octobre 19, 2019
Comprendre la Parole

Le fruit de l’arbre en révèle la qualité

8e dimanche ordinaire-C

Le fruit de l’arbre en révèle la qualité

 Jésus commence l’évangile du jour à travers une question: « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? ». Le contenu de cette question pourrait a priori donner l’impression de s’adresser aux responsables de communauté, ceux qui ont la charge de guider les autres. Dans ce sens, Jésus en Mathieu, désigne les pharisiens comme des guides aveugles (Mt 15, 14). Il utilise le terme par ailleurs dans un autre contexte de l’évangile de Luc (Lc 22, 26) en s’adressant à ses apôtres comme ceux qui guident et gouvernent « hégouménoi » en ayant pour principe de base le service des autres. Ce qui traduit en français le mot « Higoumènes », titre par lequel sont désignés les responsables de communauté monastique en Orient. Mais dans l’évangile du jour, la phrase introductive montre que le discours de Jésus s’adresse à la foule. C’est dire que la charge du guide incombe non seulement aux responsables de communauté mais aussi à tous, en commençant par l’auto-direction de soi qui consiste à enlever la poutre de nos propres yeux avant de passer à la deuxième étape qui est d’aider le prochain qui a peut-être moins de péchés que nous. Chacun est ici interpellé sur la lucidité intérieure qui commandite le regard sur soi et sur les autres. Le livre de Qohélet quand il dit : « Le sage a les yeux ouverts, mais l’insensé marche dans les ténèbres » (Qo 2, 14) dépeint d’un côté, l’homme lucide qui se connaît soi-même ; et de l’autre, l’homme qui n’étant pas intérieurement éclairé, s’ignore lui-même. Celui-là reste discret sur les défauts d’autrui, tandis que celui-ci se plaît toujours à transformer en montagnes, les termitières qu’il voit sur les autres en les critiquant sans répit et de façon malveillante. Ainsi ce que nous disons sur les autres, exprime notre être profond. Jésus et le Sage Ben Sirach abordent la thématique de la parole comme le lieu révélateur du fin fond de chaque homme.

Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur

C’est toujours facile de prononcer le jugement à partir du rapport à la loi qui convainc de péché et accable qui y enfreint. Ainsi l’homme est aux aguets pour établir sur la base de la transgression de la loi, les grands pécheurs d’une communauté, mais ses yeux intérieurs frappés de cécité ne lui permettent pas de voir souvent dans la personne du pécheur repenti, la grâce agissante qui fait passer celui-ci de la mort qu’entraîne le péché à la Vie qu’a méritée le Christ pour nous. Que de paroles qui condamnent ceux qui sont déjà justifiés par le Christ et que la bouche de leurs frères enferme toujours dans le passé peu glorieux ! Et que de personnes qui  laissent juger de quelle étoffe elles sont faites à force de parler sans ménagement des autres mais aussi de tout et de rien ! À ce propos, le livre des Proverbes nous avertit en effet : « abondance de paroles ne va pas sans offense ; qui retient ses lèvres est avisé » (Pr 10, 19). Certes, le silence bien qu’il soit signe de sagesse et de noblesse, peut se faire parfois complice du mal. La vie de l’homme silencieux ne porte dans ce cas aucun fruit pour les autres. En disant que chaque arbre se reconnaît à son fruit, le Seigneur pense aux cœurs corrompus qui tirent de leur fond la parole qui arrache aux autres la vie de Dieu, et les forme comme un troupeau parqué pour les enfers et que la mort mène paître (Ps 48, 15) ; mais aussi il pense aux cœurs lucides et intelligents qui tirent du fond de leurs bons cœurs, des ressources de la parole inspirée qui prépare une multitude pour le Ciel. C’est à leur sujet que le livre de Daniel dit : « Les doctes resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui ont enseigné la justice à un grand nombre, comme les étoiles pour toute l’éternité » (Dn 12, 3).

Dans ma vie

Si mon silence ne fait place à la franche parole quand c’est nécessaire ou si mes paroles sont une infinité de blagues qui n’édifient personne, je dois m’inquiéter sur le type de fruits que je porte pour les autres.

À méditer

« Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? » (Lc 6, 41).

À lire

(Si 27, 4-7 ; 1 Co 15, 54-58 ; Lc 6, 39-45)

Père Antoine TIDJANI (BIBLISTE)

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