Editorial

Face à la fragilité

« Tu es poussière et tu retourneras à la poussière » (Gn 3, 19), proclame le prêtre en marquant le front du pénitent d’une croix de cendre, pendant la célébration des Cendres. Geste significatif qui donne le coup d’envoi du temps de Carême. Par ce geste, le célébrant indique que les jours de l’homme « sont comme l’herbe et la fleur des champs qui fleurit : sur lui, qu’un souffle passe, il n’est plus » (Ps 103). Ainsi, chaque année, au début du temps de Carême, l’Église nous propose de méditer sur notre rapport à la fragilité et à la vulnérabilité dans un monde qui s’appuie sur la volonté de puissance et refuse la dépendance.

En effet, dans notre manière d’être chrétien peut transparaître notre rapport à la fragilité. Que cherchons-nous dans la course aux miracles, dans la ruée vers les sacramentaux, dans les expériences spirituelles d’affirmation de soi, si ce n’est l’acquisition d’une force sans faiblesse ?

Or si notre vie n’est que l’expression de nos désirs et de notre volonté de puissance, il n’y aura jamais de place pour Dieu et pour le prochain. Et nous serons insensibles à la souffrance, en particulier des plus fragiles, des personnes vulnérables, en situation de handicap ou de tous ceux qui sont dans un état de faiblesse.

En souhaitant tout contrôler, en cherchant à gommer la faiblesse, à l’exclure voire à la supprimer, l’homme oublie la réalité de la plus grande faiblesse humaine : la mort, à laquelle nul ne peut échapper. C’est pourquoi, au lieu de fuir ou de nier notre fragilité, nous devrions plutôt l’assumer comme source de fécondité. Il s’agit d’accepter ses limites, de s’en servir comme moteur de vie pour avancer, car « lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 10) affirme Saint Paul. C’est d’ailleurs le sens que revêt le temps de Carême, chemin qui s’ouvre par le signe de mort (le geste des Cendres) et qui en quarante jours nous conduira à la joie de la Résurrection.

Puissions-nous changer nos habitudes, revoir nos certitudes et nous ouvrir à la grâce de ce temps de conversion, en y puisant l’énergie nécessaire pour avancer vers le Seigneur !

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