mars 20, 2019
Politique

29 ANS APRÈS LA CONFÉRENCE DES FORCES VIVES DE LA NATION : « Convertissons-nous et ayons un peu d’amour pour notre pays »

29 ANS APRÈS LA CONFÉRENCE DES FORCES VIVES DE LA NATION

« Convertissons-nous et ayons un peu d’amour pour notre pays »

(Entretien avec Mme Gisèle Adissoda da-Matha, Déléguée de l’Église catholique à la Conférence des forces vives de la Nation en février 1990)

Du 19 au 28 février 1990, le Bénin a montré la voie du Renouveau démocratique sans effusion de sang à tout le continent africain. Un label béninois très apprécié de l’extérieur pendant qu’à l’intérieur du pays, l’héritage de cette Conférence est mal conservé. Dans cet entretien, Mme Gisèle Adissoda da-Matha évoque quelques moments forts des travaux. Elle appelle à la prise de conscience des cadres et des politiciens béninois.

La Conférence nationale a débuté le 19 février 1990 avec beaucoup d’incertitude, d’inquiétude et d’appréhension de la part des différentes délégations composés d’hommes politiques, de représentants des confessions religieuses, des syndicalistes, etc. Il y a eu des moments difficiles et beaucoup de tensions. Les partisans du Parti de la Révolution Populaire du Bénin (Prpb) pensaient que la Conférence allait favoriser un coup d’État contre le président Mathieu Kérékou dont le régime était déliquescent. D’où la nervosité observée sur la question de la souveraineté de la Conférence.

La composition du présidium de la Conférence a également été un enjeu de taille pour le contrôle des assises. Néanmoins, la communion a été établie au cours des échanges pour aboutir à un véritable consensus. Car chacun s’est rendu compte qu’il fallait sauver la patrie du danger qui la guettait et avait accepté des compromis afin que les difficultés soient aplanies. Tout ceci accompagné de la pensée positive de tout un peuple, de la prière des uns et des autres et surtout, du doigté de Mgr Isidore de Souza. Son leadership, son calme contrairement à son caractère, ont été salvateurs. La reconnaissance de la souveraineté de la Conférence a suscité un élan patriotique traduit de façon spontanée par l’exécution en chœur de l’hymne national. Ce qui a calmé les esprits et instauré un climat de paix entre les délégués mais non sans appréhension.

Certains délégués ont risqué leur vie en 1990 pour que la patrie soit sauvée. Nous avons été tous menacés, injuriés à des moments donnés. Rappelez-vous de l’agression verbale du Général Pancrace Brathier menaçant d’anéantissement tous les délégués au regard des propos de certains qu’il avait jugés désobligeants à l’endroit du Grand Camarade de lutte. Néanmoins, nous avions tenu bon, acceptant ce sacrifice pour la patrie. 29 ans après la Conférence des forces vives de la nation, l’alternance démocratique reste le seul vrai héritage conservé au Bénin et encore, avec moult intrigues. Tout se passe ces dernières décennies comme si l’après Conférence est pris en otage.

La liberté d’opinion presque confisquée ; la presse nationale sous l’emprise des pouvoirs politiques et financiers ; l’identité des Institutions de la République peu perceptible et la séparation des pouvoirs presque inexistante. Certains de nos hommes politiques offrent le triste spectacle d’être sans idéal, et beaucoup d’entre eux sont sans idéologie ni conviction. Hélas ! Bonjour la transhumance et les soutiens à géométrie variable sans sourciller. Beaucoup de cadres manquent de courage pour dire la vérité à leurs chefs hiérarchiques et cautionnent les compromissions par leur silence.

Conséquences désastreuses aux plans politique, économique et surtout social. D’où la déchéance à tout point de vue. Nous avons oublié que pour réussir, il faut en plus du travail, la discipline, la rigueur personnelle et collective. Tous les citoyens de ce pays surtout les cadres, doivent à présent faire leur examen de conscience. Convertissonsnous comme nous l’avaient demandé nos pères évêques en 1990, et ayons un peu d’amour vrai pour notre pays pour arrêter le cours du perpétuel recommencement.

Propos recueillis par Florent HOUESSINON et Ferrante GNIMADI STAGIAIRE

Repères

Quelques colloques organisés en 2010, en 2015 et en 2018 pour commémorer la Conférence des forces vives de la Nation :
– 2010 : Colloque sur les 20 ans de la Conférence nationale ; thème : Halte au soliloque permanent.
– 2015 : Colloque du Réseau philosophique de l’interculturel ; thème : lancement des actes du Colloque “Justice, culture et charité” de janvier 2013.
– 2018 : Colloque de Social Watch Bénin et de l’Observatoire chrétien catholique de la gouvernance ; thème : Conférence des forces vives de la Nation : Devoir de mémoire et d’engagement pour le futur.

 

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