août 18, 2019
Politique

ÉLITE POLITIQUE BÉNINOISE

ÉLITE POLITIQUE BÉNINOISE

Des éléments d’incertitude pour des regroupements durables

Depuis quelques jours, la classe politique est en ébullition. Le temps presse pour se conformer à la nouvelle Charte des partis politiques. Mouvance et opposition enchaînent congrès et autres réunions dans ce sens. Seulement, les animateurs de la vie politique béninoise toutes tendances confondues rassurent très peu quant à la pérennisation des Blocs et partis créés ou qui vont naître.

Samedi 1er décembre 2018, l’Union Progressiste, le premier grand Bloc de la mouvance présidentielle est né. Une centaine de partis ou mouvements politiques tiennent leur congrès constitutif au stade de l’Amitié de Cotonou. Ils fusionnent pour donner naissance au parti Union Progressiste. Une semaine plus tard, le deuxième grand parti politique de la mouvance est constitué. Le samedi 8 décembre, ils étaient aussi une centaine de partis ou mouvements politiques à se réunir à la Place Bio Guéra à Parakou pour fusionner et donner naissance au Parti Républicain. Pendant ce temps, les partis de l’opposition seraient en train d’affûter leurs armes pour le même exercice.

Toujours les mêmes acteurs en scène Bruno Amoussou, Antoine Idji Kolawolé, Mathurin Kofi Nago, Abraham Zinzindohoué, assis côte à côte ce samedi 1er décembre au congrès constitutif de l’Up à Cotonou. L’image en réalité n’a rien d’extraordinaire. Robert Gbian, Sacca Lafia, Abdoulaye Bio Tchané, Michel Abimbola, François Abiola, Arifari Bako assis côte à côte au congrès constitutif du Parti Républicain à Parakou ce 8 décembre. Cette image n’a non plus rien d’extraordinaire. Elles donnent même l’impression du déjà vu. En revanche ce qui est important, c’est comment ces hommes vont créer et gérer pour longtemps un grand parti politique fort et influent comme ils le proclament ?

À plusieurs occasions, on les a vus dans le passé entreprendre des actions de regroupements qui ont brûlé comme un feu de paille. Certains étaient dans ces manœuvres depuis l’accession du Bénin à la souveraineté nationale en 1960. D’autres l’ont commencé avec l’avènement du Renouveau démocratique. D’autres encore ont pris le train en marche, il n’y a pas longtemps. Et puis vlan, revoilà les mêmes animateurs de la vie politique en 2018. Cette fois-ci, ils entendent se conformer à la nouvelle Charte des partis politiques.

D’où la raison d’être de la formation des deux Blocs de partis politiques de la mouvance présidentielle. Mais en plus d’eux, bien d’autres se réclamant soutiens inconditionnels du Président Talon tiennent à faire cavaliers seuls. En attendant d’autres révélations les jours à venir, on peut citer le Parti du Renouveau Démocratique (Prd) du Président de l’Assemblée nationale, Maître Adrien Houngbédji. On peut aussi citer l’Udbn, de la députée Claudine Prudencio, sans oublier la Dynamique Unitaire pour la Démocratie et le Développement (Dud) du député Valentin Aditi Houdé.

Du côté de l’opposition, le mouvement n’est pas totalement différent. La confusion sur fond de communiqués et de démentis se multiplie. Le Parti Force Cauris pour un Bénin Émergent (Fcbe) de l’ancien président, Thomas Boni Yayi, appelle toute l’opposition à aller aux élections législatives avec une seule liste. Durant tout le week-end dernier, le parti Restaurer l’Espoir de l’ancien député et ancien ministre Candide Azannaï s’est fondu d’un communiqué. Mais quelques jours plus tôt, dans une interview publiée dans un organe de la place, le secrétaire général du parti Restaurer l’Espoir, Guy Mitokpè, tacle l’opposition. Pour lui, l’opposition ne se mène pas en exil.

La vraie opposition se fait à l’intérieur du pays. Allusion faite à certains animateurs de la vie politique béninoise qui depuis l’exil voudraient manipuler l’opposition. Dans ce communiqué, il ressort que le parti a engagé les procédures pour se conformer aux dispositions de la nouvelle Charte des partis politiques. Ce qui logiquement voudrait signifier que cette formation politique est en passe d’aller seule aux élections. Mais le lundi 10 décembre 2018, Guy Mitokpè déclare en substance sur Radio Soleil Fm : « Je voudrais rassurer le peuple béninois que nous continuons les négociations avec toutes les composantes de l’opposition. Nous ferons tout pour renforcer cette opposition.

