avril 26, 2019
Politique

COLLOQUE SUR LES RELIGIONS, LA POLITIQUE ET LE DÉVELOPPEMENT : Réinventer la démocratie en Afrique avec Mgr de Souza

COLLOQUE SUR LES RELIGIONS, LA POLITIQUE ET LE DÉVELOPPEMENT

Réinventer la démocratie en Afrique avec Mgr de Souza

En prélude au 20e anniversaire du rappel à Dieu de Mgr Isidore de Souza, l’École d’initiation théologique et pastorale (Eitp) de l’archidiocèse de Cotonou a organisé du 1er au 3 février 2019, un Colloque international pour honorer la mémoire de l’illustre évêque disparu et commémorer pour la circonstance, le premier anniversaire de l’Eitp. À la croisée des différentes communications sur les religions, la politique et le développement, la pastorale sociale de Mgr Isidore de Souza a été prescrite pour réinventer la démocratie en Afrique.

« Religions, politique et développement ». C’est le thème qui a réuni à Bénin Marina Hôtel et à l’Espace Antou, les 1er, 2 et 3 février 2019, les chercheurs béninois et étrangers sur l’initiative de l’École d’initiation théologique et pastorale (Eitp) de l’archidiocèse de Cotonou. Au détour des différentes communications, on se rend compte de l’opportunité de saisir l’œuvre de Mgr Isidore de Souza comme une esquisse de la réinvention de la démocratie en Afrique. La toute première communication axée sur la « démocratie, état de droit et élections en Afrique : acquis, fragilités et perspectives », animée par le professeur Ibrahim David Salami, a mis en exergue l’échec de la démocratie en Afrique avec la résurgence des pratiques monopolistiques et l’hypertrophie des pouvoirs du chef de l’État.

Ce qui met à rude épreuve la séparation des pouvoirs proclamée par les Constitutions. « Revisiter les arrangements juridiques et institutionnels n’est plus une option », pense l’agrégé de droit et avocat au barreau de Cotonou. La conviction du professeur Salami, au terme de sa communication, reste sans ambages : « Il est indispensable d’ouvrir de nouvelles routes ». Pour être plus concret, la communication de Mme Célestine Zanou, leader politique, va présenter la figure de Mgr Isidore de Souza comme un homme au service de l’Église qui n’a jamais perdu de vue sa vocation, même au cœur de son engagement politique. « Si Mgr Isidore de Souza n’avait pas existé à l’époque de la Conférence nationale, le Bénin l’aurait inventé », soutient-elle.

En cela, le père Justin Agossoukpèvi, formateur au séminaire de Philosophie Saint Paul de Djimè, a révélé la vision prophétique de l’homme de Dieu voire les axes majeurs de son action théologico-pastorale : Approfondir la connaissance de JésusChrist pour une foi authentique, former les agents pastoraux pour un témoignage de vie authentique, œuvrer pour le développement intégral et solidaire de toutes les couches sociales, dialoguer en vue d’une réconciliation du spirituel et du politique. En faisant un rapprochement entre la figure du prophète Jérémie et l’éclairage biblique sur la mission politique, le pasteur Thimothée Gandonou a souligné les traits importants pour le processus de médiation conduit par Mgr de Souza au cours de la Conférence des forces vives de la Nation. « Des frustrations et mécontentements qui se signalaient tous azimuts, en effet, le Bénin s’en est sorti uni, sous la conduite de cet homme de foi, partisan de la médiation prophétique au Bénin », souligne-t-il.

Il s’en suit que « dans la médiation, le langage est courtois et diplomatique. La vérité se dit dans la courtoisie et la courtoisie dans le langage procure sûrement la victoire ». Dans sa communication, Maître Michel Tchicaya a insisté sur l’urgence renouvelée de la médiation de l’Église au Bénin. « Sa sagesse, sa prière et son intervention contribueront à ouvrir un chemin d’espoir dans la nuit pour apporter les solutions aux problèmes qui se posent aux populations », fait-il observer.

Madame Blandine Chelini-Pont a, pour sa part, proposé deux axes de réflexion pour évaluer l’action sociale de l’Église en Afrique : la pédagogie politique et la pédagogie du vivre ensemble et de la réconciliation. « On sait qu’en Côte d’Ivoire, au Nigéria, en Rdc, des prêtres ont été assassinés pour avoir fait l’option de tels engagements de l’Église sur l’arène socio-politique : c’est à ce prix, tout de même, que son témoignage constant, répétitif, et éducatif porte les fleurs de la promesse et participe ainsi à la reconfiguration politique de l’Afrique en ce début du 21e siècle », a-t-elle expliqué.

Dans sa communication, le directeur de l’École d’initiation théologique et pastorale, le père Rodrigue Gbédjinou, s’est essentiellement préoccupé de l’éthique politique qu’il entend comme « la promotion des valeurs capitales dans la politique en Afrique ». Il a insisté sur les valeurs en politique et en démocratie dans la pensée et les œuvres de Mgr Isidore de Souza. Lesquelles valeurs se résument en la conscience éthique, la vérité, et la mémoire. « La prise en considération de ces valeurs indispensables à la politique, tel que l’on le découvre dans l’héritage intellectuel de Mgr Isidore de Souza, implique l’éducation des jeunes générations et sollicite, par conséquent, l’aide et l’engagement de l’Église », conclut-il.

Le colloque s’est achevé le dimanche 3 février 2019 par la messe du 1er anniversaire de l’Eitp qu’a présidée l’archevêque de Cotonou, Mgr Roger Houngbédji, à la chapelle du Grand Séminaire Saint Gall de Ouidah. Ceci, après un pèlerinage intitulé « Sur les pas de Mgr Isidore de Souza », qui a conduit les participants à revisiter et méditer quelques-unes des pensées fortes de l’illustre disparu à la Place Chacha, à la Porte du Non Retour, à la Porte du Salut, à la Basilique de Ouidah, au Fort Français puis au Gand Séminaire Saint-Gall suivi, à la cathédrale Notre-Dame de Cotonou, d’un hommage à la tombe du prélat défunt avec dépôt de gerbe de fleurs.

Et c’est au Père Mathieu Aïfan qu’est revenue la charge de présenter à l’assistance, à l’issue de la messe de clôture, les conclusions du Colloque à travers la lecture du rapport général. Ainsi, « De Bénin Marina Hôtel à Ouidah en passant par l’Espace Antou, nous nous sommes souvenus de Mgr de Souza. Et dans un transport de joie nous repartons missionnaires enflammés, témoins intrépides de Jésus-Christ pour sillonner les chemins du Bénin et du monde avec le courage et l’ardeur qui caractérisaient celui qui aimait s’appeler “Botoyi”, “Prends en attendant” ».

Jean Claude KOUDESSA

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