février 24, 2019
Dossier

COLLOQUE SUR LA GOUVERNANCE MONDIALE ET LA POSTMODERNITÉ : Défendre les valeurs africaines de la famille et de la vie

COLLOQUE SUR LA GOUVERNANCE MONDIALE ET LA POSTMODERNITÉ

Défendre les valeurs africaines de la famille et de la vie

Du 7 au 12 janvier 2019, plus d’une centaine d’étudiants, d’enseignants, de fidèles catholiques et de prêtres ont réfléchi sur la nouvelle éthique destructrice dissimulée dans les programmes d’éducation en Afrique par certains bailleurs de fonds occidentaux. Sous la férule de Madame Marguerite Peeters, les conclusions de leur réflexion propose de belles initiatives pour sauvegarder l’éthique africaine et chrétienne porteuse de vertu humaine.

► La nécessité d’une Conférence nationale culturelle et idéologique

Le colloque sur le thème « Gouvernance mondiale et Postmodernité : Défis pour l’Église et les cultures africaines », ouvert le 7 janvier à Cotonou au Bénin, au Centre catholique de recherche et de spiritualité de l’Institut Supérieur des Sciences Religieuses Notre-Dame de l’Inculturation que dirige Mgr Barthélemy Adoukonou, secrétaire émérite du Conseil pontifical pour la culture, a clos ses travaux le samedi 12 janvier 2019. Sous l’animation complète de Mme Marguerite Peeters, Directrice de l’Institut pour une Dynamique de Dialogue International sis à Bruxelles, cette rencontre de Cotonou a eu le mérite à travers de très riches échanges entre les participants, d’analyser et de regarder en face la politique de destruction de la famille africaine, mise en place par l’Occident sous la pression de la gouvernance mondiale et de la nouvelle éthique. L’occasion a été donnée à l’assistance de s’initier davantage au langage pervers de la gouvernance mondiale, de s’interroger sur les dessous des « conditionnalités » qui encadrent souvent et de façon subtile les aides ou les prêts de l’Occident pour l’Afrique et qui pour la plupart, contribuent à la déconstruction des valeurs africaines. Plus qu’une session de formation, ce colloque a permis aux éducateurs, étudiants, cadres et pasteurs, d’apprécier « les éléments qui pourront les aider à discerner les défis de la nouvelle éthique mondiale à la lumière de la loi éternelle inscrite par Dieu lui-même dans le cœur de tout homme », mais aussi et surtout de refuser à « préférer les raisons de vivre à vivre ». Et Mgr Adoukonou d’avertir : « Nous sommes face à une volonté de l’Occident de recoloniser tous les peuples, de recoloniser l’Afrique. Mais nous allons crier fort dans des concepts clairs pour dire à l’Europe, qu’elle a fini de nous coloniser ». Néanmoins, le prélat espère « voir se lever en Afrique, notamment dans son pays le Bénin, une jeunesse qui prenne conscience de ce phénomène d’altération par la gouvernance mondiale, de toutes nos valeurs africaines, une jeunesse nouvelle qui sache dire non aux conditionnalités des bailleurs de fonds ». Les participants dans leur déclaration finale peuvent dès lors demander entre autres, aux autorités politiques du Bénin, la convocation d’une Conférence culturelle et idéologique nationale de toutes les forces vives des obédiences religieuses et culturelles du pays pour réfléchir sur comment éclairer à l’avenir la ratification de tout accord bilatéral et multilatéral. Et Mme Peeters peut alors s’écrier : « Je suis dans la joie parce que j’ai le sentiment qu’on est à un tournant ici au Bénin, peut-être en Afrique, qu’il y ait une prise de conscience africaine des dangers, de ce qui vous arrive d’ailleurs, et un désir d’être vous-mêmes. C’est le point de départ d’une nouvelle possibilité de développement ».

Guy DOSSOU-YOVO


► « Choisir entre la vie et la mort pour nos peuples »

(Message final de la session)

Au lendemain de la célébration solennelle de la manifestation du Verbe éternel du Père aux nations, Verbe qui éclaire tout homme et toute culture, et l’appelle à travailler à l’avènement de l’homme nouveau à la pleine stature du Christ, s’est tenue du 7 au 12 janvier 2019 à l’Institut Supérieur des Sciences Religieuses Notre-Dame de l’Inculturation, une session de formation sur le thème : Gouvernance Mondiale et Postmodernité : Défis pour l’Église et les cultures africaines.

Au fil des conférences, il nous   est apparu que la postmodernité  en Occident a induit une révolution culturelle sans précédent qui déconstruit tous les aspects de la vie en société, transforme toutes les cultures de l’intérieur et menace de déstabiliser profondément la famille, le mariage, la vie, la foi… Cette idéologie postmoderne de la déconstruction culturelle s’attaque déjà aux fondements anthropologiques et religieux de l’identité culturelle d’innombrables peuples africains. Nombreux sont en effet les pays d’Afrique qui y ont adhéré, en ratifiant les programmes des  Nations-Unies clairement exprimés dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement, les Objectifs de Développement Durable, le Protocole de Maputo… qui sont les vecteurs de propagation de la Nouvelle Éthique Mondiale.

