juillet 19, 2019
Comprendre la Parole

COMPRENDRE LA PAROLE : Le prophète de Nazareth et des autres aujourd’hui

COMPRENDRE LA PAROLE

Le prophète de Nazareth et des autres aujourd’hui

Depuis le dimanche dernier, la liturgie nous a conduits dans la synagogue de Nazareth où Jésus parmi les siens a lu le texte de la prophétie d’Isaïe bien connu de son auditoire. Sans peine, tout lecteur peut comprendre que Jésus signifiait à l’assemblée, son identité de prophète à la déclaration: « Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». L’adverbe « aujourd’hui », sêmêron en Grec, définit Jésus comme celui qui actualise le salut concret de Dieu pour son peuple. L’inauguration de ce temps de salut commença par la venue du Messie en ce monde telle que cela a été annoncé par les anges aux bergers : « Aujourd’hui, vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur » (Lc 2, 11).

Dans le ministère public de Jésus, cet adverbe souligne le caractère extraordinaire et la puissance du salut apporté par Jésus à chaque homme souffrant. C’est bien cela qu’exprimait l’émerveillement de la foule à la guérison du paralytique : « Nous avons vu d’étranges choses aujourd’hui » (Lc 5, 26). Jésus Lui-même, dans un autre épisode de Luc, en prononçant ce mot deux fois à l’adresse de Zachée (Lc 19, 5.9), parle en termes clairs du salut qui devient une réalité pleinement présente dans la vie et dans la maison de Zachée, du fait de la visite qu’il a pris l’initiative de lui rendre.

Le salut, comme on peut le comprendre, est venu sur notre terre, dans nos pays, nos familles, nos collectivités et nos lieux culturels dès lors que nous avons rencontré le Christ. Notre rencontre avec le Christ dans le baptême qui marque l’aujourd’hui de notre salut est un passage de la mort à la vie qui doit transformer l’homme jusque dans les racines profondes de la culture qui s’aidera de la lumière du Christ pour se libérer des lieux de mort qu’elle comporte, et devenir des lieux de dialogue avec d’autres cultures.

De chez soi vers les autres À travers le v. 21, Jésus se présente à ses frères de race comme le prophète jadis annoncé et aujourd’hui présent sous leurs yeux. Il entend ainsi leur signifier que toute la durée de sa mission est une année de grâce pour tous. Mais eux, se méprenant sur l’universalité de sa mission, s’émerveillaient de ce que l’un d’eux, puisse du jour au lendemain se faire identifier comme le Messie attendu. Ils ne cachaient pas leur intention de l’enfermer dans les prisons des liens parentaux à travers leur déclaration : « N’est-il pas le fils de Joseph, celui-là ? ».

Un dilemme se crée ici et demande que le prophète se détermine entre le choix d’être le porte-voix des liens de sang et celui d’être le porte-voix de Dieu. Si en Grec le mot prophète (pro-phèmi) se traduit par : « je parle pour », il est évident que celui qui s’identifie comme prophète et qui prêche exclusivement pour son groupe ethnique ou pour un parti favori, est un faux prophète. Le prophète authentique parle pour Dieu. Il prend la cause de Dieu qui est pour tous. Le dessein de Dieu que Jésus vient révéler est que Dieu choisit Israël sans exclure les autres peuples de sa bénédiction.

Jésus aborde dans ce sens devant ses frères de race une thématique qui leur fait comprendre que Dieu n’est pas seulement pour Israël. Il aime aussi les païens qu’il veut sauver également. Isaïe faisait déjà comprendre que sa bénédiction est pour tous les peuples : « Béni mon peuple l’Égypte, et Assur l’œuvre de mes mains, et Israël mon héritage » (Is 19, 25).

Voilà une affirmation qui trace les pistes d’un bon dialogue interreligieux mais aussi de l’œcuménisme d’une certaine manière. Jésus illustre sa pensée à la source du passé biblique d’Israël pour rappeler que Dieu avait depuis toujours à coeur le salut des étrangers qui ne sont pas du peuple saint et celui des païens : la veuve de Sarepta a été préférentiellement sauvée par Élie au temps de la famine (1 R 17, 9), et Naaman le Syrien a été purifié de sa lèpre par Élisée (2 R 5, 14). Jésus, autant que faire se peut ne manque pas de mettre en relief la foi des païens (Lc 7, 9), des non-juifs (Lc 17, 18 ; 23, 47), des Samaritains (Lc 10, 33). Dieu aime tous les peuples, et ceux qui professent son Nom doivent militer non en faveur de la division mais de l’unité et de la fraternité entre tous les hommes.

  • Dans ma vie
    La foi chrétienne m’ouvre sur tous les autres auxquels je dois tendre la main:
    En cette année de communion fraternelle, revisiter dans nos coeurs les points de
    fermeture à l’amour sans frontières.
  • À méditer
    Le salut, comme on peut le comprendre, est venu sur notre terre, dans nos
    pays, nos familles, nos collectivités et nos lieux culturels dès lors que nous avons
    rencontré le Christ.
  • A lire

(Jr 1, 4-5.17-19 ; 1 Co 12, 31-13, 13 ; Lc 4, 21-30)

Père Antoine TIDJANI (BIBLISTE)

Related Posts