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MGR ISIDORE DE SOUZA : Héritage pastoral pour l’église du Bénin

Mgr Isidore de Souza

 Héritage pastoral pour l’église du Bénin

Au cœur de la campagne pour les législatives du 30 mars 1999, le peuple de Dieu au Bénin a été secoué par une annonce : le décès de Mgr Isidore de Souza, archevêque de Cotonou. Arrêt momentané de la campagne, deuil national et autres actes forts de condoléances se sont succédés pour honorer sa mémoire. Si l’engagement politique du prélat est très connu, son œuvre pastorale voire sociale n’est pas des moindres. Centres de santé humanitaires, instituts de formation citoyenne, agence de réalisation de travaux publics constituent des héritages pastoraux de Mgr Isidore de Souza dont la portée ecclésiale est saluée par les évêques, les prêtres et les laïcs 20 ans après son rappel à Dieu.

►  Porter le souci du bien-être de l’homme

Ordonné prêtre le 8 juillet 1962 à Ouidah et après une décennie passée comme archevêque coadjuteur de Mgr Christophe Adimou, l’abbé Isidore de Souza prend la possession du siège métropolitain de Cotonou le 2 février 1991. Les œuvres pastorales réalisées en huit ans d’épiscopat sont révélatrices de son souci pour le bien-être de l’homme.

En février 1990, alors qu’il était encore curé de la paroisse Sainte Rita de Cotonou, Mgr Isidore de Souza initie, conduit et inaugure avec le soutien de collaborateurs extérieurs, le Centre médical Saint Luc de Cotonou. Acte fort qui vient soulager les peines des riverains d’un quartier déshérité de la capitale économique du Bénin. Cerise sur le gâteau, la vocation d’un tel centre est humanitaire et à but non lucratif au grand bonheur des déshérités et des pauvres. Dans le quartier enclavé et marécageux de Midédji (dans le 10e arrondissement de Cotonou), il entame la construction d’un centre médical inauguré et rebaptisé à titre posthume Dispensaire Mgr Isidore de Souza. les félicitations du gouvernement béninois portées par l’ancien ministre d’État Bruno Amoussou et le soutien de Gilbert Belbol accompagnent sa vision pastorale. Il ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Il va s’investir dans l’auto-prise en charge du diocèse de Cotonou. « L’argent placé par lui au nom du diocèse en diverses structures a constitué en différentes occasions de véritables bouées de sauvetage, jusqu’à nos jours. C’est un visionnaire », témoigne Mgr Antoine Ganyé dans son Entretien avec Rodrigue Gbédjinou. S’agissant de vision, « l’évêque de l’essentiel » s’intéressait aussi à la communication, aux droits de l’homme, à la formation citoyenne et aux travaux publics. Les exemples se situent dans sa co-fondation de l’Institut des Droits de l’Homme et Promotion de la Démocratie (1993), l’inauguration de l’Institut Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille, section Afrique au Bénin (1997), la création de l’Institut des Artisans Justice et Paix à Cotonou (1997), le lancement des émissions de Radio Immaculée Conception à Allada (1998) et la fondation de l’Agence d’exécution des travaux urbains (Agetur, 1990). Il a également créé beaucoup de paroisses autant dans les périphéries que dans les zones lacustres de l’archidiocèse de Cotonou dans l’optique de répandre la bonne nouvelle de Jésus-Christ.

Florent HOUESSINON


► « Mgr Isidore de Souza s’est littéralement consumé pour le service de ses frères, de l’Église et de la cité »

(Interview de Mgr Roger Houngbédji, Archevêque de Cotonou)

Mgr Roger Houngbédji est depuis le 25 juin 2016, le 8e archevêque métropolitain de Cotonou. Il a engagé des réformes pastorales en vue de consolider la mémoire de Mgr Isidore de Souza. Dans cette interview, il évoque la figure de son prédécesseur et les initiatives contenues dans le Plan stratégique d’action pastorale pour valoriser son héritage.

  • La Croix du Bénin : Excellence, l’église-Famille de Dieu à Cotonou célèbre le 20e anniversaire du décès de Mgr Isidore de Souza, illustre prélat qui a fortement marqué notre pays tout autant que notre église. Que retenez-vous de la vie de ce grand prélat ?

 Mgr Roger Houngbédji : Avant tout propos, je remercie La Croix du Bénin pour l’occasion qu’elle m’offre de me prononcer sur la figure de Mgr Isidore de Souza. Comme vous le dites, Mgr de Souza est un illustre prélat, qui n’a pas seulement marqué notre Église, mais aussi notre pays, et pourquoi pas notre continent africain.