Ayant perçu avec acuité et gravité les enjeux anthropologiques et religieux de cette mondialisation néocolonialiste menée par une minorité d’acteurs et de lobbies qui perpétuent le double déni d’humanité et de culture dont font l’objet les peuples dits non-développés, les participants saisissent cette occasion pour, non seulement éveiller les consciences, mais aussi et surtout pour interpeller les autorités religieuses et politiques de notre  pays, les institutions constitutionnelles de l’État, particulièrement   l’Assemblée Nationale et le Gouvernement, les trois Ministères en charge de l’Éducation Nationale, les Partenaires Techniques et Financiers, les Mass Media, les jeunes et les familles.

Aux responsables politiques

Il nous semble impérieux de nous adresser avec vivacité et une insistance marquée aux responsables politiques africains qui ont reçu, de leurs peuples, la charge et la mission de garantir le devenir de ce grand et beau continent, en commençant par ceux qui répondent hic et nunc de la res publica au Bénin. Il nous plaît de faire ici écho au Message du Synode Spécial pour l’Afrique, message qui fut adressé à tout le continent, alors que l’Onu organisait ces grandes conférences qui ont abouti à la Nouvelle Éthique Mondiale. En son paragraphe 35, ce message les invitait à être « des hommes et des femmes qui aiment leur peuple jusqu’au bout, et qui au lieu de se servir, servent. Il leur revient d’œuvrer à redonner de la dignité à nos pays, de travailler à les faire fraterniser et de mettre ainsi en échec les volontés d’hégémonie politique intérieures et extérieures ».

Au terme de cette session de réflexion, les participants se demandent unanimement comment  les autorités politiques au Bénin peuvent ne pas percevoir l’intention malthusienne qui se cache à peine dans les nombreux programmes et projets des Nations-Unies. Aussi formulent-ils en leur direction les propositions suivantes :

– À l’instar de la Conférence Nationale qui a réuni toutes les   composantes socio-politiques du Bénin et de la Conférence Économique qui l’a suivie, que soit convoquée une Conférence Culturelle et Idéologique qui rassemblera toutes les forces vives de toutes les obédiences religieuses et culturelles du Bénin, pour élaborer les principes et les objectifs directeurs des réformes sociales et économiques de notre pays, auxquels sera soumise la ratification de tout accord bilatéral et multilatéral.

– Que les gouvernants aient recours aux spécialistes avertis des réels enjeux pernicieux de la gouvernance mondiale, afin de mieux décrypter les termes de référence de la Nouvelle Éthique Mondiale cachés dans les textes à ratifier.

– Qu’ils financent la promotion des méthodes naturelles de régulation des naissances, plus compatibles avec la culture et l’identité africaines respectueuses de la sacralité de la vie.

– Qu’ils revoient de fond en comble le projet d’éducation sexuelle qui est sur le point d’être  introduit dans les écoles ; il nous faut tenir compte de nos valeurs africaines comme la foi en Dieu et en la sacralité de la vie, don du Créateur que nous avons seulement en gestion responsable, la virginité, la maîtrise de soi, l’abstinence, la dignité féminine, l’autorité parentale, le sens du devoir et du respect, etc.

Aux Partenaires Techniques et Financiers

– Qu’ils s’attachent à honorer la dignité de la personne humaine dans l’exercice de leurs missions. Car l’Afrique ne veut guère d’un  développement qui a l’intention  d’éroder ses richesses anthropologiques et culturelles. Elle ne veut point « sacrifier les raisons de vivre pour vivre », comme l’a enseigné Saint Paul VI au monde de ce temps. Qu’ils s’ingénient à faire cesser au plus tôt « l’inégalité structurelle » dans laquelle on s’efforce de maintenir l’Afrique, en achetant sa collaboration pour faire de ses fils et filles des «vendeurs » dans la nouvelle traite négrière postmoderne.

Aux Mass Media

– Que les Mass Media, «premier aréopage des temps modernes », contribuent à transmettre aux nouvelles générations nos coutumes qui méritent d’être reprises, ainsi que nos traditions anthropologiques et religieuses en tant qu’elles constituent le substrat de notre héritage culturel.

– Qu’ils jouent pleinement leur rôle d’éveilleurs de conscience, en évitant d’être à la solde des grands groupes d’information occidentaux qui manifestent clairement leur intention délibérée de promouvoir un style de vie sans référence morale ni anthropologique. Que les acteurs du nouveau « premier aréopage des temps modernes » prennent conscience que les experts, des jeunes de mai 68, en responsabilité dans les officines des Nations-Unies et de leurs organismes élaborent résolument un vocabulaire mensonger pour diffuser la culture de la mort dans une Afrique éprise de vie.

