août 18, 2019
Politique

LÉGISLATIVES 2019 AU BÉNIN : Des populations peu enthousiastes

LÉGISLATIVES 2019 AU BÉNIN

Des populations peu enthousiastes

À moins de trois mois des élections législatives du 28 avril 2019, la population béninoise semble indifférente face à l’enjeu du scrutin. La publication du calendrier électoral par la Céna n’a guère changé l’ambiance peu enthousiaste qui s’observe dans le pays.

Bon an, mal an, les jours s’égrènent et la route vers les prochaines législatives n’est plus longue. Les principaux acteurs de la compétition s’apprêtent pour faire de ces échéances, une des plus réussies. L’ambiance à la Commission électorale nationale autonome n’est plus de tout repos : réception officielle de la Lépi ; publication de la liste des pièces à fournir par les candidats aux élections législatives ; rencontres avec les parties prenantes au processus électoral, les partis politiques, les autorités gouvernementales, la société civile, les forces de défense et de sécurité, les médias, les confessions religieuses, le Cos-Lépi, les Ptfs, l’enregistrement des candidatures aux postes d’agents électoraux. Plusieurs autres rencontres de la même veine s’échelonnent sur le calendrier électoral de la Céna pour ce nouveau mois qui commence, et ce sera ainsi jusqu’au soir du 28 avril 2019, le jour des élections.

Et tout cela est beau et bien ! Mais comment tout cela se voit et se vit au niveau des populations, les potentiels électeurs ? La question préoccupe et fait réfléchir plus d’un citoyen. Outre quelques tournées de certains partis politiques constitués en blocs dans certains départements du pays et quelques fois en violation flagrante de la loi électorale et récemment dénoncées par la Céna, tout semble calme et plat. Tout semble donner l’impression que les élections ne sont pas imminentes qu’on a le temps d’y penser plus tard. « Les déballages en direct sur les antennes de la Radiodiffusion nationale dans le cadre du procès Icc-Services m’ont même fait oublier que les élections du 28 avril sont déjà là.

Je ne ressens rien », confie un haut cadre de l’administration publique dans un débat informel sur la question. Comme lui, ils sont nombreux à se demander s’il vaut la peine d’aller voter. Pascal N., un cuisinier à N’Dali avoue : « C’est vrai que ce sont des élections législatives. Mais je ne sens aucune ambiance pré-électorale ou électorale ici à N’Dali. Je ne sais même pas si le jour du vote j’irai voter ; puisque, entre temps, les politiciens nous avaient dit de jeter nos cartes Lépi, qu’elles ne comptent plus, que c’est désormais la carte du Ravip qui sera utilisée pour les élections. Ce que nous avions fait ». Pascal ajoute : « D’ailleurs les élections dont vous parlez n’ont aucun intérêt pour moi. Elles vont être des formalités qui ne reflèteront pas le choix et le désir des populations ».

La situation paraît plus désolante pour certains. Jéronime Assiba, vendeuse de tissu au marché Dantokpa est démotivée : « Vous dites qu’il y aura élection le 28 avril. Et nous ne savons même pas si la plupart des partis politiques qui venaient habituellement nous voir, veulent aller oui ou non à ces élections. Jusqu’à maintenant on ne dit pas comment nous allons voter et on ne les voit pas. Moi, je suis même fatiguée des élections ». Constantin, un agent de la Caritas-Bénin, tente de justifier son peu d’intérêt aux échéances qui arrivent et dont il est bien conscient : « Les populations sont découragées à cause de la dure gestion du pouvoir de la Rupture et des réformes engagées et qui selon elles ne les considèrent pas ».

Il ajoute par ailleurs que « la constitution des blocs “Républicain” et “Progressiste” où vont se réfugier presque tous les hommes politiques ne me rassure pas. Cela me dérange». Les raisons de la morosité électorale actuelle au Bénin varient selon les satisfactions ou insatisfactions des uns et des autres et sont multiples. Dame Antoinette Francisco rencontrée à la place de l’Étoile rouge à Cotonou est sans ambages : « Je ne suis pas intéressée par la question des élections législatives. Depuis près de 50 ans que je vote, le pays fait du surplace. Il n’y a pas de changement tangible ». Ce n’est pas le cas de Rodolphe Avocèfohoun : « C’est très bien de savoir que les élections sont en vue. C’est un tremplin pour se faire de l’argent.

Je ne me ferai pas compter. Je vais mouiller le maillot pour engranger le maximum chez les candidats. Leurs capacités ou leurs qualités à tenir dans l’hémicycle ne m’intéressent guère ». Son concitoyen, Constant Vitodénou, statisticiens de formation, d’expliquer : «Je constate que la mouvance semble bien organisée pour les prochaines législatives. On sent bien les lignes bouger et des regroupements de ce côté. En revanche, l’opposition semble déserter le terrain. La population n’est pas motivée pour l’enjeu imminent des élections qui arrivent. En 2015, nous avions vécu la fièvre électorale avant les élections.

Cette réticence des populations s’explique à mon avis par le manque d’informations sur la nouvelle réforme des partis politiques et sur la reconfiguration de la classe politique ». De son côté, l’hôtelier Sylvestre basé à N’Dali, tout pressé de voir ce jour “J” des élections, déplore le peu d’enthousiasme populaire avant d’ajouter : « La population a l’impression qu’on prive les politiciens de leur liberté de circuler afin de nous parler de leurs ambitions. La preuve, c’est que jusqu’à ce jour, contrairement à d’autres villes, ni la mouvance ni les opposants ne sont venus à N’Dali pour parler à la population ».

Quelque peu indifférent, Idriss Didibaba attend de jouer son rôle d’électeur : « C’est un devoir civique d’exprimer son suffrage. Les Béninois et Béninoises attendent les législatives prochaines pour sanctionner ou pour confirmer le régime en place ». Et le juriste Ange Hèkpazo de conclure : « J’espère que les choses vont s’améliorer avec ces élections législatives. Je souhaite que tout se passe dans la paix, l’unité et la concorde et que les réformes produisent leurs fruits ».

Guy DOSSOU-YOVO

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