Cette année, nous commémorons le 20e anniversaire de son rappel à Dieu. Même si ce souvenir reste mêlé à la douleur de son départ inattendu, il s’agit quand même d’un souvenir joyeux. Car la joie de l’avoir connu et la grâce de l’avoir eu pour archevêque l’emportent sur la douleur provoquée par son départ. Son souvenir doit être vivant et susciter dans nos cœurs, espérance et détermination pour relever les défis qui sont les nôtres aujourd’hui.

Vous demandez ce que je retiens de lui. Mgr Isidore de Souza était d’abord et avant tout un homme passionné et très engagé. Passionné de Dieu, passionné de l’homme, passionné de l’Église, passionné aussi de la cité. Passionné : je crois que ce mot décrit bien sa personnalité et explique le rayonnement extraordinaire de son ministère. Je crois aussi que cette passion était la source de sa généreuse disponibilité et de son dévouement. Submergé par mille sollicitations tant dans l’Église que dans la cité, il savait quand même se rendre disponible, accessible à tous, spontané dans le contact avec les personnes. Je garde de lui le souvenir d’un évêque simple, proche du peuple, attentif aux personnes les plus vulnérables, un pasteur véritablement dévoré par le zèle et l’amour de la mission. Ce que fut sa vie d’évêque, on pourrait le comparer à un cierge qui brûle et qui donne la lumière en se consumant. Mgr Isidore de Souza s’est littéralement consumé pour le service de ses frères, de l’Église et de la cité. Pour nous tous et surtout pour son successeur que je suis, il demeure un modèle et une référence.

  • Selon vous, quel héritage pastoral a-t-il laissé à l’Église du Bénin ?

L’héritage pastoral de Mgr de Souza est immense. Et il n’est pas possible d’en parler de façon exhaustive dans le cadre d’une interview. Il est l’un des évêques dont l’épiscopat a le plus marqué l’Église au Bénin.

L’héritage pastoral de Mgr de Souza, ce sont les nombreuses paroisses qu’il a érigées. Grâce à ses relations et à son dynamisme, il a personnellement obtenu des financements et des aides substantielles pour l’acquisition des parcelles et la construction de plusieurs paroisses et chapelles secondaires, des presbytères et autres infrastructures. La plupart des grandes structures de l’archidiocèse de Cotonou lui sont dues, aussi bien dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’auto-prise en charge, que dans d’autres domaines variés. Mais il est à noter que ces structures, il ne les mettait pas en place comme de simples œuvres de bienfaisance, mais surtout comme des outils et des lieux d’annonce de l’Évangile de la charité. C’est pour cela qu’il ne s’est pas contenté de construire seulement des infrastructures. Il s’est surtout investi dans le développement intégral de l’homme.

Ainsi, l’héritage pastoral de Mgr de Souza, ce sont aussi ses prédications, ses lettres pastorales, ses enseignements, ses nombreuses et fréquentes visites pastorales par lesquelles il s’est efforcé d’édifier les personnes. Ses visites effectuées aussi bien dans les paroisses que dans les structures étaient des occasions de contact direct et personnel, où chacun pouvait se sentir fils d’Église et co-responsable de l’œuvre commune. Mgr de Souza avait bien compris que l’homme est la première richesse de l’Église et de la société. Voilà pourquoi il s’est tant investi pour construire l’homme. Son engagement dans la cité peut être inscrit dans cette conviction qu’il portait. Le rôle primordial qu’il a joué lors de la Conférence nationale des Forces Vives de la nation reste encore gravé dans les esprits.

Enfin l’héritage pastoral de Mgr de Souza, c’est sa vision et sa capacité de partager avec les autres. On peut le dire : Mgr de Souza avait une vision très large et très avancée pour l’Église particulière qui lui était confiée. Cette vision était grande et ambitieuse, mais réaliste, il savait la partager avec ses collaborateurs, prêtres et laïcs. C’est grâce à sa vision qu’il a réussi à impulser à l’archidiocèse de Cotonou un dynamisme dont les effets sont encore bien visibles, même si beaucoup de choses demandent aujourd’hui un engagement renouvelé et des réformes conséquentes.

On peut donc dire que l’immense héritage pastoral de Mgr de Souza, ce sont ses nombreuses réalisations, la promotion de l’homme et de tout l’homme, ainsi que sa vision.

  • Comment entendez-vous consolider cet héritage pour l’archidiocèse de Cotonou ?

