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20e ANNIVERSAIRE DU DÉCÈS DE MGR ISIDORE DE SOUZA : Privilégier l’amour de la patrie

20e ANNIVERSAIRE DU DÉCÈS DE MGR ISIDORE DE SOUZA

Privilégier l’amour de la patrie

Il y a 20 ans, le 13 mars 1999, nous quittait Mgr Isidore de Souza. Au cours de son épiscopat, le prélat a marqué aussi bien des laïcs que des confrères dans le sacerdoce. Ce 20e anniversaire de son décès est l’occasion pour les uns et les autres d’inviter les Béninois à prendre l’exemple sur le charisme de Mgr Isidore de Souza, afin de privilégier l’amour de la patrie surtout au cours des périodes sensibles comme celle des élections.

► S’accepter en politique comme des frères

Ce 13 mars 2019, Mgr Roger Houngbédji a présidé à la messe en mémoire de Mgr Isidore de Souza avec une quarantaine de prêtres, beaucoup de religieux, religieuses et fidèles laïcs à la cathédrale Notre-Dame de Cotonou.

Il était 19h quand la procession s’est ébranlée. Au bas de l’autel, une photo d’archives de Mgr Isidore de Souza devant laquelle vingt cierges symboliques brûlaient. Après le baiser d’autel et les paroles de salutation de Mgr Roger Houngbédji, le curé de la cathédrale, le père Antoine Mètin, rappelle dans son allocution d’accueil le but du rassemblement : « Il y a 20 ans, l’Église du Bénin pleurait un grand évêque. La nation béninoise tout entière pleurait un digne et vaillant fils. Le diocèse de Cotonou pleurait son pasteur. 20 ans après, nos cœurs continuent de saigner car le souvenir est toujours vif ». Il dévoile ensuite l’intention de la messe : recommander Mgr de Souza à Dieu qu’il a servi en nous servant.
Dans son homélie, Mgr Roger Houngbédji évoque la figure de son prédécesseur comme un pasteur infatigable, un homme de vision, ami de la prière assidue, et bâtisseur. « Notre souvenir ne doit en aucun cas se limiter à une admiration passive, ni se réduire au rappel d’un personnage du passé », prévient le prélat avant d’ajouter : « Nous devons nous sentir interpellés, chacun dans sa position et le rôle qui sont les siens aujourd’hui ». Des trois textes du jour, Mgr Houngbédji propose trois pistes de réflexion : la mission, la spontanéité et la miséricorde de Dieu. La mission consiste à proclamer le message de Dieu et à vivre en cohérence avec le message proclamé. La spontanéité et la radicalité sont essentielles, constitutives d’une démarche de conversion, tandis que la miséricorde de Dieu est encore plus spontanée que la conversion. « Nous sommes tous fils du même pays, nous sommes frères, et nos colorations politiques d’aujourd’hui ne sont pas plus importantes que notre commune appartenance à la même patrie, le Bénin. Regardons-nous donc, comme des frères, comme des alliés potentiels et non comme des ennemis et mettons l’amour de notre pays au-dessus de tout intérêt partisan. C’est là, me semble-t-il, le meilleur hommage que nous puissions rendre aujourd’hui à Mgr Isidore de Souza ! », souligne-t-il tout en reprenant cette formule célèbre de l’illustre prélat : « Plaise à Dieu qu’aucun bain de sang ne nous éclabousse et ne nous emporte dans ses flots ». Après ces mots d’exhortation, Mgr Houngbédji introduit quatre prières universelles écrites par Mgr de Souza, que toute l’assemblée a reprises afin de présenter au Seigneur les différentes situations vécues dans le pays et implorer sa paix.

