juillet 19, 2019
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RAFFUT 2019 : Une minute de bruit pour le droit à l’éducation

RAFFUT 2019

Une minute de bruit pour le droit à l’éducation

Près de 10.000 enfants de 4 villes du Bénin ont répondu au rendez-vous annuel du Service des sœurs pour la promotion humaine (Ssph/Ocpsp) et de ses organisations partenaires ce 13 mars 2019. Ils ont tiré la sonnette d’alarme pour réclamer le droit à l’éducation inclusive des enfants handicapés.

Mardi 13 mars 2019. Il est 12h. À Cotonou, Bohicon, Bantè et Sèmè-Kpodj, près de 10000 enfants, handicapés et non handicapés, de 40 écoles publiques, privées et confessionnelles ont attiré l’attention sur le non-respect de leur droit à une éducation adéquate et inclusive. À l’aide de toutes sortes d’objets sonores, ils font du bruit pendant une minute. Ils portent des pancartes à plusieurs messages : « L’État doit rendre accessibles les écoles aux personnes handicapées sur la base de l’égalité avec les autres » ; « pas de discrimination. Enfants handicapés ou non handicapés, tous dans les mêmes classes publiques »; « Nous voulons une éducation inclusive. Pas de classes spécialisées » ; « Nous sommes les adultes de demain. Alors formez-nous conformément à la devise du Bénin : Fraternité, Justice, Travail », « Le handicap nous interpelle tous, car nous sommes de potentiels handicapés »… Ce spectacle est une action internationale qui consiste à tirer la sonnette d’alarme pour attirer l’attention des décideurs, des autorités sur le droit à l’éducation des enfants handicapés.

Les enfants tirent la sonnette d’alarme Pour préparer la journée du 13 mars 2019, le Ssph a mené des actions de sensibilisation des parents d’élèves et autorités sur la loi 2017 en ses dispositions relatives à l’éducation inclusive. Il a organisé des séances de sensibilisation des élèves dans les écoles à travers des jeux mettant en exergue les capacités des personnes handicapées. Le rappel à chaque catégorie d’acteurs de leur responsabilité dans la réalisation du droit à l’éducation des enfants handicapés et de leur accessibilité dans les écoles publiques ordinaires constitue un autre point dans les préparatifs de la journée du Raffut 2019.

Le match de basketball en fauteuil roulant, joué par les sportifs de Handisport a clôturé les activités en vue des préparatifs du Raffut 2019. Depuis 2016, ce sont environ 200.000 élèves de l’enseignement primaire et secondaire en Afrique, Asie, Europe et Amérique latine à travers plus d’une centaine d’écoles qui, chaque année, participent le 13 mars à cette action internationale. À Cotonou, les Ong Regard Fraternel et La Chrysalide ont conduit le Raffut sous la coordination de Sœur Florence Agbani, chargée du Projet d’appui à l’inclusion des personnes handicapées (Paiph) au sein du Ssph. Ils sont 1.000 enfants handicapés ou non des écoles primaires publiques de Houéyiho, Missité et Vodjè-Kpota. Les autorités sont conduites par le chef du 13e arrondissement de Cotonou, M. Mensah Folly Bébé. Des directeurs d’écoles et des enseignants ainsi que des parents d’élèves étaient aussi de la partie.

À la fin de la minute de bruit, les enfants ont livré un message qui rappelle ce que savent déjà les autorités du Bénin : « Le droit à l’éducation des enfants handicapés est un droit reconnu par tous les instruments internationaux que notre pays le Bénin a signés et ratifiés, notamment : la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la Convention internationale des droits de l’enfant, la Convention relative aux droits des personnes handicapées et les Objectifs du Développent Durable ». Puis, ils insistent : « sur le plan national, notre Constitution, la loi portant protection des droits des personnes handicapées en République du Bénin et le Code de l’enfant en République du Bénin garantissent le respect du droit à l’éducation des enfants handicapés ».

Tout en remerciant le gouvernement et l’Assemblée nationale pour le vote de la loi 2017-06 du 29 septembre et sa promulgation par le président de la République, les enfants signalent cependant que « les décrets d’application bien que déjà élaborés ne sont pas encore pris ». Par la sonnette d’alarme donc, ils sollicitent «la bienveillance et le soutien des autorités afin de faciliter la mise en application de la loi par toutes les couches sociales de notre pays pour que nous ne soyons plus ni discriminés ni marginalisés du fait du handicap ». À Bohicon, c’est un exemplaire de la loi portant promotion et protection des personnes handicapées que les enfants ont remis au représentant du président de l’Association des communes du Bénin pour une vulgarisation du texte auprès des 77 maires.

Les enfants handicapés à l’école Sœur Florence rappelle que « l’action est menée de la même manière dans le monde : les élèves et écoliers handicapés ou non font tous ensemble du bruit pendant une minute dans la cour de leur école ou en un endroit précis, avec toutes sortes d’objets. De cette façon, ils attirent l’attention des décideurs et responsables à divers niveaux, afin qu’ils lèvent les barrières empêchant les enfants handicapés d’aller à l’école ». L’édition de 2019, affirme Sœur Florence, « se focalise sur l’accessibilité dans les écoles au profit des enfants handicapés : l’accès physique aux écoles (rampes, tous dispositifs et aménagements infrastructurels, etc.) ainsi que l’accès éducatif/pédagogique (des programmes d’études, des méthodes d’enseignement) aussi bien que l’accès social (accueil, attitudes, participation).

