du Journal La Croix du Bénin et de l’Imprimerie Notre-Dame rejoint l’Archevêque de Parakou, Mgr Pascal N’Koué qui déclare : « Ce que les gens vont retenir de toi, ce n’est pas ce que tu as fait : constructions ou autres, c’est l’amour avec lequel tu les regardais ». Qu’il repose en paix !

 

« Mgr Paul Vieira : Un destin accompli »

Père Nicolas Hazoumè

Curé de la paroisse Notre-Dame de Lourdes de Dangbo

 « Nul ne peut effacer les traits tracés par le Créateur dans les paumes des mains d’un être humain ». Voilà, traduit de façon certainement maladroite, ce que nos chansonniers traditionnels appellent le fait du destin.

Avec la lecture que je fais a posteriori des événements intervenus dans la vie de Mgr Paul Vieira, s’est incrusté en moi le sentiment intime que cet homme a vécu son destin jusqu’au bout. Les générations actuelles savent-elles que jeune séminariste, à une époque où personne ne songeait à aller servir dans la partie septentrionale du pays, Paul Vieira avait souhaité vivre son futur sacerdoce dans les diocèses du Nord-Bénin ? Avait-on pris au sérieux cet appel irrésistible du jeune séminariste pour la mission dans le septentrion ? Après quelques stages, le futur missionnaire fut ordonné diacre à Badjoudé dans l’actuel diocèse de Djougou, au moment où ledit diocèse n’existait pas encore. Ainsi donc le destin se mit en marche.

Une fois prêtre, le père Paul Vieira commença à servir d’abord dans son diocèse d’origine à Lokossa avec son enthousiasme et son intrépidité coutumiers. Le football qu’il a toujours aimé de tout son cœur et qu’il pratiquait avec finesse et élégance ne le quittait jamais. N’importe quelle équipe pouvait s’offrir les précieux services de ce superbe attaquant véloce et buteur patenté. Il reste que son évêque, Mgr Robert Sastre ne voyait pas d’un bon œil cet amour de son prêtre pour le cuir rond, craignant naturellement que cet attrait irrésistible pour le sport-roi ne le distrait de son ministère sacerdotal. Le départ aux études à l’Ucao-Abidjan, puis au secrétariat du Cardinal Gantin à Rome soulagera son évêque et éloignera le jeune et « turbulent » vicaire des terrains de football béninois. Pourtant là encore, le destin faisait son œuvre et c’est l’intéressé lui-même qui révèle le fait dans une conférence au colloque des Sœurs de Saint Augustin lors du cinquantenaire de leur fondation : « Je ne sais pourquoi ni comment dans les années 70 en me croisant à la hauteur de ce que nous appelions le puits de Jacob à l’une de ses visites à Saint Gall, il me regarda avec sourire et me dit : “Toi, tu seras mon secrétaire”.

Quel rêve ? Où et quand ? Pour faire quoi ? Le Cardinal partit pour Rome en 1971 ! Après mon ordination en 1975 et mes 3 années d’études à l’Isca, devenu Ucao, la première promotion de la Faculté de Théologie, je fus appelé par le Cardinal à aller le servir à Rome. Cette fois-ci, je croyais vraiment rêver… tout s’est fait rapidement et je devais rejoindre Rome avant le 29 Juin… »

Au retour de Rome, le père Vieira fut nommé Recteur du Petit Séminaire d’Adjatokpa, puis du Grand Séminaire Saint Gall de Ouidah où il déploya un véritable talent de bâtisseur. La mission au Nord passait-elle aux oubliettes ? Que non !  Un destin ne s’arrête pas en si bon chemin. Lorsqu’il s’est agi de nommer un évêque pour le diocèse de Djougou nouvellement créé en 1995 par démembrement du diocèse de Natitingou, à qui croyez-vous qu’on pensa pour en être le pasteur ? Au père Paul Vieira qui choisit comme devise épiscopale : « Pour qu’ils aient la vie » (Jn 10, 10)… le thème de sa thèse de doctorat. Le destin, encore le destin !

À Djougou, le jeune évêque donna la pleine mesure de sa passion missionnaire dans le dialogue islamo-chrétien, les relations avec les religions endogènes, la réalisation d’importantes infrastructures scolaires et sociales et tant d’autres choses qui promeuvent le développement économique.

Bien entendu, il n’occulta pas le premier motif de sa montée dans le septentrion : le développement de la foi au Dieu de Jésus-Christ. La Cathédrale reçut un véritable coup de neuf et avec elle beaucoup d’églises et de chapelles sortirent de terre, où l’évêque nomma de jeunes et intrépides prêtres. Tenez ! Sait-on que l’église paroissiale du père Vieira à Agoué est mise sous le patronage du Sacré-Cœur ? Parti donc de la paroisse Sacré-Cœur d’Agoué, il rejoindra la Cathédrale Sacré-Cœur de Djougou. Le destin, encore le destin !

Le jeudi 21 mars 2019 au petit matin, sa course terrestre finit en Italie où il était parti pour des soins que nécessitait une terrible maladie contre laquelle il lutta une dizaine d’années durant avec un courage et une foi exemplaires. Né en l’Année Sainte, le 21 juin 1975 à Rome, son sacerdoce s’acheva au terme d’une vie menée au pas de charge dans la Ville Éternelle le 21 mars 2019. Le destin, toujours le destin !