Stanislas AMOUSSOU

► « Mgr de Souza savait écouter les plus faibles »

Mme Pauline Djissou Azankposso

Mgr Isidore de Souza restera cet homme de Dieu qui aura durablement marqué son époque de par ses contacts et ses réalisations au profit des habitants du Lac Nokoué. Aujourd’hui, l’on ne peut pas ne pas reconnaître que cet homme avait travaillé pour l’éveil ainsi que pour le réveil des hommes et surtout des femmes de cette localité, grâce à sa foi catholique qu’il savait partager avec les personnes de tous bords. De façon générale, Mgr Isidore de Souza a réussi sa mission auprès de nous grâce à ses vertus d’humilité, d’écoute, de partage et de grande détermination à offrir de meilleures conditions de vie à notre peuple. Ainsi sur le plan pastoral, Mgr Isidore de Souza a œuvré pour la conversion de beaucoup de personnes par sa simplicité et les relations qu’il savait tisser avec ceux qu’il rencontrait. Cela s’est traduit par la croissance remarquable du nombre de chrétiens catholiques baptisés, mariés à l’Église. Ceci a aussi entraîné la consolidation des liens familiaux dans de nombreux foyers. De par sa détermination à prêcher la Bonne Nouvelle, il a œuvré pour la croissance de la foi en Dieu et l’adhésion des fidèles aux valeurs chrétiennes catholiques. Sous son magistère, des stations secondaires ont vu le jour comme par exemple Saint Michel de Sô-Zounko, St Charles Lwanga de Vekky, et Gbégbomey. Nous aimions bien ses homélies qui étaient toujours vivantes. Sur le plan social, l’archevêque a lutté contre la faim dans la commune de Sô-Ava en faisant des dons en nature et en créant des structures de micro-crédit aux femmes. Il a également contribué à faire baisser sensiblement le taux de mortalité surtout chez les enfants en construisant des hôpitaux à Sô-Tchanhoué et à Dekanmey. Celui de Ganvié a même bénéficié de sa contribution personnelle. Par les dons financiers, il a renforcé les activités génératrices de revenus tel que la pêche (Acadja). Il a travaillé aussi pour une meilleure condition féminine en créant les cadres de concertation, d’échanges et d’apprentissage des femmes lacustres en collaboration avec la Sœur Placida Dahoui. Il a mis sur pied, avec les prêtres et les religieuses en service dans la région du Lac Nokoué, des dispositions pour recueillir, protéger et défendre les filles victimes du mariage forcé. Par la réalisation des réseaux d’adduction d’eau villageoise (Aev) à Sô-Tchanhoué, Vekky, Dékanmey, Houédo-Aguékon, Sô-Ava et à Ganvié, l’archevêque a réduit considérablement la fréquence des maladies hydriques. J’ai personnellement connu la joie d’être en contact avec cet homme de Dieu qui aimait bien consommer les repas que je lui préparais. Il m’appelait même affectueusement « Pauline ma cuisinière ». Il aimait surtout manger de la sauce tomate avec de bons poissons, généralement des tilapia, légèrement fumés, accompagnée de Télibo (pâte à base de cossette d’igname). Il prenait aussi par moment du Dakouin (mélange de sauce et de poisson frais). Presque tout le temps à côté de moi à la cuisine, il blaguait beaucoup et me prodiguait des conseils sur les qualités que devrait avoir une bonne femme au foyer. Il savait également demander mes avis sur plusieurs sujets que je garde encore dans mon cœur. En effet, j’ai remarqué que par rapport à certains grands projets dans la région, il avait suivi ma réflexion plutôt que celle qu’il avait lui-même eue au départ. C’est là l’expression d’un grand homme qui savait écouter les plus faibles. Car je me voyais trop petite à côté du grand prélat. Aux heures chaudes de la fin de la révolution, il était venu une ou deux fois rapidement se reposer à Sô-Tchanhoué. Pour moi c’est un saint homme, que j’aime invoquer dans mon cœur et mes prières comme « Saint Isidore de Souza ».

Propos recueillis par Jean-Claude KOUDESSA

 

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