décembre 12, 2018
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La chorale Aluwasio a 50 ans

En 1968, le père Efoé-Julien Pénoukou, encore grand séminariste, lance “Aluwasio” au cours de la messe d’ordination épiscopale de Mgr Christophe Adimou. 50 ans plus tard, cette chorale a pris de l’envergure et tient une place prépondérante dans l’animation liturgique de l’archidiocèse de Cotonou.

 

1. Chanter Dieu d’un seul cœur

La cathédrale Notre-Dame de miséricorde de Cotonou a accueilli le dimanche 4 novembre 2018, la messe solennelle de commémoration du Jubilé d’Or de la chorale “Aluwasio”. Une eucharistie présidée par Mgr Roger Houngbédji, Archevêque de Cotonou, et concélébrée par une dizaine de prêtres.

L’Église est en fête ». C’est bien en ces termes que le curé de la cathédrale de Cotonou, le père Antoine Mètin, a traduit l’exubérance de milliers de choristes ayant animé la caravane déferlante de la place publique de Plakↄji à la paroisse-cathédrale Notre-Dame de Cotonou ce dimanche 4 novembre 2018. Foulards en main, queues de cheval abondamment agitées, tam-tams retentissants, tous les instruments musicaux de l’aire culturelle Pédah et Xwla étaient mis à contribution pour louer les merveilles du Seigneur, et saluer le bien-fondé des décrets du Concile Vatican II facilitant l’ouverture de l’Église aux cultures locales. Après avoir reconnu la mission prestigieuse que la chorale Aluwasio remplit dans l’archidiocèse de Cotonou, Mgr Roger Houngbédji a insisté dans son homélie sur trois dispositions fondamentales : l’écoute, l’obéissance aux commandes de Dieu et l’amour. Selon le prélat, les membres de la chorale Aluwasio doivent se laisser transformer par la Parole de Dieu et écarter de leur chemin tout ce qui souille le cœur. « Or, nous savons bien tous les maux qui minent nos chorales, associations et groupes de prières : les rivalités, les conflits et querelles interminables autour des intérêts, la course au pouvoir au lieu du service, la jalousie, l’esprit de mesquinerie ambiant dans notre société que nous transposons dans l’Église du Christ : toutes choses qui sont en opposition frontale avec l’amour auquel le Seigneur nous appelle ». Il a alors lancé un appel à l’union des cœurs, car « il ne suffit pas de chanter Dieu d’une même voix, il faut d’abord le chanter d’un seul cœur ». « Unissons donc nos cœurs avant d’unir nos voix », précise-t-il avant de souhaiter que les chorales Aluwasio deviennent des lieux de communion fraternelle où règne l’amour de Dieu et du prochain. Dans son mot de gratitude, l’aumônier diocésain de Cotonou de la chorale Aluwasio, le père Noël Tossou, a rappelé la mission de la chorale jubilaire : célébrer et proclamer la seigneurie du Christ. Il a ensuite rendu hommage au père Efoé-Julien Pénoukou pour avoir fait œuvre d’inculturation en fondant cette chorale en langues locales dont l’Union célèbre ses 25 ans d’existance dans l’archidiocèse de Cotonou. « Vous faites partie de ceux que nous pouvons revendiquer être les pères de nos jeunes Églises particulières. Que le Seigneur vous donne encore la force de continuer le combat de la foi que vous avez entrepris depuis très longtemps. Qu’il vous garde encore et encore près de nous, et vous donne de voir fleurir ce que vous avez ensemencé », affirme-t-il. à la fin de la célébration eucharistique, les choristes se sont retrouvés sur la place publique de Plakↄji où le tam-tam de la foi a résonné en signe de la gloire de Dieu.

 

2. « Aluwasio est un acte de foi »

(Entretien avec le père Efoé-Julien Pénoukou, fondateur de la chorale Aluwasio)

C’est au Grand séminaire que le père Efoé-Julien Pénoukou a fondé la chorale “Aluwasio” pour chanter les merveilles du Seigneur au jour d’ordination du premier évêque du diocèse de Lokossa. Dans cet entretien, il revient sur le contexte de création de cette chorale en langue “Mina” qui anime les messes en région Pédah, Xwla, Adja et plus tard sur la plupart des paroisses de l’archidiocèse de Cotonou.