Aux autorités ecclésiastiques

  • Que la Conférence Épiscopale adresse une Lettre Pastorale à la Nation sur les dangers de la mondialisation de la nouvelle éthique.
  • Qu’elle éveille sa Commission de recherches socio-anthropologiques en vue de l’inculturation à l’urgence de sa mission au vu des interpellations de ce séminaire qui se termine.
  • Qu’elle organise une deuxième édition des États Généraux sur sa mission éducative face à l’invasion subreptice de l’éthique postmoderne, au terme desquels elle devra établir un projet éducatif pour ses écoles.
  • Qu’elle travaille avec les gouvernants pour revoir le document sur l’éducation sexuelle des enfants actuellement en cours de vulgarisation.
  • Que l’Église intensifie la promotion des méthodes naturelles de régulation des naissances en s’appuyant sur les différents mouvements ecclésiaux.
  • Qu’elle insère dans l’enseignement des langues nationales   déjà en expérimentation dans les écoles catholiques la sensibilisation à la prise de conscience face aux leurres de la Nouvelle Éthique Mondiale.
  • Qu’elle fasse la promotion   des valeurs culturelles africaines à travers les médias catholiques.
  • Que l’enseignement catholique évite d’intégrer in extenso le projet d’éducation sexuelle proposé par l’Unesco. Il risquerait autrement de faillir à sa mission en devenant complice de la ruine de l’humain fondamental.
  • Qu’elle organise des séances d’information au profit des jeunes sur les pièges et périls de la Nouvelle Éthique Mondiale.
  • Qu’elle intègre dans les cours d’instruction civique déjà dispensés dans les écoles catholiques des modules d’information sur les dangers du nouveau langage de l’éthique postmoderne.

Aux écoles, centres culturels, centres de recherches, instituts et universités confessionnels et publics

La présente session recommande à la suite du Message du premier Synode pour l’Afrique et Madagascar (6 mai 1994, N°53) : « de définir avec rigueur et de transmettre efficacement nos cultures en ce qu’elles ont de viable et de transmissible, tout en veillant à trouver les points de jonction possibles avec les autres cultures. Ce qui doit les caractériser sera la mise au point d’un système de coopération avec les personnes ressources de nos terroirs, sages porteurs et garants de nos traditions ».

– À ce propos, il est suggéré à l’Issr-Ndi l’organisation d’une session de formation sur l’Inculturation au terme de laquelle seront publiés des documents accessibles au large public pour mieux vivre le dialogue entre les traditions culturelles africaines et la religion chrétienne.

À la jeunesse

Pleine d’espérance et de joie,   la présente session de réflexion s’adresse aux jeunes du Bénin et de toute l’Afrique : vous êtes une grâce et une bénédiction pour nos peuples.

– Elle vous invite à vous garder des mirages des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. Passionnez-vous plutôt pour la culture de votre peuple : redécouvrez-la, aimez-la, par la foi chrétienne, travaillez à son épanouissement. Car cette culture comporte une beauté proprement métaphysique et morale à ne pas fausser ni dégrader ni détruire. Sans l’assumer, la purifier et la vivre transfigurée dans l’éclat du Verbe de vérité, de vie et de Sainteté, nous n’aurons rien à donner aux autres dans l’espace de l’interculturalité désormais clairement ouverte comme le chairos de la postmodernité.

Aux familles

La session est pleine de gratitude à l’égard des familles où père, mère et enfants s’efforcent de vivre, d’approfondir et de conserver les richesses de l’héritage culturel africain. Car elles constituent et forment, ce faisant, une digue certaine contre la culture permissive et individualiste qu’on s’efforce d’imposer aux pays africains pour plus sûrement les éliminer comme on a éliminé d’autres. C’est pourquoi, les participants à la session :

– les encouragent, pour le bien et la sauvegarde de la postérité, à persévérer avec plus de détermination dans cette belle et noble tâche. Aujourd’hui comme hier résonne encore plus strident l’avertissement des pères synodaux : « Ne laissez pas bafouer la famille africaine sur sa propre terre » !

En conclusion à ce message, il nous tient à cœur d’évoquer la  mémoire du grand linguiste ouest-africain Jean Alioune Diop. Lors du colloque sur « Les religions africaines traditionnelles comme sources de valeurs et de civilisation » organisé par la Société Africaine de Culture à Cotonou en 1970, il avertissait tout anthropologue africain de se garder d’utiliser des mots étrangers à la culture africaine pour en désigner les réalités religieuses et culturelles. Il suggérait plutôt de faire usage des vocables typiquement africains, quitte à les traduire.

Avec les travaux de Mme Marguerite Peeters, nous nous retrouvons face à une nouvelle mise en garde particulièrement pertinente, parce qu’il s’agit en réalité d’un choix entre la vie et la mort pour nos peuples. Il est évident que de la même façon que nous avons pris au sérieux la recommandation de Jean Alioune Diop, nous prendrons encore plus au sérieux celle de Mme Marguerite Peeters. C’est la tâche à laquelle  l’Institut Supérieur des Sciences Religieuses – Notre-Dame de l’Inculturation entend continuer à se dévouer.

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