avril 26, 2019
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CINQUANTENAIRE DE L’UNION DU CLERGÉ BÉNINOIS Mémoire et promesses d’une fraternité agissante

CINQUANTENAIRE DE L’UNION DU CLERGÉ BÉNINOIS

Mémoire et promesses d’une fraternité agissante

De l’Organisation du clergé dahoméen (Ocd) en 1967 à l’Union du clergé béninois (Ucb) en 1969, les abbés Barthélemy Adoukonou, Robert Sastre, Isidore de Souza, Nestor Assogba, Nicolas Okioh et bien d’autres ont travaillé à l’émergence d’un clergé africain distinct de la société missionnaire. 50 ans après le cri à l’inculturation, l’Union du clergé béninois semble rechercher un nouveau souffle. L’appel à la communion fraternelle, la relecture du statut de l’Union et les différentes communications de la 47e Assemblée générale tenue du 4 au 8 février 2019 au Grand Séminaire Saint Gall de Ouidah ouvrent un nouvel horizon pour la fraternité agissante.

► Adopter la nouvelle dynamique de l’Union

Le mardi 5 février 2019, dans l’enceinte du séminaire Saint Gall de Ouidah, s’est tenue la messe d’ouverture de l’Assemblée générale de l’Ucb avec la participation de plus de 600 prêtres béninois et étrangers. Le thème de cette rencontre : « 50 ans de l’Ucb, bilan et perspectives ».

Nous voulons « tracer le cadre de la nouvelle dynamique de notre Union et ouvrir de nouveaux chantiers pastoraux de l’évangélisation dont nous partageons la charge avec nos évêques». C’est l’objectif principal de cette 47e Assemblée générale de l’Union du clergé béninois (Ucb) qui s’est tenue du 4 au 8 février 2019 au séminaire Saint Gall de Ouidah. À la messe d’ouverture de cette rencontre, le mardi 5 février 2019, Mgr Roger Houngbédji, Ordinaire du lieu, en a précisé le contenu en lien avec le double jubilé des 90 ans de sacerdoce du père Thomas Mouléro et des 50 ans de l’Ucb. « Il est important que cet anniversaire retentisse dans chaque cœur de prêtre comme un appel insistant à vivre l’idéal de la sainteté sacerdotale dans toute sa radicalité aujourd’hui», affirme-t-il. Dans son homélie, l’archevêque de Cotonou a mis l’accent sur trois traits fondamentaux de JésusChrist qui définissent le prêtre : la compassion, la foi inébranlable et la force intérieure. « Le prêtre configuré au Christ doit être rempli de Dieu. Nous ne devons pas être spirituellement vides », renchérit-il. Après la messe d’ouverture, le mardi 5 février 2019, place a été faite à la cérémonie d’ouverture. À l’entame de ladite cérémonie, le père Patrick Sabi Sika, délégué national de l’Ucb, a salué la présence massive des confrères béninois, celle des délégations du Togo, du Niger et du Sénégal. Il a ensuite exposé les grandes lignes de l’histoire de l’Union du clergé béninois. « Aujourd’hui, les énergies se dispersent. Il y a moins d’engouement. Les participations aux assemblées baissent », constate-t-il, avant d’appeler au ralliement de « toutes les forces de ses membres autour de la mission commune : l’annonce de l’Évangile ». À son tour, le maire de la ville de Ouidah, Mme Célestine Adjanohoun, a souligné le rôle prééminent du prêtre dans la société. « C’est à travers le ministère que vous exercez en tant que prêtres du Christ que l’Église œuvre à l’humanisation des personnes dans un processus qui permet à chaque individu de s’accomplir en tant qu’Homme et de trouver pleinement sa place dans la marche du monde », a-telle déclaré. Quant au préfet du Littoral, il a souhaité ardemment que les prêtres maintiennent toujours le cap de la sanctification du peuple béninois. « Je fais notamment allusion à votre rôle d’éveilleurs de conscience et de modérateurs chevronnés que vous n’avez jamais cessé de jouer dans votre quête permanente et résolue non seulement de la paix sociale, mais aussi du bien-être général et de l’ordre public », précise-t-il. Après les officiels, la parole a été donnée à Mgr Roger Houngbédji, archevêque de Cotonou. Le prélat a exprimé le désir que ces assises soient un véritable creuset pour vivre à fond la fraternité, à la suite des aînés qui ont su bâtir cette Union depuis un demi-siècle. L’Assemblée générale a été déclarée officiellement ouverte par Mgr Antoine Sabi Bio, évêque chargé du clergé à la Conférence épiscopale du Bénin.

