juin 16, 2019
Editorial

Réconciliation, l’impasse centrafricaine

La République centrafricaine est en proie à de nouvelles violences. Dans la matinée du 15 novembre dernier, les rebelles de l’Upc, l’Union pour la Paix en Centrafrique, ont attaqué le refuge des déplacés qu’abritait l’évêché d’Alindao, à l’est de Bangui la capitale, au sud de la Centrafrique : bilan 37 morts, dont deux prêtres. Cette attaque fait craindre un nouveau cycle de violences dans ce pays profondément meurtri par plusieurs années de guerre civile. Décidément, ce pays africain n’en finit pas avec le tourbillon de la férocité depuis des décennies. On peut évidemment redouter une résurgence d’affrontements intercommunautaires à grande échelle, à l’image de ceux de 2013 et 2014, entre la rébellion de la Séléka et les milices « antibalakas ».

Mais le plus grave, c’est que la quasi-totalité du pays vit sous la coupe de groupes armés, le gouvernement ne contrôlant que le quart du territoire national. Dans ces conditions, l’espoir d’une sortie de cette crise profonde et cruelle s’amincit.

Pourtant, la visite du Pape François en Centrafrique les 29 et 30 novembre 2015, où il avait ouvert la première Porte sainte du Jubilé de la Miséricorde a donné l’espoir de paix, de pardon et de réconciliation à tout le pays qui a connu un moment de relative accalmie, avant un regain de violences en 2017.

Les Centrafricains font péniblement l’expérience de l’art difficile de la réconciliation à laquelle le Pape Benoît XVI a appelé toute l’Afrique dans l’exhortation apostolique Africae Munus publiée le 19 novembre 2011 à Cotonou, au Bénin. Il y a dressé une feuille de route pour l’engagement de l’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Sept ans après, l’exhortation du Pape émérite garde une grande actualité. Sans complaisance, Benoît XVI dans le discours prononcé au palais présidentiel à Cotonou, nous invitait à un examen de conscience, comme en témoigne cette phrase : « En ce moment, il y a trop de scandales et d’injustices, trop de corruption et d’avidité, trop de mépris et de mensonges, trop de violences qui conduisent à la misère et à la mort ». Une telle interpellation mérite d’être entendue aujourd’hui.

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