J’avais dit plus haut qu’avoir eu Mgr de Souza comme archevêque était une grâce pour notre archidiocèse. L’avoir eu comme prédécesseur est une chance pour l’archevêque que je suis. Et devant l’ampleur et la qualité de l’œuvre qu’il a accomplie, on ne peut que s’émerveiller et s’engager à consolider l’héritage qu’il a laissé.

Au début de mon ministère épiscopal sur le siège métropolitain de Cotonou, l’une de mes préoccupations majeures fut de recueillir le précieux et riche héritage de mes vaillants prédécesseurs, afin que rien ne se perde de ce qu’ils ont laissé. C’est ce souci qui m’a conduit à proposer et à mettre en place pour notre archidiocèse un Plan Stratégique d’Action Pastorale. La première finalité de ce plan que j’ai initié, est de recueillir l’héritage qui nous a été laissé, afin d’éviter la dispersion des énergies et la politique de la table rase qui consiste à faire croire que rien de bon n’avait été fait avant.

Les trois objectifs stratégiques dudit Plan, à savoir la foi authentique, la communion fraternelle et la bonne gouvernance, rejoignent entièrement et directement l’héritage de Mgr de Souza. Nous savons qu’il a beaucoup insisté sur l’authenticité de la foi ; il a écrit entre autres une très belle lettre sur l’intériorisation de l’amour du prochain ; enfin, nous savons que plusieurs structures qu’il avait mises en place ont perdu de leur rayonnement faute d’une bonne gouvernance. Ainsi donc, le Plan Stratégique d’Action Pastorale est un instrument par lequel j’entends non seulement consolider comme vous le dites, mais aussi développer et étendre l’héritage laissé par mes prédécesseurs, notamment Mgr de Souza. Ainsi, ce que nous avons tous vu et admiré dans le ministère épiscopal de Mgr de Souza, nous avons l’occasion de le perpétuer et de l’étendre aujourd’hui, en mettant ensemble nos forces pour la bonne exécution de notre Plan. C’est le moyen que le Seigneur nous donne aujourd’hui pour continuer l’œuvre de son serviteur Mgr de Souza.

Avez-vous un appel à lancer aux chrétiens et citoyens béninois ?

Ma prière et mon souhait, c’est que la commémoration du décès de Mgr de Souza soit une source de motivation et de détermination. Le meilleur hommage que nous pourrions lui rendre, c’est de continuer son œuvre dans l’Église et la cité. En ces moments où nous nous préparons à aller aux élections législatives, dans une atmosphère socio-politique particulièrement délicate, que la passion de Mgr de Souza pour Dieu, pour l’homme et pour la cité nous habite et nous anime tous ! Ainsi, la paix pour laquelle il a tant lutté continuera de régner dans notre pays. Nous pouvons le faire, et nous devons le faire !


► Quelques témoignages

« L’hôpital Saint Luc est un centre de santé à vocation humanitaire »

Père Désiré Attondé Médecin (Directeur de l’hôpital Saint Luc)

L’hôpital Saint Luc, patrimoine de l’archidiocèse de Cotonou constitue un instrument précieux de la pastorale de la santé de Mgr Isidore de Souza. Sa mission est de témoigner d’une médecine au service de l’homme et de tout l’homme dans la vie selon la morale chrétienne et l’esprit de l’Évangile ; d’amener les laïcs de l’Église à témoigner de leur foi à travers leur engagement à se mettre au service des pauvres et des malades en leur réservant un accueil exemplaire ; de permettre aux populations pauvres et vulnérables, l’accès aux soins de santé. Nous disposons aujourd’hui d’un laboratoire moderne, d’une unité d’imagerie médicale. Nous offrons plus d’une dizaine de spécialités à la population. Nous pouvons affirmer que l’hôpital Saint Luc à ce jour est le plus grand centre de santé à vocation humanitaire relevant de la direction diocésaine de la santé de Cotonou. Dans la pyramide sanitaire de l’Atlantique et du Littoral, la place de l’hôpital Saint Luc n’est pas négligeable compte tenu de ses tarifs sociaux, de son accueil et de son plateau technique. Les demandeurs de soins sont de plus en plus exigeants non seulement en ce qui concerne la qualité des soins qu’ils reçoivent mais aussi de l’accueil qui leur est réservé et de l’environnement dans lequel ils reçoivent les soins. Et nous pensons quand même que l’hôpital tient la route quand on consulte ses statistiques en matière de fréquentation (plus de 40.500 patients en 2017 par exemple, et 57.695 en 2018). Notre hôpital a été également retenu pour le programme national de la césarienne gratuite et a reçu dans ce cadre pour la seule année 2018 plus de 799 femmes (celles suivies à la maternité de l’hôpital et plusieurs référées des centres de santé et dispensaires des départements de l’Atlantique et du Littoral). Il nous faut relever certains défis, dont l’amélioration du cadre d’accueil et des conditions de soins par la formation continue, la motivation du personnel ainsi que le renouvellement du plateau technique. L’Église de Cotonou, dans un processus d’accompagnement de toutes ces institutions à travers le Plan stratégique d’action pastorale 2017-2022 initié par Mgr Roger Houngbédji reste un appui solide pour nous. Nous prions et demeurons dans l’espérance qu’ensemble, nous saurons entretenir cet héritage noble d’accueil, d’entretien et d’accompagnement de la vie ; de sa conception à sa fin naturelle que nous a laissé Mgr Isidore de Souza, de vénérée mémoire.