 

J’ai senti la nécessité de comprendre le message de la révélation et de le transmettre par le biais de la langue Mina. C’est le principe de départ de la création de la chorale Aluwasio. Un principe qui s’insère dans le contexte du Concile Vatican II. Avec les décrets sur la Sainte Liturgie, les évêques ont ouvert la fenêtre de l’inculturation du message du salut. Au lendemain de ce Concile, j’ai compris que si Dieu s’est fait homme, c’est pour qu’il puisse être accueilli. C’est pour que sa révélation, son message et son projet de salut soient accueillis par tous les hommes de toutes cultures, de toutes nations, de toutes langues et de tous temps. Ce fut une recommandation et même une exhortation très forte que j’ai accueillies quand j’étais encore Grand séminariste. J’ai toujours été frappé par le fait que tout ce que nous chantions en Mina était des traductions littérales des mélodies musicales allemandes et occidentales de la Parole de Dieu. Fort heureusement, le père Théophane Fagnihoun, premier curé de Comé, a incité en 1951, les chrétiens de sa communauté paroissiale à composer des chansons dans leur langue. En classe de 4e au Petit séminaire, j’ai alors entamé la composition de certains chants religieux. La musique est un talent de Dieu que j’ai hérité de mon oncle Basile Dossou, artiste satirique très doué et très réputé en son époque. Arrivé au Grand séminaire, j’ai pris conscience de mon talent et je me suis attelé à le cultiver. à l’occasion de l’ordination épiscopale de Mgr Christophe Adimou, premier évêque de Lokossa, le 25 juillet 1968, Mgr Bernardin Gantin m’offrit l’opportunité de ma première prestation. Il m’avait demandé d’organiser l’animation de cette célébration d’ordination épiscopale, car j’étais le responsable des chants au Grand séminaire. C’est alors que j’ai regroupé les chorales chrétiennes catholiques et protestantes pour l’animation. Mais je me suis rendu compte qu’il fallait que je compose aussi des chants en Mina. En ce 25 juillet 1968, j’ai alors composé le premier chant Aluwasio accompagné par le maestro béninois, Gnonnas Pedro et son orchestre. Ce fut une liesse générale quand j’ai agité pour la première fois la queue de cheval dans l’église pour magnifier la gloire de Dieu. Après cette ordination épiscopale, j’ai entamé une tournée de visite des chorales au cours de laquelle j’ai formé une quinzaine de groupes et de compositeurs en langues locales. Nous tenions pendant les vacances une retraite au cours de laquelle je leur donnais des psaumes à traduire en langue Mina. Ensemble, on appréciait les traductions et on les peaufinait. J’ai développé cette initiative jusqu’en 1973 avec le soutien de Mgr Christophe Adimou, et celui de Mgr Robert Sastre. Quand je suis parti aux études, les pères Benjamin Gaglozoun, Idelphonse Sodégla, Pierre Hounkpè et bien d’autres confrères ont pris le relais. L’Esprit nous a inspirés de penser Aluwasio et de la proposer. Sa création est ma participation à l’inculturation telle que suscitée par le Concile Vatican II. Dans ce cadre, j’ai composé plus d’une centaine de chants, et je me prépare à sortir des morceaux très bientôt. Rien ne naît grand. Quand il s’agit de Dieu, on est toujours surpris par notre petitesse, et les choses naissent toujours par rapport à notre petite taille. Je demande à tous les choristes de s’insérer dans cette mouvance de l’Esprit qui nous inspire ce qu’il faut faire, sans prétention ni ambition. Il faut simplement laisser Dieu faire et nous mettre à son service. Le maître, c’est effectivement le Christ. Nous devons continuer de porter l’espérance de la fidélité par fidélité à Dieu. Aluwasio est un acte de foi. Je pense que la relève de cette chorale est assurée, et Dieu sera toujours Dieu.

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