Servais YANTOUKOUA (CORRESPONDANT NATITINGOU)

► S’adapter aux nouveaux défis pastoraux

« Je me pose sincèrement la question de savoir pourquoi nous sommes devenus bien frileux et même craintifs à prendre en compte la question de l’Inculturation ». C’est une telle interrogation du père Cyprien Tindo qui a relancé la première communication de la 47e session de l’Union du clergé béninois, le mardi 5 février 2019. « Par temps de détresse, il importe davantage de penser plus originairement », ajoute-t-il après avoir fait un bilan peu reluisant de l’Union qui commémore son cinquantenaire. Il a situé les nouvelles responsabilités des structures de l’Ucb et il a suggéré la promotion des éditions Confluents, la création d’un Observatoire de l’Union pour la pastorale de l’Inculturation, et la mise sur pied d’une commission de réappropriation des travaux et conclusions. La deuxième communication, celle de Mgr Barthélemy Adoukonou, a porté sur le thème : « “Je suis prêtre et j’entends le demeurer”. Mgr Isidore de Souza et la question pastorale de l’inculturation ». Au travers de ce thème, le secrétaire émérite du Conseil pontifical de la culture a rappelé les circonstances de la naissance du concept de l’inculturation, les  résistances connues et l’implication personnelle de Mgr Isidore de Souza quant à la promotion du Sillon Noir. « Mgr Isidore de Souza a été d’une fidélité exceptionnelle à ce mouvement dont le chemin a été semé de beaucoup d’incompréhension, et même de procès d’intention le faisant passer notamment comme une entreprise de domination ethnique des fons d’Abomey », fait-il remarquer. « Le souci du Sillon Noir est plutôt d’éveiller les “intellectuels communautaires” partout en Afrique pour dialoguer avec eux, à partir de leur accueil de la foi chrétienne dans la culture qui est la leur et aussi la nôtre », précise-t-il. «L’inculturation révèle qu’au commencement était l’Amour. Quand elle se produit, il y a une intime guérison de la raison qui sort de son étroitesse et de son instrumentalité pour avoir son ampleur de raison large », renchérit-il. « Je suis prêtre et j’entends le demeurer ! » Ce leitmotiv de Mgr de Souza « sonne alors comme un cri de ralliement lancé à tous les prêtres pour leur implication commune à former des “hommes justes” pour valablement se servir dans l’agora politique afin de faire émerger les “structures justes” ». Le jeudi 7 février 2019, les participants ont assisté à la communication du père Eric Nassara sur « la problématique du phénomène de la pédophilie en Occident et ses retombées en Afrique ». Au cours de la messe de clôture célébrée à la Basilique de l’Immacilée Conception de Ouidah par Mgr Antoine Ganyé et concélébrée par quatre autres évêques du Bénin : Mgr Barthélémy Adoukonou, Mgr Antoine Sabi Bio, Mgr Aristide Gonsallo et Mgr François Gnonhossou, le père Éfoé-Julien Pénoukou va tracer trois pistes pour rédorer le blason de l’union. Il invite à quitter la montagne du Sinaï pour marcher sur la montagne de Sion où « Dieu se fait humble ». « Pas d’appel sans envoi en mission. Pas de vocation sans envoi en mission», conclut-il tout en saluant les initiatives pour la fraternité sacerdotale. Dans ce sens, le communiqué final de cette 47e assemblée générale recommande de considérer le père Thomas Mouléro comme un modèle à suivre et à imiter, de créer un observatoire de l’inculturation, de favoriser l’entente mutuelle et la fraternité au sein du clergé, de prier avec les fidèles pour le bon déroulement des prochaines élections et de lutter contre la démolition des valeurs africaines. A la fin de la messe, Mgr Antoine Ganyé, et les pères Jacques Amoussou, Xavier Tohouégnon, Simon Pédro Dossou, Georges Oloudé et ÉfoéJulien Pénoukou, ont été distingués en cette année où ils célébrent leur jubilé d’or de sacerdoce.

