juin 16, 2019
Questions/Réponses

Questions/Réponses

Question de Maxime LOKOSSA (Imprimeur)

Quand Saint Paul nous conseille de n’être inquiets de rien, est-ce vraiment réaliste dans un monde aussi dur que le nôtre ?


Réponse du père Père Jean OUSSOU-KICHO

Mon frère, en ce 3e dimanche, appelé « dimanche de la joie » du fait de l’occurrence du mot « joie » dans les textes, Saint Paul invite à la joie ininterrompue. Mais alors, en conseillant de n’être inquiets de rien, est-ce vraiment réaliste dans un monde aussi dur que le nôtre ? Paradoxe ! Rien ne s’arrangeait encore pour Paul en prison au moment où il écrivait. La 1re lecture et l’évangile s’affichent aussi dans un contexte socio-politique d’injustice sociale. Au demeurant, la morosité socio-économique et la fin de l’année avec son lot de soucis, nous laissent perplexes devant les textes. Inviter à la joie, n’est-ce pas à la limite utopique, voire injurieux pour les destinataires du message ? A première vue, la réponse est affirmative. Pourtant, les textes nous éclairent d’un côté sur la source profonde de l’impératif paulinien et, de l’autre, attirent l’attention sur les conditions d’une joie authentique pour un monde libéré des inquiétudes « non chrétiennes ».

Les sources de la joie des hommes sont en général : la recherche effrénée des biens matériels, le succès à tout sacrifice, la satisfaction pour le mal-être d’un quidam, etc. Pour nous chrétiens, ce ne sont que les raccourcis d’une joie éphémère et inauthentique.

En réalité, le chrétien tire sa joie d’abord de la présence (1re lecture) et de la proximité (2e lecture) du Seigneur accomplissant ses promesses. Ensuite, cette joie provient de sa foi. Du coup, un cœur plein de foi est toujours un cœur vide d’inquiétude, plein de sérénité et de joie, même au milieu de l’inacceptable humain pour continuer à espérer l’amélioration d’une situation. Enfin, c’est un cœur plein de l’Esprit Saint, puisque la joie est un de ses fruits. Avec Dieu, la joie est inaltérable et descend en profondeur. Cependant, cette joie plutôt verticale a une dimension horizontale pour sa complétude. C’est tout l’intérêt de l’Évangile de ce jour.

La réponse favorable des auditeurs du précurseur du Christ, dans ce monde d’individualisme et d’indifférentisme, ne peut nous laisser insensibles. La joie reçue de Dieu n’est totale que si elle est semée dans le champ des hommes. Trois lieux nous sont indiqués dans l’évangile :

D’abord, l’esprit de partage, au lieu de l’esprit d’accaparement et d’accumulation : Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. Ce sont les œuvres corporelles de miséricorde.

Ensuite, l’esprit de justice et de vérité, au lieu de l’injustice et du mensonge. La justice, dans sa perception chrétienne, est la conformité de notre volonté à celle de Dieu.

Enfin, l’esprit de paix et d’honnêteté, au lieu de l’esprit de violence et d’appât du gain qui peuvent conduire à la corruption et à ses corollaires.

Dans un milieu du monopole du bonheur, où l’injustice et le mensonge, la violence et la corruption font la loi, l’inquiétude pourrait s’installer facilement. Mais le chrétien n’a-t-il pas pour vocation de renouveler sa joie dans le Seigneur pour tenir et se maintenir dans l’espérance ? Alors mon frère, que rien ne t’enlève la joie de suivre le Christ.

Related Posts