décembre 12, 2018
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VISAGES DE LA PAUVRETÉ AU BÉNIN

VISAGES DE LA PAUVRETÉ AU BÉNIN

L’urgence d’agir

Au 21e siècle et en cette deuxième commémoration de la “Journée mondiale des pauvres”, la situation des peuples déshérités ne semble guère s’améliorer. La population béninoise ne se soustrait pas à cette endémie des pays en développement. Le bas peuple vit dans une pauvreté qui frise parfois la misère. Une réalité sur laquelle le Pape François interpelle chacun des chrétiens du monde.

► Pallier le pire

Une randonnée à pied dans le centre-ville de Cotonou et l’on constate aisément le visage de la pauvreté : des bidonvilles, une pollution à grande échelle et un bas peuple abandonné.

Sous un soleil ardent, Moïse Afoulé, la cinquantaine, s’échine à faire un feu pour préparer le déjeuner de ses enfants revenus de l’école. Constitué de trois briques disposées horizontalement, le foyer est attisé grâce à de menues branches mortes et de la paille émettant une fumée étouffante sous une casserole en cuivre contenant un peu d’huile rouge, de l’eau, et quelques condiments mélangés à un kilogramme de riz, pour préparer le repas de midi. Visiblement, il s’est accoutumé à ce mode de cuisson, puisqu’il ne s’en plaint nullement. « Je n’ai pas les moyens pour payer un foyer moderne. Je me contente de ce que mes maigres ressources me permettent de faire », confie-t-il avec beaucoup de peine. Un coup d’œil sur la chambre à coucher, et l’on constate que ce père de famille et ses enfants occupent une pièce mal tenue, croulante, et construite avec des tôles usées sur un tas d’ordures au quartier Kpankpan, dans le 3e arrondissement de Cotonou. « Des adultes et des pères de famille sont incapables de louer un logement décent. Ils trouvent un vilain luxe à s’installer dans des taudis. Ils peuvent difficilement s’offrir la ration alimentaire journalière, et ils ne scolarisent pas convenablement leurs enfants. Les cases de chiens sont mieux bâties que les taudis de nos bidonvilles. La ville, elle-même, est crottée et continuellement polluée. La vie est misérable », déclare Romain Logbo, chef du quartier Kpankpan. Non loin de ce quartier, un autre bidonville est érigé au quartier Midombo à Cotonou. Dame Pélagie, assise sur un échafaudage, accepte d’accueillir notre équipe de reportage. « Je vis dans ce lieu depuis une quinzaine d’années avec mes cinq enfants. Je n’ai pas les moyens pour louer un local meilleur que celui-ci. Je veux bien, mais je ne peux pas », lâche-t-elle la gorge serrée. Face à une telle misère, Mme Marie Aïssi relativise : « On peut être pauvre mais propre. Les séances de formation et de sensibilisation initiées par les agents sociaux n’ont eu aucun impact positif sur les mentalités. La population ne veut pas comprendre qu’elle ne doit pas demeurer dans la pauvreté désespérante. Elle se complaît dans la misère. La plupart sont découragés par la lenteur des mesures étatiques ». « C’est le bas peuple qui connaît les vrais problèmes de la pauvreté : les maladies, le banditisme, la violence, l’abandon, l’exclusion sociale. Ce qui est déplorable », ajoute-t-elle. Dans une autre hutte plus loin, un enfant sanglote. Sa maman nous en explique les raisons : « il demandait 25 francs Cfa pour acheter des galettes afin de délayer du gari ». Ce qu’elle a de la peine à satisfaire. Ainsi vit le bas peuple, et les exemples sont légion d’un bidonville à un autre. Il est urgent de pallier le pire, car la misère est une honte pour l’humanité.

Florent HOUESSINON

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