novembre 18, 2019
Editorial

Editorial

Le signal congolais

C’est fait. Joseph Kabila a passé le pouvoir à Félix Tshisékédi qui a été officiellement investi président de la République démocratique du Congo ce jeudi 24 janvier 2019. Cette passation de pouvoir marque un tournant majeur dans l’histoire politique de ce grand pays d’Afrique centrale. Car c’est la première fois, depuis l’indépendance du pays en 1960, qu’un chef de l’État sortant passe le pouvoir à un chef de l’État entrant.

Si la victoire de Félix Tshisékédi reste contestée, cette alternance pacifique au pouvoir est sans doute une victoire du peuple congolais qui a contraint Joseph Kabila à organiser les élections provinciales, législatives et présidentielle du 30 décembre dernier, après plusieurs reports depuis 2016. Dans cette mobilisation citoyenne, il faut saluer le rôle déterminant de l’Église Catholique grâce à la détermination du Comité laïc de coordination (Clc), l’association de laïcs catholiques congolais à l’origine des marches anti-Kabila début 2018, et l’engagement courageux de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) pour une alternance politique, depuis les accords de la Saint Sylvestre en 2016. Elle s’est même révélée comme la première force d’observation des élections, avec plus de 40.000 observateurs, déployés sur toute l’étendue du territoire, soit le plus grand réseau d’observateurs électoraux du pays.

S’il faut se réjouir du départ de Kabila, la victoire de Félix Tshisékédi garde pourtant un goût amer. Car on est bien obligé de constater que son élection s’est faite sur fond de controverse sur la crédibilité des résultats proclamés par la Céni et confirmés par la Cour Constitutionnelle. Surtout lorsque le parti de Joseph Kabila, le Front Commun pour le Congo (Fcc) garde la main sur l’Assemblée nationale, avec 350 sièges sur un total de 500, selon les résultats des législatives, alors que l’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps) de Félix Tshisékédi, aurait obtenu seulement une cinquantaine.

Sur la base de tels résultats, quelle sera la marge de manœuvre du nouveau président pour relever les nombreux défis de sécurité, de justice sociale, de développement et de paix? Au fond, il doit faire face à des urgences contradictoires : convaincre le Fcc de soutenir ses réformes, tout en donnant la preuve de son indépendance d’avec l’ancien régime. C’est le signe d’une véritable fragilité politique.

Serge N. BIDOUZO

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