« La mémoire de Mgr Isidore de Souza demeure vivante en nous »

Père Colbert Goudjinou (Directeur de l’Iajp/Co)

L’impact de l’Institut des Artisans de Justice et de Paix, le Chant d’Oiseau (Iajp/Co) sur la vie socio-politique du Bénin est à situer dans la qualité intérieure et la compétence des hommes et des femmes qui ont connu l’influence de sa vision intégrale de formation. Les convictions religieuses sont donc appelées à déployer leur sagesse d’humanité pour un authentique enrichissement de notre agir citoyen. Dans cette optique, l’Iajp/Co a développé de 1997 à nos jours plus de 370 formations (Colloques, symposiums, ateliers et conférences mensuelles et des tournées de mission sur le terrain dans le cadre de la vulgarisation de la Doctrine Sociale de l’Église). Dans l’esprit de l’incarnation sociale de la foi qui animait le cœur de Mgr Isidore de Souza et sous la présidence de Mgr Aristide Gonsallo, la Commission Justice et Paix sera réactivée dans tous les diocèses cette année. Une rencontre est envisagée dans ce sens et nous en sommes dans la phase de préparation immédiate. Ainsi l’impact du vécu d’une foi incarnée par une plus active présence aux situations de la vie diocésaine et paroissiale se ressentirait. Conséquemment, tout ce qui touche à l’homme dans la société et dans chaque milieu devient objet de compassion agissante de l’Église. À 20 ans de son passage à la Pâques éternelle, la mémoire de Mgr Isidore de Souza demeure vivante en nous. Son nom nous replonge dans le souvenir de la Conférence des Forces Vives de la Nation et les œuvres sociales émanant de sa pastorale, nous fournissent des raisons de rendre grâce au Seigneur pour le prophète de l’Évangile vécu en vérité qu’il a été et qu’il demeure pour notre pays et notre temps. Qu’il jouisse de la félicité éternelle et intercède pour nous !

« Mgr de Souza a un amour pour la personne humaine et la famille »

Mme Gisèle Egounlety (Médecin, ancienne directrice du Centre “Sègnon”)

Mgr Isidore de Souza a une pastorale qui touche tous les domaines de l’Homme (l’eau, la santé, le chômage des jeunes, l’agriculture et les enfants en situation difficile). Il a un amour pour la personne humaine et la famille. Il est à l’avant-garde en ce qui concerne la famille. C’est un homme qui est à l’écoute de sa société, de ses fidèles. Il est aussi le fondateur du projet familial à l’Institut Pontifical Jean-Paul II, section de Cotonou. Il conseillait aux familles les méthodes naturelles de procréation. La pastorale de la santé était aussi un volet caractéristique de Mgr Isidore de Souza. Pendant son épiscopat, la situation sanitaire des hôpitaux nationaux était très criarde. Soucieux de l’état de santé des fidèles, il a implanté plusieurs centres de santé car il pense que le Christ souffrant se retrouve aussi à travers le malade. Il est le fondateur de plusieurs hôpitaux dont : Saint Luc, Mènontin à travers son projet d’assainissement, So-Ava, etc. Il insistait sur le caractère social et humanitaire des centres de santé qu’il inaugurait. L’accueil du malade lui tenait à cœur et les cas sociaux le préoccupaient davantage. Dans ce sens, il est l’initiateur de l’association de la médecine traditionnelle et moderne appelée Sègnon. L’objectif de sa création était de s’occuper de l’accompagnement des patients envoûtés et de proposer des traitements à base de plantes médicinales.

 

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