Stanislas AMOUSSOU


► « Se mobiliser pour préserver l’Afrique et son peuple de toutes les tentatives de la promotion d’une culture de mort »

Au cœur des différentes activités de cette 47e Assemblée Générale était inscrite la révision des statuts de notre Union comme fruit concret de la redéfinition de notre identité commune et l’urgence d’une reconnaissance officielle de la Conférence Épiscopale du Bénin, indispensable pour une reconnaissance publique. Plusieurs conférences et échanges ainsi que des travaux en carrefour ont permis d’approfondir le thème et ont donné lieu aux résolutions et recommandations suivantes : – Considérant que le jubilé d’or de l’Ucb est célébré providentiellement au lendemain de la célébration du 90e anniversaire de l’ordination presbytérale du premier prêtre béninois, le père Thomas Mouléro ; – Considérant que la célébration d’un jubilé est toujours l’occasion de revisiter l’histoire pour mieux organiser l’avenir ; – Considérant la nécessité pour tous les prêtres de fédérer toutes leurs compétences autour des idéaux communs face aux multiples tentatives de déconstruction de l’homme noir ; – Considérant qu’au milieu de son peuple, le prêtre travaille à la sanctification mais également à la promotion de la justice et de la paix ; Les prêtres béninois rassemblés au sein de l’Union du Clergé Béninois (Ucb) s’engagent :

1- À considérer le père Thomas Mouléro, non pas comme le simple souvenir du premier prêtre mais davantage comme un modèle sacerdotal qui nous appelle à vivre l’idéal de la sainteté sacerdotale dans toute sa radicalité et être présence réelle du Christ au milieu de notre monde ; à faire connaître le père Thomas Mouléro au peuple de Dieu et à faire inscrire son histoire dans la formation des futurs prêtres ;

2- À repartir des idées fondatrices qui ont préparé la genèse de l’Union du Clergé Béninois en travaillant davantage la question de l’inculturation grâce à la création d’un observatoire de l’Union pour la pastorale de l’inculturation portée par tout le peuple de Dieu en chaque diocèse; à travailler à la création d’un Conseil des Ainés et Anciens Délégués Nationaux pour aider à l’animation de la Fraternité en l’Ucb ;

3- À faire renaître la revue de l’Ucb, « Confluents » comme lieu d’échanges et de promotion des recherches scientifiques des prêtres ;

4- À susciter plus d’intérêt à toutes les initiatives sacerdotales de nature à favoriser l’entraide mutuelle et la solidarité entre prêtres et entre les structures interdiocésaines ; à adopter la Fondation Thomas Mouléro comme un creuset de solidarité entre prêtres et au service des prêtres ;

5- À exhorter tous les fidèles à la prière et à un comportement exemplaire pour le bon déroulement des élections prochaines dans notre pays ; En outre, les prêtres béninois rassemblés au sein de l’Union du Clergé Béninois (Ucb) recommandent à tous les acteurs de l’ordre civil, autorités politico-administratives, société civile et toutes les personnes de bonne volonté,

6- De travailler aux côtés de l’Église pour combattre toutes les formes de démolition de l’Homme noir et de sa culture. Les prêtres béninois rassemblés au sein de l’Union du Clergé Béninois (Ucb), lancent un appel filial à tous les évêques du Symposium des Conférences d’Afrique et de Madagascar (Sceam) :

7- D’inscrire à l’ordre du jour de leur Jubilé d’or, la nécessité de redéfinir, à partir d’une problématique commune établie, les manières d’agir pastoralement pour une fois authentique en Afrique.

8- De se mobiliser pour préserver l’Afrique et son peuple de toutes les tentatives de la promotion d’une culture de mort, de l’asservissement de ses dirigeants, de l’exploitation de ses ressources pour le triomphe d’une civilisation d’amour, de fraternité et de solidarité entre ses peuples.

Enfin, cela est entendu de tous, que le premier Bâtiment du Grand Séminaire SaintGall datant de 1914 est susceptible d’être considéré comme patrimoine national et même inscrit au nombre des patrimoines de l’Unesco, vu son importance historique dans la formation des futurs prêtres et de nombreux éminents cadres de notre pays. L’Union souhaite que des démarches soient entreprises effectivement à cette fin.

Fait au Séminaire Saint Gall, Ouidah, le 7 février 2019

R. Père Hubert KÊDOWIDÉ, Secrétaire Général

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