En 2020, il fêterait les doubles noces d’argent de la création du diocèse de Djougou et de son ordination épiscopale. Désormais, c’est du ciel, la patrie céleste qu’il mêlera sa joie à la joie d’un diocèse qu’il aima de tout son cœur et où repose désormais son corps comme pierre éternelle de fondation. Alors, « pourquoi pleurer comme si nous n’avions pas d’espérance ? » (1 Th. 4,13). Ainsi s’accomplit le destin d’un homme, d’un prêtre, d’un évêque : il s’appelait Paul Kouassivi Vieira… « Et la main de Dieu était avec lui. » (Ac 11, 21).

 

« Il était un homme d’une profonde humanité »

Mère Marie-Claude Soba

OCPSP

 Le départ pour la Maison du Père de Mgr Vieira a surpris beaucoup de personnes car les nouvelles qui nous parvenaient nous donnaient plutôt des raisons d’être optimistes. Malgré notre souffrance pour cette douloureuse séparation, nous devons bénir le Seigneur, Maître du temps et de l’histoire de chaque homme, pour le temps qu’il lui a donné de vivre depuis l’annonce de cette terrible maladie. On le disait déjà mourant alors que sa maman vivait encore. Nous avons prié pour que cette maman ne subisse pas le glaive de Marie, la Mère de Jésus, et le Seigneur, dans sa grande miséricorde nous a exaucés. Que son nom soit béni pour sa mansuétude et pour cette grâce ! Au lieu que la maman enterre son fils, c’est le fils qui a présidé, avec dignité, aux obsèques de sa mère. Que le Bon Dieu est bon !

Mgr Vieira était un homme épris de Dieu et soucieux de la dignité de l’homme, comme en témoignent les nombreux foyers ouverts pour la scolarisation et le maintien à l’école de tant de filles qui, dans cette région de la Donga, ne sont pas spécialement favorisées quant au recrutement scolaire, pour ne citer que ce cas. Homme courageux et ne comptant pas sa peine, il parcourait les paroisses, les stations secondaires, les communautés religieuses pour réconforter prêtres, religieux, religieuses et catéchistes.

Il était un homme d’une profonde humanité, très sensible aux situations de joie et de douleur. En témoigne sa présence effective à toutes les célébrations pour manifester sa proximité à toutes les étapes humaines. Mgr Vieira a été la première personne à se rendre dans notre maison générale à Zogbo pour présenter ses condoléances aux sœurs et manifester sa proximité et sa compassion à tout l’Institut.

Bien que fragilisé par cette maladie qui le rongeait depuis quelques années, Mgr Vieira bravait les péripéties de la route depuis Djougou jusqu’à Cotonou pour être aux côtés d’un frère, d’un ami éploré, juste pour le réconforter ou lui manifester sa compassion et reprendre la route le même jour ou le lendemain en vue de répondre à ses obligations de pasteur dans son diocèse.

Sa présence durant notre jubilé en 2014 a été très réconfortante, et un signe bien apprécié par tout l’Institut. Il était avec nous au cimetière lors de l’exhumation de nos fondatrices. Il a accueilli leurs restes et célébré avec enthousiasme le Saint Sacrifice de la messe pour leur béatitude éternelle. Mgr Vieira était proche de l’Institut, par ses conseils, sa délicatesse et sa fidélité aux différents événements. Il se faisait très proche de ses filles qui bénéficiaient de son encouragement et de sa sollicitude paternelle constante.

Tout le monde reconnaît qu’il avait l’éloquence d’un homme qu’on a du plaisir à écouter. Si la bouche parle de l’abondance du cœur, c’est que cet homme se laissait habiter par Dieu. Par sa parole, il savait réconforter les cœurs brisés et par ses gestes, il savait secourir ceux qui sont dans le besoin. Il avait des gestes qui témoignent de la générosité de son cœur. Un jour qu’il était de passage dans une de nos communautés, il remarqua la vétusté du dallage de la sacristie. À la fin de la messe, il remit simplement à la responsable assez d’argent pour assurer le carrelage de ce lieu saint. En voyage du nord vers le sud ou du sud vers le nord, Mgr Vieira s’arrêtait toujours dans les communautés sur son chemin pour saluer les Sœurs, prendre de leurs nouvelles, mais surtout leur apporter quelque chose, signe de son affection fraternelle et paternelle. Il savait aussi manifester sa proximité spirituelle d’une façon simple et réconfortante. Présent aux obsèques de la Mère Julie-Chantal le 22 août 2018, il est revenu à la messe de huitaine le lendemain pour nous redire sa compassion au cours de l’eucharistie qu’il a lui-même présidée.

Malgré la maladie, il s’est dévoué jusqu’à la fin avec une disponibilité chaleureuse au service de Dieu et de ses frères, sans jamais faire peser sur les autres le poids de sa souffrance personnelle. « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie » disait Sainte Thérèse de Lisieux, son amie. C’est dans cette perspective de foi et d’espérance en la résurrection que nous le confions à Dieu. Que nos pauvres prières faites pour lui soient agréées par Dieu.

 

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