Nous ne serons pas le maillon faible de cette opposition… Nous ferons tout pour trouver le consensus au niveau de l’opposition afin d’aller ensemble aux législatives. Nous appelons l’opposition à s’unir… ». Autant d’éléments qui portent la trame d’un malaise réel au sein de l’opposition. Et quand on connaît les va et vient intempestifs de Candide Azannaï, on ne peut jurer de rien. Les autres ténors de l’opposition peinent à trouver leurs marques. Car, à ce jour, il est difficile de donner une lecture assez claire de leur position.

À y voir de près, le tableau que présente la classe politique appelle quelques observations. D’abord il illustre bien la perpétuation des échecs répétés des animateurs de la vie politique béninoise. D’autant qu’en vérité, les pratiques n’ont pas changé avec des acteurs qu’on a souvent vus. Aujourd’hui, ils se réfugient tous derrière la mise en conformité de la nouvelle Charte des partis politiques. Tout comme si quelque chose les empêchait de se regrouper. Des regroupements pour quelle durée de vie ?

La volonté politique affichée du président Patrice Talon de gérer autrement le pays n’est un secret pour personne. Il entend imprimer une marque de bonne gouvernance à travers son Programme d’action du gouvernement (Pag). À plusieurs occasions, le chef de l’État a exprimé son ambition de rentrer dans l’histoire du pays en posant des actes concrets pour impulser une nouvelle dynamique pour son développement. Ce qui est normal. Et c’est dans ce cadre qu’il faut situer la réforme du système partisan soutenue par le président et qui est à l’origine de tous les mouvements de regroupements de partis en cours. Mais, il faut craindre que les blocs de partis de quelque tendance qu’ils soient aient une durée de vie assez courte.

Car les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Et cela, le président Patrice Talon doit l’avoir si bien compris. En outre, il n’aurait jamais souhaité se retrouver avec deux Blocs, encore moins quatre ou cinq qui se profilent à l’horizon. Et s’il l’avait voulu, il se serait laissé flouer par les politiciens. Car chaque parti qui se crée cherche à asseoir son hégémonie sur toute l’étendue du territoire. Dès lors, comment peut-on asseoir l’hégémonie avec deux, trois, quatre voire cinq partis? Surtout que l’idéal aurait été de rester ensemble pour travailler à la réussite du Pag.

Apparemment, les hommes politiques ont contraint le président Patrice Talon à se plier à leur schéma. Ils l’y ont contraint à cause de leurs intérêts personnels et égoïstes. Ils l’y ont contraint à cause des querelles de clocher et des egos personnels. Ils l’y ont contraint à cause des questions de leadership et de positionnement aux prochaines législatives. Des tares que ces hommes et femmes politiques ont traînées depuis plusieurs années et qui les ont empêchés de rester ensemble pour faire quelque chose de durable.

Certes, une nouveauté tout de même avec les deux principaux Blocs de la majorité présidentielle. De ce point de vue, quelques jeunes politiciens ont fait leur entrée dans les organes dirigeants de l’Union Progressiste et du Parti Républicain. On peut citer pèle mêle Malick Gomina, Oswald Homeky, Charles Toko. Mais que peuvent-ils avec des vieux briscards de la politique qui ne veulent pas dégager le plancher? Que peuvent-ils avec ces politiciens qui ont servi presque tous les régimes et ont survécu jusque-là grâce aux coups bas et aux intrigues ? À cette interrogation, la partie s’annonce bien difficile pour eux.

Ensuite, que peut-on faire avec une opposition composée d’hommes et de femmes inconstants, prêts à dire une chose et son contraire dans les minutes qui suivent ? Tout ce qui arrive au peuple béninois par rapport à sa classe politique n’est que la résultante des échecs successifs traînés depuis des lustres. Périlleux héritage qui s’impose au président Talon depuis 2016. Pourra-t-il s’affranchir, de gré ou de force de ces hommes politiques dont il est depuis un moment l’otage ? Bien malin qui pourra répondre avec certitude.

Ce qui est sûr, pour la réussite, le chef de l’État doit inventer un nouveau paradigme avec une classe politique prête à le vilipender quand il ne sera plus au pouvoir. Car, les circonstances de la création des Blocs de la mouvance ne rassurent point. Mieux, on ne le dira jamais assez, la plupart des hommes et des femmes qui les composent sont connus pour leur lâcheté politique, et donc prêts à tourner casaque à la moindre incartade. La nouvelle Charte des partis politiques est incontestablement une avancée. Mais la voilà déjà mise à l’épreuve à peine amorcée, avec une classe politique toutes tendances confondues empêtrée dans des querelles de toujours qui l’ont empêchée d’être utile à la Nation.

Comme quoi, la source des malheurs des populations béninoises, ce ne sont pas les présidents de la République. La source de leurs malheurs, c’est surtout les hommes et les femmes politiques qui dupliquent sans retenue et sans pudeur, les pratiques rétrogrades d’un régime à un autre. Ce qui est un reflet de la qualité médiocre de la classe politique béninoise.

 

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