Ces trois conditions sont des préalables à remplir afin de permettre aux enfants handicapés d’aller à l’école». Quant au Ssph et à ses organisations partenaires, « cette action qui reçoit l’accompagnement de la Fondation Liliane (Pays-Bas) permet de rappeler aux décideurs qu’il est de leur responsabilité d’ouvrir les écoles aux enfants handicapés et ainsi de protéger et de respecter leur droit à l’éducation inclusive ». Selon Mme Claudine Daïzo, présidente de La Chrysalide, une association pour l’intégration des personnes handicapées intellectuelles du Bénin, « il y a espoir. L’État a déjà organisé un atelier à Bohicon au sujet de l’école inclusive.

De plus, la coalition du Bénin des organisations pour l’éducation pour tous, Cbo-Ept, de commun accord avec Handicap International préparent un manuel pour la sensibilisation et la formation des enseignants ». Et d’ajouter : « c’est dire que quelque chose bouge. Le système doit être modifié de manière à accueillir le handicapé, et un plaidoyer est en cours pour recenser les enfants handicapés. Cependant, il y a à craindre pour ces enfants qui sont souvent rejetés par la société, ce qui constitue une peine pour les parents qui adoptent deux positions soit ils affrontent les regards accusateurs et méprisants de leurs concitoyens en prenant le risque de sortir avec ces enfants, soit ils les cachent dans les maisons pour éviter les critiques. Dame Marcelline qui a un enfant autiste, se désole : « Je rencontre beaucoup de difficultés lorsque je sors avec mon garçon.

Les enfants nous fuient voire des adultes qui sont réticents comme si le handicap était contagieux. Même à l’église, on nous reproche de faire venir ces enfants ». Elle relate une scène lors d’une célébration : « au cours d’une célébration, juste à la consécration, mon enfant se met à rire et à crier. Ce geste pour moi traduit une conversation avec Jésus Hostie ; le garçon est heureux, mais une dame chargée du service d’ordre à l’église m’ordonne de sortir avec l’enfant sous prétexte qu’il importune les autres fidèles. Je lui réponds que c’est sa manière d’adorer Jésus et que lui aussi a droit de venir à l’église comme tous les autres enfants ». Puis elle ajoute, « je suis désolée, je ne sors pas ». Elle exhorte donc tous les parents qui ont des enfants malades à ne pas craindre les préjugés, mais de s’armer de courage afin de faire accepter ces enfants qui sont rejetés du fait de leur handicap. Quant à Jean-Damascène Fagnihoun, de l’Ong Regard Fraternel, « tous les êtres humains sont égaux et ce ne sont pas les questions de l’égoïsme humain qui vont exclure ces enfants de leurs droits naturels. Nous luttons donc pour l’intégration de toutes les couches pour le développement de la nation ».


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Créé en 2006 par le Conseil Général de l’Institut des Oblates Catéchistes Petites Servantes des Pauvres, le Ssph/Ocpsp coordonne tout le volet social du charisme de cette famille religieuse fondée en 1914. À travers ses six domaines d’intervention (santé, éducation, promotion féminine, orphelins et enfants vulnérables, protection des personnes handicapées, personnes du troisième âge), le Ssph/Ocpsp contribue à l’atteinte de dix objectifs de développement durable sur les 17 prévus, et à l’atteinte des objectifs du Programme d’action du Gouvernement béninois. Son Programme d’appui à l’inclusion des personnes handicapées (Paiph) est le fruit du partenariat avec la Fondation Liliane (Fl) depuis 2004.

Dans la mise en œuvre de ce programme, le Ssph collabore avec une quinzaine d’organisations partenaires dont des congrégations religieuses, des diocèses, des centres de santé, des Ong, répartis sur toute l’étendue du territoire. Grâce à la Fondation Liliane, le Paiph soutient des milliers d’enfants à travers le Bénin, dans les domaines de la santé, de l’éducation, du social, de l’autonomisation et des moyens de subsistance.

Dans le domaine spécifique de l’éducation, à titre illustratif, au cours de l’année 2018, le Ssph/Ocpsp a assisté 734 enfants et jeunes handicapés, dont 242 enfants et jeunes handicapés auditifs. Mais la majeure partie de ces enfants fréquentent des écoles privées spécialisées qui coûtent cher (entre 60.000 et 300.000 Fcfa par enfant, sans les fournitures) et sont inégalement réparties sur le territoire national. La plupart de ces écoles se trouvent dans la partie sud du pays.

La raison de cette situation est que les écoles publiques n’ont jusque-là prévu aucune place à ces enfants dits « à besoins spécifiques ». Ainsi, pour aller à l’école comme tous les autres enfants de leur âge, beaucoup d’enfants sont obligés de parcourir parfois plus de 630 km, loin de leurs parents et de leurs familles, sans oublier les nombreux risques liés au voyage en taxi sur des routes difficiles, et aux conditions de vie dans les internats des écoles spécialisées. Ce qui fait d’eux de futurs citoyens béninois en devenir, entièrement à part. Malgré tous ces efforts du Ssph, de nombreux enfants handicapés en âge de scolarisation n’ont toujours pas accès à l’école. Ils sont encore dissimulés dans les communautés.

Sœur Valérie ZINSOU OCPSP

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